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J’ai eu la chance d’applaudir The Limiñanas dans la bonne salle de la Vapeur à Dijon samedi dernier (concert précédé par une rencontre très chaleureuse et intéressante avec Lionel et Marie organisée par la salle, j’ai grandement apprécié). Et j’ai, comme on dit, méchamment kiffé le show et depuis je n’écoute que ça. Je me suis même immergé dans les premiers albums du duo sortis uniquement aux Etats-Unis, sur le label chicagoan Trouble In Mind qui les avait signés en 2009. Il a fallu attendre 2015 et leur contrat chez les Français de Because pour que ceux-ci soient enfin disponibles par ici, regroupés dans l’intégrale « Down Underground », que j’ai acquise au stand de merchandising. Ca m’a soufflé. On y trouve de pétillantes vignettes garage pop sixties, des guitares fuzz saignantes et des bouzoukis, des basses bavardes et mélodiques qui montent et descendent le manche avec joie, des claviers vintage et des voix féminines blanches ou impertinentes qui déroulent des textes absurdes (parfois des réjouissantes horreurs) nourris de culture pop et série Z. Et cette imperturbable scansion de tambourin sans laquelle tout tomberait à plat. 

Le duo de Cabestany, près de Perpignan a évolué depuis. Avec « Malamore » en 2015 et plus encore « Shadow People » sorti cette année, Lionel et Marie Limiñana ont mis de côté l’esthétique post-moderne pop sixties pour embrasser pour développer un univers rock garage à touches méditerranéennes parfois plus dark boosté par des collaborations particulièrement bien vues. Lionel nous avoua qu’en signant chez Because, le duo avait énoncé deux exigences, collaborer avec Peter Hook (légendaire bassiste de Joy Division, rêve déjà réalisé deux fois et selon lui amené à se répéter sur chaque nouvel album) et Warren Ellis, le violoniste barbu alter-ego de Nick Cave, voeu qui ne s’est pas encore exaucé, mais quelle idée enthousiasmante… Si le morceau de « Shadow People » qui aura le plus marqué les radios et le public est sans aucun doute « Dimanche », où chante le toujours parfait Bertrand Belin (SOTW #145), la chanson titre n’est pas en reste. 

De riches accords liminaires de guitare acoustique dans la grande tradition folk pop sont agrémentés par un glockenspiel (genre de vibraphone très aigu, censé générer des ambiances féériques et/ou nostalgiques, très entendu dans les productions sixties) et la batterie puissante et métronomique de Marie, toujours appuyée d’un essentiel tambourin avant que ne s’élève la voix haut perchée de Renaud Picard, nouvelle recrue au chant de la version live des Limiñanas (et accessoirement jeune frère du meilleur ami de Lionel). La deuxième partie du couplet est assurée par Emmanuelle Seigner, actrice au bon goût rock (on se souvient de ses aventures avec Ultra Orange) et à l’aura de star qui ruisselle sur la chanson, ostinato où les couches instrumentales s’agrègent tout au long, les furieuses guitares fuzz et wah-wah s’imposant avec sauvagerie. « Shadow People » parle de ces présences bienveillantes (à qui Lionel Limiñana donne l’apparence de furtives créatures nommées ainsi vues dans un vieux film de SF anglais) qui ont permis à Lionel et Marie d’être ce qu’ils sont. Ces gens qui leur ont permis d’enfin se sentir bien au lycée à Perpignan, des mods, des punks, des hippies, des rockabilly, tout un aréopage d’individus qui les ont aidés à ne pas se sentir comme des losers bizarres, mais comme une part bien intégrée de cette merveilleuse subculture rock. Vous aussi vous vous reconnaissez ?

Sur scène, Lionel, sa Telecaster et son pédalier d’effets et Marie et sa batterie minimale, devant et au centre sont entourés de cinq musiciens dont le chanteur et guitariste acoustique (et danseur convulsif) Renaud Picard, la chanteuse Nika Leeflang qui se charge aussi du tambourin et de toutes les fantaisies néo-yéyé barrées, l’électron libre Ivan Telefunken qu’on jurerait venir du Magic Band de Captain Beefheart et qui maltraite avec une joie de sale gosse guitares, claviers et bouzoukis… En anges gardiens de ces bacchanales garage et psychédéliques planent les Shadow People que sont le Velvet Undergound, Can, Joy Division et Gainsbourg, mais aussi du séminal groupe surf garage perpignanais the Beach Bitches (dont ils offrent une reprise), permettant aux Limiñanas de frapper juste et bien, droit dans le plexus mais aussi dans la tête. Une expérience, vraiment!

Live TV 2018 (feat. Emmanuelle Seigner) :

« Down Underground », extrait du 1er album (2009) :