iNxxvApgYRs

J’ai toujours confessé un goût très prononcé pour la pop, le rock (et aussi le cinéma) belges, et vous ai déjà tressé les lauriers de dEUS (avec « Instant Street » – SOTW #43 – et « Bad Timing » – SOTW #110), bientôt de retour sur les scènes pour fêter les vingt ans de leur chef d’oeuvre « The Ideal Crash » et avec un album dans les tuyaux, et bien sûr de Soulwax (« How Long » – SOTW #85 – et « Missing Wires » – SOTW #117), en tant que groupe de pop et comme fantastiques (2 Many) DJs (#RSWX presents Dave). Dans une moindre mesure, je goûte aussi les ballades languides des Wallons Girls in Hawaii. Qu’ont donc les Belges que les Français n’ont pas ? Peut-être simplement une meilleure pratique de l’anglais et un moindre complexe face à la musique anglo-saxonne. En tous les cas, l’univers musical des groupes d’outre-Quiévrain présente une touche bien à eux, très européenne, et ce sentiment de continentalité fait partie des choses auxquelles il faut solidement se raccrocher en ces temps particulièrement inquiétants…

J’avais découvert Balthazar à la Vapeur à Dijon en première partie de dEUS en 2011 ou 2012 et avais été séduit par ce jeune quintette flamand originaire de Courtrai où s’imposaient déjà deux très bonnes voix, une rythmique solide, des guitares volontiers dissonantes et un violon strident (points communs avec dEUS). Si l’ensemble était encore un peu vert, quelques belles trouvailles mélodiques apparaissaient, comme dans ce « I’ll Stay Here » qui deviendra le tube de leur premier album « Applause ». Puis je les ai suivis de loin en loin, toujours happé par la voix très crooneuse de Maarten Devoldere, qui présente à la fois l’aspérité rauque d’un Tom Waits et le moelleux arrogant d’un Alex Turner. Il partage le chant avec l’autre compositeur Jinte Deprez, à l’énergique voix plus traditionnellement rock. La formation tourne d’ailleurs autour de ces deux évidents leaders. Balthazar s’apprête à sortir un quatrième album en février 2019. En apéritif, ils ont déjà livré « Fever », la chanson éponyme et ce tout nouveau « Entertainment » qui m’a cueilli comme une fleur. Morceau plus rock qu’à l’accoutumée chez Balthazar, chanté d’une voix ad-hoc sous forme de talk over sexy par Jinte Deprez, il fait des clins d’oeil très marqués à plusieurs styles de rock groovy et dansant, tout en gardant une bonne part de belgitude. Des maracas possédés nous transportent à Madchester, appellent Primal Scream, les Stone Roses et les Happy Mondays quand ceux-ci tiraient les rockers vers le dancefloor au début des nineties. Les « Woo hoo » évoquent évidemment le « Sympathy For The Devil » des Stones et plus avant le Bo Diddley beat et tout le rock vaudou. Les choses s’européanisent au moment du pont, quand de suaves trompettes suspendent le temps et pavent le chemin vers un refrain à deux voix à la dEUS, atypique mais si mélodique, avant d’enchaîner vers un arrangement de violon parfaitement discoïde. Le second et dernier refrain est accompagné par un solo de guitare dissonant que ne renieraient pas la meilleure new wave, voire les Bad Seeds. Un tel cocktail aussi cultivé qu’épicé ne saurait laisser les fans de rock et de pop indifférents. Et c’est carrément la grande classe.

En attendant la sortie de « Fever », on peut se tourner vers les efforts en solo de Maarten Devoldere, Warhaus. Où le chanteur et trompettiste de Balthazar met en avant sa belle voix grave de crooner à la Leonard Cohen et l’enrobe de percussions vaudou, de touches discrètes de marimba  et d’enveloppants claviers pour générer une ambiance flottante, gainsbourienne, séduisante tout en étant un peu glauque. Et c’est une réussite, comme dans le single « Mad World », ternaire lancinant extrêmement accrocheur tout en ne cherchant jamais à l’être. Et si cet album a été composé entre le Maroc et les solitudes glacées du Kirghizistan, l’impressionnant clip de « Mad World » (chanson qui traite de l’insensée stupidité dont on peut faire preuve quand il s’agit de vouloir séduire quelqu’un) a été tourné à Magaluf, Sodome & Gomorrhe baléare où, en un léger slow-motion, un Maarten Devoldere imperturbable claque des doigts, les jeunes fêtards européens (les « guiris », disent les Espagnols…) vraisemblablement très ivres rentrent dans le champ spontanément pour l’accompagner, puis le quittent. Vidéo à la saveur intensément belge, quasi « Strip-tease », qui m’a renvoyé vers mes jeunes années, dans ce genre de décor improbable et traumatisant, à Lloret de Mar où je travaillais en 1989… Plut au ciel que j’eusse eu à l’époque le sens de cool de Warhaus !

0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x