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Je vous parle, entre les lignes, de Little Simz depuis que j’ai rédigé ce shot consécutif à sa découverte en première partie de Gorillaz fin 2017. J’avais eu la sensation d’assister à un concert d’une Lauryn Hill 2.0, la rage en plus. Damon Albarn ne s’y était pas trompé, conviant la jeune femme à rapper avec son groupe. A vingt-cinq ans, la Londonienne d’origine nigériane Simbi Ajiwako a sorti son troisième album « GREY Area », lequel tourne bien souvent sur ma platine. 

Cet album de la maturité surclasse le précédent « Stillness In Wonderland », qui bouillonnait d’idées et lançait de nombreuses pistes sans pour autant , trouver un équilibre. La genèse de « GREY Area » a débuté pendant que Simz tournait en Europe avec le cirque Gorillaz, expérience qu’elle a trouvée à la fois excitante et bénéfique (c’est réellement lors de cette tournée que Little Simz a rencontré un public large) et fastidieuse. Elle s’est plongée dans l’introspection et en a trouvé la matière de ses textes. La pénibilité du métier de musicien sur la route donc, mais aussi la difficulté de vivre des relations humaines, la perte d’un ami qui a été assassiné et l’observation d’une société qui court à la catastrophe. Rien de bien gai dans tout ça, mais Simz en fait le carburant de son inspiration, se présentant comme une femme battante et déterminée à s’en sortir par le haut. « GREY Area » (la zone GRISE décrite ci-dessus…) est un album particulièrement varié tout en étant très cohérent. Réalisé en structure légère par Inflo, un ami d’enfance (à une époque où les disques pop sont fabriqués avec des pools d’auteurs et de musiciens), l’album privilégie les vrais instruments plutôt que la M.A.O. (musique assistée par ordinateur), pianos, guitares, basse et batterie qui ne restent jamais dans le même registre. Sans doute est-ce dû au fait que Simz maîtrise bon nombre d’entre-eux et qu’elle se permet des audaces. 

« Offence » qui ouvre l’album est un morceau de pur hip-hop au groove funk dur, très B.O. de « blaxploitation » avec breakbeat démoniaque, cordes ivres et flûtes dissonantes, le tout porté par une ligne de basse vraiment fat où Little Simz balance « I said it with my chest and I don’t care who I offend, uh huh, ha » (je l’ai dit de tout mon coeur et peu m’importe qui j’offense). Déclaration d’intention! « Boss » est un morceau très dur, très bagarreur avec voix et basse distordues sur un groove tendu et minimaliste. « Therapy » au tempo hypnotique et au refrain envoûtant impressionne. « Selfish » est instantanément cool. Avec sa rythmique funky indolente, sa basse ronde, ses cordes très « Philly Sound », son piano suspendu qui donne une petite touche acid jazz pas désagréable, bien au contraire. L’artiste londonienne d’origine espagnole Cleo Sol chante le refrain d’une voix vaporeuse et soul, gimmick ensoleillé qui rend « Selfish » si accrocheuse. Simz place ses raps avec autorité d’une voix profonde et percutante. Le contraste entre les deux exécutions vocales insufflant une vraie dynamique à cette chanson. Miles Kane lui même a cité « GREY Area » comme son album favori du moment, Serge Pizzorno, l’homme derrière Kasabian, a invité Simz à rapper et chanter dans « Favourites », la meilleure chanson de son projet solo « The S.L.P. », deux petits exemples pour prouver que Little Simz transcende les genres et ne peut aujourd’hui être cantonnée à la scène R n’B et rap. Une très grande artiste est née.

Live au Mercury Prize :