« L’Atelier », le dernier film de Laurent Cantet est un véritable bijou, ma découverte du mois.

Connu pour ses films à forte dimension sociale, le réalisateur nous propose un nouveau film sur la jeunesse, dans la même veine que « Entre les murs », Palme d’or en 2008.

L’intrigue se passe à La Ciotat, tout près de Marseille. Un été, dans le cadre d’un stage d’insertion sociale animé par Olivia, une écrivaine parisienne (interprétée par la talentueuse Marina Foïs), un groupe de jeunes est initié à l’écriture. Les étudiants ont quelques jours pour écrire ensemble un roman policier ayant vocation à être publié. Les sortir de leur routine, de leur ennui quotidien, travailler leur créativité, prendre de la hauteur et avoir un nouveau regard sur leur ville, leur vie, telle est l’ambition de l’atelier.

Parmi le petit groupe d’élèves, figure le jeune Antoine (Matthieu Lucci). En situation d’échec scolaire, il vit seul avec ses parents et s’ennuie. En quête d’identité et de sens, entre deux séances de musculation, Antoine passe beaucoup de temps sur internet à regarder des vidéos et écouter des discours nationalistes. En leur demandant d’écrire un roman noir, d’imaginer une intrigue, l’écrivaine va alimenter la violence qui sommeille en lui et le conduire à exprimer, avec provocation et froideur, ses pensées les plus sombres auprès des autres participants à l’atelier.

L’écrivaine va prendre goût à ses discours, sans en mesurer le sérieux ni s’en inquiéter. Olivia développe une fascination presque malsaine pour le jeune Antoine. Son mutisme et son intelligence l’intriguent parfois à la limite de l’attirance. Sa personnalité nourrit l’écriture de son prochain roman et donne toute la dimension qui manquait à ses personnages.

Son attraction pour les fragilités psychologiques d’Antoine, mêlée à la soif de satisfaire sa curiosité de romancière, va conduire ce duo à se perdre entre fiction et réalité, jusqu’à une prise de conscience attendue.

« L’Atelier » de Laurent Cantet est un film sur l’adolescence

Sur fond d’échanges autour de la radicalisation, de la religion et des stigmatisations, le réalisateur nous présente avec intelligence et subtilité, une génération déboussolée et seule dont les inquiétudes contemporaines et les anxiétés doivent être écoutées.

Le message délivré par Laurent Cantet est positif et bienveillant. Il cherche à nous alerter et déclencher une prise de conscience quant aux problématiques que peut rencontrer la jeunesse d’aujourd’hui, mais sans aucun jugement ni esprit moralisateur.

Et puis, « L’Atelier » est aussi un film sur l’histoire de La Ciotat et une belle pensée nostalgique pour tous les ouvriers du chantier naval qui a fermé ses portes depuis 25 ans.

« L’Atelier », un film de Laurent Cantet, en salle depuis le 10 octobre 2017.