Je ne sais plus bien comment je suis tombée sur ce livre, mais il est le jeu d’un beau hasard. C’est l’histoire de son auteure qui m’a touchée et poussée à la découvrir par son écriture. Irène Némirovsky est russe, d’origine ukrainienne, et de confession juive. Dans les années 30, elle était une égérie de la littérature, reconnue pour sa plume fine et précise, étonnante même. Pourtant, tout bascule quand l’édition, à son tour, rejette les juifs de leur cercle. Irène Némirovsky écrit ce roman en 1942, sur et pendant l’exode qu’elle partage avec les Français, avant d’être déportée et tuée à Auschwitz la même année.

Au fur et à mesure des pages, une toile de personnages aussi attachants et bons pour certains que turpides et exécrables pour d’autres se tisse. On entre dans l’intimité des bourgeois Péricand, de l’écrivain imbu de sa personne Mr Corte, des petits employés de banque les Michaud, des dames Angellier et du soldat allemand qu’elles doivent accueillir sous leur toit, etc : chacun vit l’exode à sa façon, avec plus ou moins de facilité et de confort. Les journées passent et le quotidien change, ou pas. Les natures se confondent mais se révèlent surtout.

Suite française se lit lentement, mais avec une grande fluidité. C’est si bien écrit, si bien décrit aussi, que l’on vit l’histoire à fond ! Il y a des tas de petites remarques cinglantes, qui m’ont fait (sou)rire jaune. J’ai aimé le fait que le roman relate des évènements peu connus finalement et qui ont vraiment été partagés ; que cette poignée de français qui ont vécu une réalité bien moins terrible et pauvre que beaucoup de leurs compatriotes résonne tristement avec aujourd’hui.

Pour qui ? Ceux qui aiment apprendre sur l’histoire et qui aiment l’humour cynique dont Irène Némirovsky est très friande !

(Un film adapté de ce roman est sorti en 2014 avec Kristin Scott Thomas & Michelle Williams, d’où la couverture – je ne l’ai pas vu mais j’ai bien peur que ce ne soit pas vraiment concordant…)