Bienvenue dans « La NBA pour les Nuls » ! Si tu aimes le rap, Beyoncé au point de l’épouser, les jungles de bitume, ou simplement que tu as 99 problèmes et qu’une chienne n’en fait pas partie, tu es au bon endroit.

Cette semaine, on tente notre premier crossover (jeu de mots purement intentionnel) en traversant la large passerelle qui lie la NBA et le rap. Il y a assez de matière pour en faire de nombreux livres (la preuve), mais on va se pencher sur le cas précis de M. Shawn Corey Carter, plus connu sous son nom de scène, Jay Z.

Jay Z, pour ceux qui situent pas trop, c’est un cador du rap depuis ses débuts en 1995. Tout en vendant 100 millions de disques et en amassant 21 Grammys, il oriente sa carrière vers le biz’ pour ratisser toujours plus de bif’, et se dégote le long du chemin une zouz’ chan-mé en la personne de Beyoncé Knowles, avec qui ils forment un des plus grands « power-couples » au monde. Au cours de sa carrière de businessman, il côtoie de près la NBA, au point de devenir propriétaire minoritaire d’une équipe, producteur exécutif d’un jeu vidéo… et même agent de joueur. Forcément, les références à la NBA pullulent dans ses chansons, et on va en regarder deux de plus près.

Dans son duo avec Alicia Keys (#epousemoi), Empire State of Mind, notre bon H.O.V.A, comme il aime parfois se faire appeler, ne tarit pas d’éloges à l’encontre de la cité qui ne dort jamais. Il en profite pour se faire un petit « ego-trip », en lâchant cette phrase mystérieuse :

“If Jeezy’s paying LeBron, I’m paying Dwyane Wade”

Ca fait beaucoup de monde pour une phrase, et on y pige un peu rien. Jeezy, c’est Young Jeezy, un collègue cracheur de rimes. LeBron, c’est LeBron James, le meilleur joueur de la ligue depuis plus de dix ans (si t’es pas d’accord, viens, je paie la première bière). Dwyane Wade, c’est un collègue casseur de chevilles. Mais pourquoi Jay Z se vante-t-il de rémunérer Wade, surtout que ce dernier, bien qu’incroyablement talentueux, est objectivement moins fort que LeBron ?

Le secret se trouve dans une chanson de Young Jeezy, 24-23. Avec une légèreté printanière, Jeezy plastronne, assurant avoir payé « Kobe » par le passé, et payer à présent « LeBron ». Kobe, c’est Kobe Bryant, un autre mec du club des légendes NBA, qui a porté le numéro 24 pour la deuxième moitié de sa carrière. Jeezy utilise les numéros de ces joueurs pour symboliser les milliers de dollars qu’il doit débourser pour acquérir un kilogramme de cocaïne. En gros le mec, il te bassine pendant plus de 5 minutes parce qu’il a eu une ristourne de 4%. La réponse de Jay Z ? « Pas mal ta réduc’. Mais si toi tu payes LeBron, moi je paie Wade ». Wade, lui, porte le numéro… 3. Soit quand même une remise de 87,5% sur la valeur affichée, ce qui, même en période de soldes, force le respect pour Monsieur Z de la part des négociateurs les plus aguerris.

Deux ans plus tard, Jay Z et son nouveau pote Kanye West lâchent Niggas in Paris, une ode à la franche camaraderie qui peut émaner d’une virée nocturne dans la capitale. Ici, Shawn nous indique que sa stabilité mentale chancelante peut faire ressortir à tout moment son instinct de tueur :

“Psycho: I’m liable to go Michael, take your pick
Jackson, Tyson, Jordan, Game 6”

Jay se compare aux grands « Michael » de son existence : Jackson pour son omniprésence et sa durabilité, Tyson pour sa dominance et sa violence… et Jordan, l’allusion qui nous intéresse tout particulièrement. Mais « Game 6 », c’est quoi?

Si vous suivez de près la NBA pour les Nuls, vous avez trouvé un premier élément de réponse dans l’épisode précédent. Mais si, rappelez-vous, les séries de playoffs, en maximum 7 matchs. Michael Jordan, une fois arrivé en Finales NBA, n’a simplement jamais eu à disputer un 7e match. En ‘91, il bat les LA Lakers en 5 parties. Lors de ses 5 autres finales disputées, il encaisse sa 4e victoire – vous l’aurez deviné – lors du match numéro 6. « Michael Jordan, game 6 », ou l’allégorie de la domination, du chasseur au sang froid qui achève sa proie sans trembler.

Le plus grand fait d’armes de Jordan en match 6 reste sans doute son dernier tir avec les Bulls, en ‘98 face au Jazz d’Utah. Menés d’un point dans la dernière minute, avec le cuir entre les mains des adversaires, Michael commence à voir venir un game 7. Mais un « Jordan, game 6 » digne de ce nom ne se soumet jamais au destin. Il vole alors la balle aux adversaires sous son propre panier, remonte la longueur du terrain, et s’arrête quelques secondes pour faire en sorte que son tir soit le dernier du match. En duel direct avec son vis-à-vis, il s’en débarrasse en quelque pas (et à l’aide d’une généreuse poussette), et lâche son tir à 6 mètres. Ficelle, il prend même un petit moment pour s’admirer et savourer. Malgré les 5 secondes restantes, Utah ne reviendra pas, eux aussi, comme tant d’autres, plantés dans le dos par ce bon vieux « Jordan, Game 6 ». Jeu, set et match, Chicago.