En bonne hipster que je suis, je rêve de découvrir Portland, Oregon. Ville de la côte Nord-Ouest Pacifique américaine, et proche du Canada, Portland est très vite devenue un symbole de modèle alternatif et écologique, siège de toutes les tentatives libertaires (végétarisme et veganisme, communautés, expériences sur l’écologie, développement des transports durables, agriculture alternative, luttes féministes, etc). Un bien bel endroit donc, mais qui peut aussi en agacer certains ! Ca ne m’empêche pas de rêver d’y aller, voire de m’y installer. C’est un véritable bastion artistique, avant-gardiste et anti-conformiste. La devise de la ville parle d’elle-même : « Keep Portland Weird ! »

Et tout cela nous amène à notre livre du jour : L’Expérience Oregon, de Keith Scribner.

C’est le troisième roman de cet auteur, également professeur à l’université d’Oregon. Dans ce livre, il s’intéresse à cette image alternative renvoyée par cette région des Etats-Unis, et l’idéalisme qui en découle dans les combats politiques et sociaux menés sur place.

Scanlon et Naomi sont un jeune couple new-yorkais. Lui est professeur spécialisé dans les mouvements « sécessionnistes », elle, nez dans la parfumerie. Bien qu’il n’ait jamais montré de véritable engagement de terrain, Scanlon est complètement obnubilé par les courants indépendantistes et libertaires. Quand on lui propose un poste dans une petite ville proche de Portland, lui permettant d’avancer sur ses recherches, lui qui peine à faire décoller sa carrière, il saute sur l’occasion. Naomi, quant à elle, est enceinte de leur premier enfant, et peine à se remettre d’une dépression survenue suite à la perte de son odorat. Elle suit sans grande conviction son époux dans cette aventure, et lorsque celle-ci arrive de nouveau à sentir des odeurs en arrivant sur place, elle décidera de garder cela secret.

Ces deux bobos trentenaires au prise avec leurs démons, envies, ambitions et frustrations, verront alors leur couple mis à l’épreuve après leur rencontre avec une jeune mère célibataire, Sequoia, à la tête d’un mouvement alternatif sécessionniste, et un jeune anarchiste paumé, Clay.

On suit alors le destin de ces personnages, tragique pour certains, acide pour d’autres, le tout dans un style très cinématographique, ponctué par les odeurs que Naomi réapprend à analyser, décortiquer, imaginer. Ici, même l’engagement politique ne permet pas d’échapper à ses démons. Ici, même si tout le monde semble vivre en symbiose dans la communauté et avec la nature, cette harmonie n’est que façade, et cache les mêmes problèmes que partout ailleurs. Ici, il n’est pas possible d’effacer le passé, même en donnant de son temps et de son énergie pour les autres. Ici, il se pourrait bien que les idéaux révolutionnaires viennent à bout de ce couple qui s’effrite sans le voir.

Malgré quelques longueurs un peu dommageables, ce roman nous entraîne à la découverte d’un mode de vie qui repense les codes sociaux, qui décide que le monde peut être meilleur, tout en nous montrant que le ver peut se trouver dans la pomme, même là où on le l’attendait pas.

L’Expérience Oregon (The Oregon Experiment)

Keith Scribner

2012 pour la traduction française, 2011 pour la version originale

Editions Christian Bourgeois