SOTW #159 : C’est toi, Cameron Avery

Je n’ai jamais caché, j’ai même très souvent revendiqué mon goût très prononcé pour les crooners. Certains me taxeront de sentimental, trouveront ces torch songs cheesy, voire ringardes. J’assume. Mon coeur chavire dès que j’entends une mélodie interprétée avec passion et brio par Scott Walker, David Bowie, Nick Cave, Alex Turner, Leonard Cohen ou… Cameron Avery. J’ai découvert cet artiste très récemment, en première partie d’Arctic Monkeys à Lyon le 10 juillet. Depuis j’ai acquis son album sorti en 2017 « Ripe Dreams, Pipe Dreams » qui est devenu mon disque de chevet aux côtés du « Tranquility Base » des Monkeys. Que ce concert m’aura marqué, trois semaines après, je me le le refais encore en boucle…

Ce jeune trentenaire à l’imposant physique vient de Perth en Australie, étonnante ville isolée à l’ouest du continent d’où sont issus, excusez du peu, Kevin Parker et donc Tame Impala et Pond, deux groupes majeurs dans le paysage pop actuel. Multi-instrumentiste, nourri au blues et au gospel, Cam Avery a naturellement joué avec les autres musiciens de Perth, Kevin Parker et Nick Allbrook de Pond en tête (il formera même brièvement le duo Allbrook/Avery avec ce dernier), puis en fondant le groupe de rock garage the Growl. Bassiste chez Tame Impala, batteur avec Pond, il devient un sideman recherché, rejoint ainsi The Last Shadow Puppets sur scène (à la guitare et aux claviers) et s’installe à Los Angeles, à quelques encablures des résidences d’Alex Turner et de Miles Kane, l’épicentre de la pop classieuse du moment.

Est-ce l’ambiance de Los Angeles, hantée par le rêve hollywoodien et ses fantômes qui ont poussé Cam Avery à troquer le rock psychédélique qu’il pratiquait jusqu’alors pour un songwriting ouvertement inspiré par Frank Sinatra et l’écriture panoramique américaine des années quarante et cinquante, avec des paroles qui abandonnent les métaphores brumeuses et délirantes pour laisser place à des textes sentimentaux, traitant d’amour, de la perte de celui-ci et de désir. Pour s’approcher de la grandeur musicale qu’il a en tête, il s’est adjoint les services de Jonathan Wilson, producteur californien de la scène néo-folk de Laurel Canyon, collaborateur habituel de l’excellent Father John Misty et de l’arrangeur canadien Owen Pallett, qui signe les cordes toujours magnifiques d’Arcade Fire et… des Last Shadow Puppets. Et c’est un pari gagné, « Ripe Dreams, Pipe Dreams » est à la hauteur des ambitions affichées. La voix de velours de Cameron Avery fait merveille sur les arrangements orchestraux qui parsèment les très belles compositions, comme les ballades fiévreuses « Do You Know Me By Heart » ou « Big Town Girl », les morceaux plus enlevés au fort potentiel tubesque tels « Disposable », « Wasted On Fidelity » ou la langoureuse et sexy « Dance With Me ». « C’est toi » (pourquoi le titre est-il en français, alors que le refrain psalmodie « Baby it’s you » ? Mystère…) est une lente ballade gorgée de feeling, déclaration d’amour à laquelle on ne sautait résister. Elle est évidemment inspirée par les standards soul sixties (elle m’évoque particulièrement la grandiose et méconnue « It’s Gonna Be Me », créée par Bowie pendant les sessions de « Young Americans ») et est une friandise d’une douceur coupable. C’est accessoirement un slow d’enfer, à une époque où (hélas) on ne danse plus les slows. Son rassembleur refrain en falsetto est, et c’est logique, instantanément repris en choeur par le public des concerts. Son arrangement sobre mais à fleur de peau avec piano martelé, orchestre de cordes et guitare acoustique est un écrin parfait pour une mélodie ciselée interprétée avec des étoiles plein les yeux mais sans frime aucune par Cameron Avery, décidément excellent chanteur. Crooner d’aujourd’hui, cet artiste à la présence scénique indéniable devrait légitimement faire parler de lui.

Version album (extended) :

 

Live :

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