SOTW #214: Hurt, Arlo Parks

Lors de l’une de ces trop nombreuses torpeurs confinées avec la radio qui tournait, j’ai eu l’oreille attirée par une voix et une mélodie, assez pour que je me jette sur mon smartphone et que je « shazamme » la chose… S’afficha alors un nom qui ne m’évoquait rien, mais j’ai bien vite enquêté sur la toile pour en savoir davantage sur… Arlo Parks

Bachelière en 2019, Anaïs Oluwatoyin Estelle Marinho est une jeune femme de tout juste vingt ans basée dans l’Ouest de Londres. Son père est Nigérian, sa mère Franco-tchadienne et la jeune Anaïs a parlé la langue de Voltaire avant celle de Shakespeare. Son nom d’artiste a été inspiré par des chansons de Frank Ocean et de King Krule, histoire de situer les influences. Encore lycéenne, elle n’a pas tardé à écrire de la poésie et mettre ses textes en chansons, sortant à dix-huit ans un premier single autoproduit « Cola » qui affole les réseaux sociaux (trois millions de streams tout de même qui lui permettent d’être signée sur le label Transgressive). Un premier EP « Super Sad Generation » place la jeune femme comme l’espoir le plus enthousiasmant de la nu-soul britannique. Elle devient aussi un emblème de la Génération Z, racontant dans sa bio avoir été cette gamine noire en classe qui ne savait pas du tout danser, qui écoutait beaucoup trop d’emo et qui tombait amoureuse de cette fille du cours d’espagnol… Elle représente tous ces jeunes gens émotionnellement fragiles et mélancoliques, pas très à leur place dans le monde d’aujourd’hui et ça tombe bien, Arlo Parks compose une musique qui soigne l’âme. Un second EP « Sophie » est bien reçu par le public comme par la critique et elle enchaîne les concerts et les tournées, elle se lance d’ailleurs dans une tournée européenne en février 2020, tournée vite tuée dans l’oeuf par un pangolin farceur…

Le confinement (le « lockdown » comme on dit là-bas) n’a pas empéché Arlo Parks de présenter au public les premiers singles d’un premier album à venir en janvier 2021. Ainsi, « Eugene » et « Black Dog » furent les estafettes applaudies de ce « Collapsed In Sunbeams » à paraître (effondrée dans les rayons du soleil). Le nouveau single qui vient de sortir est le très bon « Green Eyes », très jolie chanson folk soul où l’Américaine Clairo, évidente et sensible alliée musicale (SOTW #198) prête sa guitare et sa voix. Entre-temps, il y a eu « Hurt ». Si la chanson partage son titre et son propos avec un monument marmoréen de Nine Inch Nails repris par Johnny Cash (elle traite elle aussi du mal-être et des affres de l’addiction), l’ambiance y est autrement plus dansante. Entrainée par un breakbeat groovy et une ligne de basse portant à elle seule toute la mélodie, l’option nu-soul assez dénudée est flagrante. Quelques touches de cuivres, des cordes de guitare qui glissent sur le manche et des claviers flottants agrémentent discrètement et avec un goût exquis le canevas basse/batterie qui gouverne tout l’arrangement, 100% organique. Cependant, ce qui marque ici et rend « Hurt » unique, c’est bien la voix d’Arlo Parks. Une voix trait d’union entre une tradition soul gospel, celle d’Aretha Franklin ou d’Al Green, le trip hop anglais très soulful du début des 90’s comme l’avaient défini Portishead ou le Massive Attack de « Blue Lines »  et la nouvelle vague R n’B britannique personnifiée par FKA Twigs. Mais surtout, la si jolie voix d’Arlo Parks ne frime jamais, refuse toute surenchère athlétique et fait un bien énorme à l’âme. Inestimable cadeau par les temps qui courent. 

Live en split screen de quarantaine…

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