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Ce soir mardi 18 février, l’un de mes groupes favoris qui de plus s’était fait très rare joue à l’Olympia. D’ailleurs, le taulier de la Culture de l’Ecran et quelques petits camarades doivent pénétrer ce temple français de la musique à l’instant où je commence cette chronique pour assister au concert exceptionnel de The Strokes. C’est dans ces moments-là qu’on regrette de vivre dans une ville de province et d’y avoir une activité professionnelle qui vous y retient en milieu de semaine… Trêve d’aigreur, la bonne nouvelle c’est que les Fabulous Five de New York sont de retour, un retour qui se veut tonitruant après des années 2010 en demi-teinte. On avait laissé les Strokes en 2016, avec l’EP « Future, Present and Past » de très bonne tenue, sans pour autant atteindre les sommets de leur début de carrière (j’avais chroniqué « Threat Of Joy » à cette occasion, SOTW #94). Foin des projets annexes et des carrières solo, les Strokes reviennent en long format le 10 avril avec leur sixième album « The New Abnormal ». Dire que ce disque est intensément attendu est un piètre euphémisme et l’on sait déjà qu’il a été coréalisé avec le producteur gourou Rick Rubin et qu’il contiendra neuf chansons, certaines d’entre-elles ayant déjà été dévoilées en concert (elles s’appellent « The Adults Are Talking » et « Ode To The Mets »). Julian Casablancas clame d’ailleurs à qui veut l’entendre que les Strokes se sont enfin « dégelés », après s’être perdus la décennie précédente.  On sait aussi que la pochette reproduit le détail d’une toile de Jean-Michel Basquiat. Un album très new-yorkais semble donc s’annoncer. 

The Strokes ont envoyé comme première salve l’étrange « At The Door », chanson bâtie sur une obsédante et solennelle suite d’accords de synthétiseur, dans une tonalité 100% Strokes d’où s’élève la voix de Julian Casablancas lequel n’avait pas chanté avec autant de conviction depuis bien longtemps (probablement pour son album solo « Phrazes For The Young » en 2009), mettant en avant comme jamais son timbre magnifique. Il y a peu de voix de ce calibre dans le rock et Casablancas, empereur du cool, est vraiment le meilleur quand il chante avec autant d’âme. Avec « At The Door », il nous livre l’interprétation de sa vie. Après un couplet et un refrain, on s’attend à ce que la chanson s’emballe, qu’une rythmique serrée entre en scène mais il n’en sera rien et ce choix d’arrangement s’avère démoniaque. La mélodie circulaire du refrain, figure de style souvent déclinée par les Strokes insuffle une ambiance nostalgique impeccablement maîtrisée, cette vulnérabilité si émouvante qui a toujours différencié le groupe du reste de la meute. Le pont rythmé par une grosse caisse et une basse (électroniques ?) nous entraîne dans un tourbillonnant menuet électrique où s’impose un solo de guitare altérée ou de claviers, on ne saura pas, que survole la voix passée à l’AutoTune de Casablancas en une ambiance baroque et céleste à la Daft Punk (référence absolue pour lui depuis sa participation à « Instant Crush »). La coda ressemble à un paysage apaisé après la tempête bercé par d’amples vagues de synthés et la voix grave et résignée du maître de cérémonie. Et c’est tout bonnement majestueux. En décidant de surprendre leur public en servant une version aussi culottée d’un tube en puissance, les Strokes sont redevenus complètement vitaux. En ce qui me concerne, cette chanson que j’adore m’obsède complètement et je risque d’en être accro un bon moment…

La seconde chanson dévoilée au public « Bad Decisions » , tout aussi réussie, rassurera les fans historiques du groupe, étant interprétée cette fois-ci plus traditionnellement, toutes guitares dehors et avec une section rythmique d’une grande vivacité, évoquant New Order et citant malicieusement le « Dancing With Myself » de Billy Idol dans le refrain. Précédée de ces deux heureux présages, la sortie de « The New Abnormal » sera donc la plus attendue de l’année. On pourrait faire pire comme retour…