Dans la catégorie des jeux vidéo improbables, Kentucky Route Zero mérite largement sa place sur le podium. Titre d’une sensibilité exceptionnelle, à mi-chemin entre fiction interactive et jeu d’aventure textuel, il est à ranger parmi les jeux qui nous en apprennent un peu plus sur nous-même : son scénario volontairement nébuleux et ses dialogues énigmatiques laissant la part belle à l’interprétation, chacun le comprend comme il l’entend et en tire l’enseignement qui lui convient. Expérience de jeu propre à l’introspection, Kentucky Route Zero se distingue par une atmosphère éthérée, des personnages extravagants et une direction artistique d’une simplicité touchante.

Mais sans sa bande son, le jeu ne serait pas le même. C’est elle qui donne le ton, partagée entre des musiques d’ambiance aux nappes de synthé planantes et des morceaux versant dans le bluegrass et la folk. Parmi ces derniers, c’est la ballade intitulée Long Journey Home qui m’a le plus touché : la mélodie douce-amère du banjo mêlée aux accents mélancoliques du chant retranscrivent à merveille le parcours de notre héros, Conway, qui en cherchant à mener à bien sa dernière livraison s’est lancé dans une véritable aventure, un périple qui prend peu à peu des airs de dernier voyage.