« La Villa » ou le vingtième film de Robert Guédiguian aura marqué mon mois de décembre. Il est une belle découverte, un bijou d’humanité, d’élégance et d’évidence.

Le prologue est le suivant : dans la Calanque de Méjean, Angèle (Ariane Ascaride), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Armand (Gérard Meylan) se rassemblent autour de leur père afin de l’accompagner dans les derniers jours de sa vie. Le moment pour eux de faire le point sur leurs vies et les idéaux transmis par leur père.

Le film de Robert Guédiguian est avant tout un film sur l’histoire de la Calanque de Méjean, nichée près de Marseille et victime comme tant de villages de pêcheurs, de la désertification et du tourisme de masse, destructeur de ces lieux autrefois si préservés.

Il raconte comment les habitants sédentaires de cette calanque, connue pour son haut viaduc où passent les trains, l’ont désertée pour laisser place aux touristes en période estivale. Les hautes herbes ont envahi les chemins de contrebandiers, les vieilles villas ont été remplacées par des appartements d’été et les cabanes de pêcheurs par des baraques à frites, fermant leurs portes à la venue de l’hiver.

Il règne alors au sein de cette ville, un silence pesant et un crépuscule quasi permanent, laissant au spectateur le sentiment « d’être au bord du précipice », comme le dit si bien Joseph.

C’est à travers le regard des personnages du film que le réalisateur rapporte avec émotion et finesse, les ressentis de ces habitants survivants oubliés, abandonnés à une solitude non choisie et contraints de voir leur lieu de vie perdre âme et charme au profit d’une station balnéaire consumériste.

Si certains restent alors spectateurs impuissants de cette décadence, comme Armand, le frère restaurateur, d’autres, illustrés notamment par le vieux couple voisin, préfèrent mourir pour ne pas connaître la douleur de cette nostalgie.

« La Villa » est également un film sur l’évolution de la société, ses classes sociales et leurs inégalités. Il nous rappelle combien les Hommes évoluent et se construisent au fil des rencontres, des emplois et des lieux de vie. Les inégalités se font de plus en plus fortes et peuvent nous conduire à ne plus nous comprendre, y compris au sein d’une même famille.

C’est ainsi qu’Angèle, comédienne au théâtre a choisi une vie d’artiste, de femme libre et indépendante. Anéantie par le décès de sa fille, elle semble avoir renoncé au bonheur. Joseph quant à lui est un intellectuel bourgeois. Professeur et écrivain aigri, il refuse de vieillir et critique avec cynisme les choix de vie de ses frère et soeur. Enfin, Armand, mélancolique d’une vie passée, tient à perpétuer l’idéal de fraternité transmis par leur père en offrant aux ouvriers du coin une cuisine abordable.

En dépit de leurs vies si différentes, cette fratrie va, grâce à la rencontre de jeunes migrants et les souvenirs d’enfance, finalement se retrouver et s’accorder autour des valeurs de solidarité et de partage laissées par le souvenir de leur père pour y puiser la force de croire, le temps d’un instant suspendu, en une vie meilleure.

Avec une narration très précise et lente, des plans peu nombreux mais bien choisis, le réalisateur nous livre, dans un monde contemporain défait et individualiste, une histoire positive à laquelle nous aimerions croire, laissant planer une onde d’espoir.

« La Villa », un film de Robert Guédiguian, en salle depuis le 29 novembre 2017.