deadboysQuand les Dead Boys mettent le cap sur New York en 1976, ils ne se doutent pas qu’ils vont devenir la nouvelle attraction phare du CBGB. Formé sur les cendres de Rocket From The Tombs, le groupe originaire de l’Ohio répond à l’invitation de Joey Ramone et fait du célèbre club de rock son nouveau QG. Hilly Kristal, le patron des lieux, est impressionné par cette bande de sauvages tout droit débarquée du Midwest qui enchaine les concerts avec un jeu de scène vulgaire et une attitude pas très politiquement correct. A coté, les Ramones font office d’enfants de cœur. La formation emmenée par Stiv Bators et le guitariste Cheetah Chrome (ça ne s’invente pas) mime actes sexuels et pendaisons sur scène, à la manière d’un Alice Cooper sous speed. Kristal s’improvise manager et convoque la productrice Genya Ravan au Electric Ladyland Studio en plein Greenwich Village pour enregistrer une démo de ses nouveaux poulains. En trois jours, les Dead Boys accoucheront de « Young, Loud and Snotty » que Sire Records s’empressera de presser et de lancer dans les bacs à l’automne 1977. Dès les premières notes de « Sonic Reducer », une tension électrique à faire exploser les tympans parmi les plus solides se ressent. La descente d’accords distordus introduit un riff ravageur, saccadé, dans la plus pure tradition punk. Influencée par les Stooges d’Iggy Pop et The Damned, groupe pionnier du mouvement de l’autre côté de l’Atlantique, les Dead Boys jouent vite et fort en crachant leur cynisme à grands coups de refrain houleux et de distorsion abrasive. On retrouve cette même verve sur le mid-tempo bluesy « All This And More », qui sent bon les Rolling Stones et les New York Dolls. Les gamins du Midwest enchainent les boogies poisseux jusqu’à « Not Anymore », ballade dépressive qui ne fait que monter puissance avant d’exploser sur des refrains à scander les soirs de pleine lune. Ravageur, Cheetah Chrome fait pleurer sa six cordes à la manière de James Williamson sur « I Need Somebody » d’Iggy Pop et ses larbins. En adoptant un ton plus grave et sale que leurs camarades de The Dictators, la célèbre formation emmenée par le fantasque Dick Manitoba, les Dead Boys s’imposent comme les fers de lance du punk rock new yorkais. Cette énergie débordante se retrouve sur des titres comme « High Tension Wire » et « Down In Flames » aux tempos qui cavalent. Après un second album tout aussi bon, le groupe se séparera pour explorer de nouveaux territoires, dont le goth rock avec The Lords of the New Church au début des eighties. Leur empreinte sur les décennies qui suivent est indéniable, de Guns n’Roses à Turbonegro. Un must buy.

Année : 1977
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Sonic Reducer »
Eat : Pepperoni Pizza
Drink : Shots de tequila

 

Penance_soireeDrôle d’oiseau que The Icarus Line. Formé sous le soleil d’Hollywood en Californie du Sud à la fin des nineties, le groupe se fait un nom en 2001 avec la sortie de son premier opus « Mono ». Après plusieurs tournées exhaustives au Japon et en Europe, dont une apparition remarquée à l’émission de radio britannique présentée par le défunt John Peel, le groupe regagne la côte ouest pour graver son deuxième album. On est au début des années 2000 et la vague du revival garage est en marche. Cela n’a pas l’air d’affecter beaucoup la formation de Joe Cardamone, qui préfère miser sur un rock sale, carrément métallique et dissonant, au son puissant. Signé chez V2 Records, The Icarus Line va enregistrer son « Fun House ». Le groupe aime Iggy Pop période Berlin, les Stones américain, la pop lourde de Jesus and Mary Chain et le punk rock sauvage de Black Flag. Enregistré à Los Angeles puis mixé à Londres, « Penance Soiree » fait tâche au milieu des disques des Strokes, Libertines ou autres Franz Ferdinand. Plus sale, plus ambitieux, et bien moins calibré, l’album ratisse large. En effet, le grunge et le rock alternatif burné de la décennie précédente ne sont pas très loin. Les hostilités démarrent dès l’entame d’« Up Against The Wall (Motherfucker) » et sa partie de basse malsaine. On pense à Nine Inch Nails voire à Marylin Manson, avec un côté presque glam rock pas toujours assumé. Aaron North maltraite sa Les Paul pendant que Cardamone, halluciné, beugle son dégout à la manière d’un Glenn Danzig sous psychotropes. The Icarus Line fait dans le garage noise sur « Spit On It » et la très stoogienne « On The Lash ». La guitare résonne, pleine de fuzz et d’échos, et on se dit que l’influence de Ron Asheton ou de John Squire des Stone Roses période Second Coming n’est jamais très loin. Puis vient « Spike Island », mid-tempo énervé aux accents légèrement pop. Ce morceau, qui ne fait que monter en puissance avant d’exploser sur un riff distordu à souhait, fait entrer le groupe dans une nouvelle dimension. Malheureusement, les relations entre les Californiens et leur maison de disque s’effritent. V2 reproche au quintet d’être trop rigide sur leurs choix artistiques, et va faire lui faire payer un prix très élevé. Le label refuse de financer les clips de The Icarus Line et décide de ne pas promouvoir l’album. Ce lâche sabotage contraint le groupe à la confidentialité. Depuis 2004, The Icarus Line a tenté bien des fois de renaitre de ses cendres, avec plus ou moins de succès, mais jamais le groupe n’a réussi à égaler la fougue électrique de son deuxième album. Treize ans après sa sortie, « Penance Soiree » reste une des perles les moins connues du rock du 21e siècle. Allez écouter « Big Sleep » et « White Devil » pour vous en convaincre. Du lourd. Très lourd.

Année : 2004
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Up Against The Wall »
Eat : Makis
Drink : Vodka Grey Goose

 

dankojonesPower trio au style puissant, Danko Jones est un véritable rayon de soleil dans le paysage musical de ces vingt dernières années. Il faut dire que les Canadiens ont écumé les salles du monde entier et sorti une ribambelle d’albums solides faisant hommage à une certaine idée de ce qu’est la quintessence du rock n’roll. Danko Jones ne fait ni dans la dentelle, ni dans la poésie, mais ne sacrifierait jamais pour autant un certain sens de l’humour et de l’autodérision propres aux plus grands esprits de ce monde. Ici, pas de politique ni de sujets sensibles. Danko préfère réserver sa plume sarcastique pour rendre hommage à la gente féminine, aux bagnoles et aux soirées trop arrosées. « Sleep Is The Enemy » est un monstre d’efficacité. Il résume à lui tout seul ce que tout jeune groupe se doit de maitriser : du riff, du riff et encore du riff. Ce troisième album commence très fort avec « Sticky Situation », un rock crétin qui tape juste et annonce la couleur. Le single « Baby Hates Me » enfonce le clou. On dirait que la formation de l’Ontario s’emploie à mélanger le rock panzer d’AC/DC au méchant côté catchy de KISS avec un certain talent. Break-up song qui reste coincée dans la tête pendant plusieurs jours, « Baby Hates Me » est un des moments forts de cet album lourd et racé. Sur « Don’t Fall In Love », Danko Jones donne des conseils matrimoniaux à suivre si l’on ne veut pas laisser une partie de sa dignité sur le carreau après une relation qui tournerait mal. Comme toujours, les paroles sont légères et pleines de second degré, de quoi faire sourire l’auditeur. Oui, Danko est un éternel adolescent et ça s’entend encore davantage sur l’hymne garage « First Date » et son refrain qui sent bon la cour du lycée. Et quand le chauve tout de noir vêtu choisi de muscler son jeu, il sait s’entourer des meilleurs, à savoir John Garcia des desert rockeurs de Kyuss, pour un moment de hard rock inoubliable : « Invisible ». Voici donc un album à écouter fort dans sa voiture, en soirée ou dans le métro, capable de faire décrocher un sourire à n’importe quel fan de rock anglophile et de mettre le feu aux enceintes d’une soirée en manque de sensations fortes.

Année : 2006
Origine : Canada
Pépite : « Baby Hates Me »
Eat : Double cheese burger
Drink : Jacks Daniels Coca