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Après quelques semaines d’absence dues à une trop grande activité, et aussi au fait que l’inspiration ne m’a guère taquiné, revoici la Song of the Week avec une chanson qui pourrait légitimement faire partie de la bande son des fêtes de l’été… Une chanson soul funk somme toute assez classique délivrée avec une énergie folle par une artiste qui devrait logiquement devenir l’une des incontestables divas du genre.

Melissa Jefferson, alias Lizzo (de grâce, ne prononcez pas son pseudonyme à l’italienne, faites comme s’il n’y avait qu’un seul z…) est artiste depuis l’âge de 14 ans. Rappeuse, flûtiste virtuose au point d’avoir envisagé un temps une carrière de musicienne classique, actrice et auteure-compositrice, Lizzo s’est sérieusement mise au chant, alors qu’elle avait honte de sa voix, en interprétant elle-même les refrains chantés et hooks mélodiques de ses raps. Excellente décision, tant son coffre aussi surpuissant que nuancé rappelle celui des soul sistas de l’âge d’or du genre, la déesse Aretha Franklin en premier chef. A 30 ans, Lizzo est parvenue à imposer un physique et un talent réellement hors-norme grâce à son mordant, son authenticité, son indéniable générosité vocale, sa musicalité et son humour. Lizzo fait rimer « féminin » et « force » comme personne et il n’est pas étonnant que la communauté LGBTQ américaine se soit retrouvée en elle et l’ait adoptée sans réserve. Lizzo le lui rend bien, ne manquant jamais d’honorer par un concert toute protestation civique pour les droits de la communauté. Avec « Cuz I Love You », troisième album où elle se permet de poser nue sur la pochette, la native de Detroit, grandie à Houston puis établie à Minneapolis risque de devenir une star totale, et pas seulement car elle est capable de jouer de la flûte traversière en twerkant frénétiquement… 

« Cuz I Love You » est un disque finement calibré, alignant dans sa version deluxe quatorze chansons d’environ trois minutes parfaitement mémorables. Son premier album « Lizzobangers » était un véritable et furieux album de hip-hop féministe, elle a collaboré en 2014 avec son groupe rap féminin the Chalice avec feu Prince (une expérience dont elle ne se remettra jamais, clame t-elle), sorti un second album « Big Grrl, Small World » toujours très hip hop. Avec ce troisième album et une signature chez Atlantic, label soul s’il en est, ce côté est tamisé (on retrouve toutefois une autre forte figure féminine très respectée du genre, Missy Elliott, dans l’incisif hymne à l’empowerment « Tempo ») pour laisser place à une soul music moderne, en aucun cas R n’B comme on l’entend aujourd’hui, presque classique dans sa facture, très énergique et incroyablement communicative. De la bluesy chanson-titre, une bourrasque de feeling où la voix de Lizzo est réellement soufflante à « Boys », l’imparable tube hip hop dont la mélodie et les gimmicks vous restent vissés (et on se s’en plaindra pas) dans le cerveau pour la semaine, l’efficacité de l’ensemble est imparable. Mais c’est sans nul doute « Juice » qui cassera vraiment la baraque.

Cavalcade pop funk qui commence avec des accords de guitare plaqués au son 80’s, le son rutilant et dynamique de « Juice » ne saurait faire ombre à la voix puissante, pleine de soul et très physique de Lizzo, laquelle annonce la couleur dès le début « Mirror, mirror on the wall, don’t say it ’cause I know I’m cute » (miroir, mon miroir, pas la peine de me le dire car je sais que je suis jolie), dans cet hymne à l’acceptation de soi en un pied de nez mutin à la grossophobie et le sexisme ambiant. La construction du morceau est assez imparable, couplet chanté, pont parlé avec choeurs en réponse et refrain triomphant avec ces « Ya ya yee, ya ya yee » qu’on se plaira à brailler les bras en l’air. Le « juice » (le peps, l’essence) de Lizzo a des effets enivrants.

Les hasards des changements d’horaires ont fait que j’ai raté son show au TINALS le 31 mai. J’étais, il faut dire, devant l’excellent concert de Courtney Barnett. Et il m’a été ensuite impossible de rentrer dans la salle où Lizzo chantait, tant la salle était bondée, j’ai pu toutefois remarquer que le public était déchaîné et que le son était énorme. Une copine m’a dit que c’était de la balle, je la crois volontiers… Lizzo en live, ce sera pour la prochaine fois En attendant…