Insecure Men, c’est d’abord deux potes d’enfance, Saul Adamczewski de Fat White Family et Ben Romans-Hopcraft de Childhood. Loin du punk des premiers et de la soul du dernier, le duo, accompagné d’au moins quatre musiciens sur scène, nous sert une pop-exotica moins naïve qu’elle n’en a l’air.

Après son départ forcé de Fat White Family en novembre 2015, Saul intègre le projet electro-blitz-punk The Moonlandingz et joue au même moment avec le groupe garage punk Warmdüscher. En parallèle, il enregistre le premier album d’Insecure Men avec Ben, qui sortira en février 2018. Autant dire que le mec n’aime pas s’ennuyer.

Véritable OVNI musical, les onze titres qui composent ce premier disque intriguent autant qu’ils sont « faciles » à écouter. Les morceaux parlent tantôt des horreurs perpétrées par Gary Glitter en Thaïlande (« Mekong Glitter »), de l’époque où Saul, sous crack, bossait dans la construction dans la petite ville de Penge (« The Saddest Man in Penge ») ou encore de la mort complètement passée à la trappe de la fille de Whitney Houston (« Whitney and I »), le tout sur des thèmes musicaux mélangeant le génie pop des Beach Boys, les rythmiques minimalistes de Denim ou Go-Kart Mozart et des lignes de clavier exotiques. On a eu l’occasion de discuter de tout ça avec Saul lors des Eurockéennes 2018.

Votre premier album est sorti en février et a été très bien reçu par la critique. Est-ce que ça a changé quoi que ce soit pour toi ?

Saul : Non, non pas vraiment. Il n’a pas vraiment eu plus d’impact que ça. On a eu de bonnes critiques un peu partout mais il ne rentre pas assez dans un certain type de catégorie pour recevoir le support nécessaire pour choper des dates.

Le fait de faire et d’avoir fait partie de Fat White Family et le renouveau punk mené par Shame, Idles, Cabbage, etc. ça n’aide pas non plus ? 

Saul : Pas vraiment non plus. On ne joue pas des masses. Ces groupes sont tous potes et ils jouent ensemble tout le temps. Quand ils étaient super jeunes ils venaient voir les concerts de Fat White Family et je les connais de cette époque. Avec Insecure Men je crois qu’on n’a joué seulement deux fois à Londres.

Sérieux ?

Saul : Ouais. Mais j’ai pas envie de faire trop de concerts, ça me saoule, ça m’ennuie. Et je n’aime pas trop faire de tournées non plus. De temps en temps ça me va, mais j’ai le sentiment que les groupes font trop de concerts. C’est la seule façon de gagner de l’argent aujourd’hui, mais moi c’est pas mon truc.

Tu préfères enregistrer du coup ?

Saul : Ouais, tourner et dormir dans des hôtels Ibis Budget, entendre les mêmes DJ à chaque after, c’est chiant.

Votre style avec Insecure Men est un mélange entre exotica et pop associé à des textes acides, le tout illustré par des vidéos très « kitsch ». Quel est le lien entre tout ça ?

Saul : Je sais pas trop. Il y a une certaine idée esthétique derrière tout ça, dans ma tête tout est connecté. Pour moi c’est une sorte de britishness. La musique exotica, pour moi, est liée aux banlieues anglaises ennuyeuses. En France vos banlieues sont un peu plus « ghetto », mais à Londres, il y a le mec qui tond la pelouse, l’autre qui lave la voiture… Et donc je chante à propos de ces choses que je trouve « pittoresques » et tristes, sur ce genre de sujet mais en essayant de le faire de façon apaisante et troublante à la fois.

Ça fonctionne pas mal, il y a vraiment un grand écart entre les paroles et la musique dans vos morceaux.

Saul : Oui, et j’aime vraiment ce genre de musique, ce genre de truc qui semble incroyablement terne en surface, mais en fait il y a quelque chose d’horrifique qui se passe derrière. [Rires] Chaque fois qu’il y a quelque chose qui semble propre ou superficiel, en dessous il y a toujours un truc sombre, tu vois ?

Yes. Et du coup, comment écris-tu les chansons pour Insecure Men ? J’ai lu que Lias de Fat White Family a écrit la plupart des textes pour l’album…

Saul : Ouais, Lias et moi on a tout écrit ensemble. Il y a quelques chansons que j’ai faites sans lui, mais en général il compose avec moi, surtout les paroles. Et ensuite avec Nathan de Fat White et Ben de Childhood, qui s’est retrouvé à jouer de la basse dans Insecure Men, on s’est mis à jouer dans un endroit qu’on connait bien. Et ensuite d’autres groupes sont arrivés et la composition s’est faite comme ça. Et puis on s’est posé pour faire un truc un peu plus réfléchi.

Tu as fait produire l’album par Sean Lennon. Comme ça s’est passé ?

Saul : C’est un bon ami à moi, il a un super studio à New York, on a bossé ensemble sur quelques trucs de Fat White Family et il aimait beaucoup les chansons d’Insecure Men, du coup il m’a proposé de produire l’album. Et c’est un super musicien aussi. En fait, le groupe qui joue sur l’album, c’est moi, Sean et Ben, et Sean peut jouer de n’importe quel instrument.

Vous avez tout enregistré à New York ?

Saul : Ouais. Les premières démos je les ai faites au magnétophone, après on a fait des maquettes au studio, trois sessions aux US et on a fait les finitions à Londres. Ça nous a pris pas mal de temps à faire parce qu’on avait pas de deal avec un label à ce moment-là, on faisait ça sans prétention.

Tu te doutais quand même qu’un label allait être partant vu le casting, non ?

Saul : Ouais, je m’en doutais, mais comme on avait pas de planning ni rien, on pouvait prendre tout notre temps et du coup ça nous a pris un an et demi pour faire cet album. C’était cool de pouvoir aller à la vitesse qu’on voulait.

Tu joues aussi avec Warmdüscher ce soir aux Eurocks ?

Saul : Non, non, j’ai quitté Warmdüscher.

Ah, pourtant tu es sur la photo de présentation…

Saul : Haha, c’est marrant ! Mais en fait je viens de quitter le groupe comme je joue de nouveau avec Fat White Family et avoir trois groupes c’est pas possible. Il y a trop de concerts, c’est vraiment pas possible.

Ok, et du coup à Rock en Seine, Insecure Men est programmé le même jour que Fat White Family, tu feras les deux ce coup-ci ?

Saul : Ouais, là je fais les deux concerts, ça va être cool.

En parlant de Fat White Family, j’ai lu que vous aviez terminé la production du dernier album. Ça sort bientôt ?

Saul : Ça va sortir d’ici la fin de l’année je pense. [Pause due à la vérification du score entre la France et l’Uruguay, le match vient de se terminer] C’était quoi ta question ?

Tu vas tourner avec Fat White Family ?

Saul : Oui un peu. On a un autre guitariste aussi qui fera les concerts que je ne fais pas. Je n’ai pas envie de tous les faire, ça me déprime, et les mecs sont cool avec ça, ils s’en fichent.

Vous avez trouvé un équilibre…

Saul : Oui on a trouvé un équilibre qui fonctionne, parce que si je suis avec eux, si on est tous ensemble trop souvent on finit par se mettre sur la gueule. [Rires] Du coup ça marche pour tout le monde !

Insecure Men

Top. Et pour finir, questions classiques. Tu écoutes quoi en ce moment ?

Saul : Récemment j’ai commencé à écouter des mixes faits par des DJ sur MixCloud, mais pas de la musique électronique. Je suis pas vraiment un mec d’Internet, je n’ai même pas de téléphone, mais je viens de me mettre à ça, je suis un peu en retard… Il y a ce mec qui s’appelle Johnny Trunk qui possède son label, Trunk Records et il fait tous ces super mixes. Et il y a aussi ce label, Mississippi Records. Ils font ces mixes d’une heure de vieux 78 tours qui viennent de partout dans le monde. J’écoute que ça ces derniers mois. Et je me suis aussi mis à la musique classique ! [Rires] J’essaie de trouver de la putain de musique d’ambiance ! [Rires]

On va retrouver ça dans tes prochains projets ?

Saul : Ouais, ouais. Le nouvel album d’Insecure Men est presque un disque de folk.

Mixé à de l’exotica ?

Saul : Un peu, mais ce sera plus country et folk. J’essaie de faire un truc un peu plus doux. On a fait quelques démos et on va enregistrer l’album cette année. Et il y a des discussions en ce moment avec Baxter Dury pour qu’il le produise. C’est pas encore confirmé, mais c’est possible.

Et tu as d’autres projets en cours ?

Saul : Ouais, j’ai un album qui sort en novembre de reprises que je fais en solo au clavier. Je reprends des chansons country célèbres dans le style reggae, dub. [Rires] Ça sonne merdique, mais je suis sûr que ça va être bien !

Le premier album d’Insecure Men est disponible sur toutes les plateformes de streaming et chez tous les bons disquaires. Le groupe sera en concert à Rock en Seine le 25 août prochain.