Viagra Boys

À la cool avec les Viagra Boys

Retour quelques semaines en arrière, lors des Eurocks 2018. À l’époque, la France n’était pas encore championne du Monde, personne ne connaissait Alexandre Benalla (déjà presque oublié à l’heure d’écriture de cet article) et Donald Trump était encore président des Etats-Unis (comment ? toujours ? ah ! bon…) Pendant ce festival, en plus d’Insecure Men, on a eu l’occasion de rencontrer les Viagra Boys, punks aussi sauvages que marrants, partant en cette fin d’année à l’assaut de l’Europe avec leur premier album à paraitre, Street Worms.

Viagra Boys, c’est donc 7 Suédois (chant, guitare, basse, batterie, batterie-clavier, clavier et saxophone) emmenés par le sulfureux Sebastian Murphy. Leur punk est un savant mélange des rythmiques de Suicide et Joy Division en surboosté, d’un chant situé entre les Dead Kennedys et Mark E. Smith de The Fall en plus énervé et d’accents noise/free jazz au clavier et au saxophone. Recette improbable mais ultra efficace qui vous emporte et vous envoûte inexorablement.

Sebastian a grandi en Californie et, si l’on en croit la bio du groupe, s’est fait renvoyer en Suède à son adolescence après quelques larcins au pays de l’oncle Sam. À Stockholm, il rencontre Henrik et Benjamin avec qui il formera Viagra Boys en 2015. Si vous vous demandez d’où vient leur nom, l’histoire est aussi simple que vous pouvez l’imaginer et Sebastian l’a très bien raconté à Tracks : « J’ai pris du Viagra qu’une seule fois. J’étais super tendu pour un rancart et j’avais eu des petits soucis cette année-là, mais elle a même pas voulu, elle voulait juste boire un verre, et rien après. Le seul truc qui s’est passé, c’est que mes oreilles ont été violettes toute la journée. J’étais assis là et elles étaient en feu et j’ai de grandes oreilles ! Ça craint mais je crois pas qu’elle ait remarqué. Ça a changé ma vie, j’ai monté mon groupe après ça ! »

Depuis, le groupe a sorti successivement les EPs Consistency of Energy en 2016 puis Call of the Wild en 2017 au milieu de quelques dizaines de dates en Europe du Nord, plus intenses les unes que les autres. En France, ils sont passés aux Transmusicales de Rennes en décembre 2017 puis au festival This Is Not A Love Song en juin 2018 avant de retrouver les Eurockéennes le mois suivant.

Revenons à notre interview. Pour situer un peu le contexte, il est 22 heures à l’espace presse et les mecs sont arrivés dans la journée à Belfort, en direct depuis Stockholm. Le temps de s’installer, Henrik, le bassiste, m’explique qu’ils jouent super tard, qu’ils jouent tout le temps super tard, et qu’ils reprennent l’avion dans la nuit pour Stockholm. Aller-retour express au service du rocknroll donc.

Comment s’est formé le groupe ?

Sebastian : C’est sa création. [Montrant Henrik]

Henrik : On parlait de créer un groupe de punk puis je l’ai vu chanter à un karaoké…

Sebastian : Et on s’est dit qu’on devait le faire.

Henrik : Alors on l’a fait. J’ai écrit quelques chansons, on a ramené Benjamin qui joue de la guitare et Tor à la batterie et ensuite on a enregistré le premier EP. C’est plus ou moins ça. [Rires]

Comment vous êtes-vous retrouvés avec autant de musiciens sur scène ?

Henrik : On a ajouté du saxo sur le premier EP, du coup on s’est dit qu’il fallait avoir un saxophoniste sur scène, ensuite on a ajouté du synthé et on s’est qu’il fallait l’avoir sur scène, etc. Aussi simplement que ça.

La première fois que je vous ai entendus, je me suis dit que c’était encore un nouveau groupe de punk venant d’Angleterre, alors que vous êtes suédois…

Sebastian : Ouais, on a tout volé aux punks anglais ! [Rires]

Est-ce que, comme dans pas mal de groupes de punk anglais il y a une dimension politique, à votre musique ? 

Henrik : Non , on aime juste ce style.

Sebastian : On aime Joy Division mais on ne s’est pas dit :  « Oh il faut que ça sonne comme ça. » Nos influences sont plutôt de la musique monotone en général.

Henrik : Comme The Fall par exemple. C’est pas politique, c’est seulement lié à la musique et au feeling. Quand tu joues, ça fait du bien.

Sebastian : C’était aussi une réaction à ce qu’on n’aime pas, ce qui nous saoule, mais c’est surtout la musique.

Sebastian, tu es né et tu as vécu en Californie avant d’arriver en Suède, tu as découvert le punk là-bas ?

Sebastian : Je sais pas trop. J’ai joué dans quelques groupes quand j’étais adolescent et j’ai toujours aimé la musique « étrange », et quand j’ai déménagé en Suède, la plupart des gens que j’ai connus n’avaient pas les mêmes goûts que moi. Ils aimaient des trucs plus propres, plus mélodiques, des trucs plus faciles à écouter. Et j’écoutais des trucs plus violents. Et ce qu’on a en commun avec Henrik et Ben c’est qu’on aimait tous ce groupe, Flipper.

Henrik : On a aussi d’autres groupes en commun.

Sebastian : Ouais mais c’est surtout Flipper qui nous a rapprochés.

Vous venez de sortir un nouveau single, l’album est pour bientôt ?

Henrik : Oui, il sort le 28 septembre. Il y a un single avec deux faces B qui sort en août et ensuite sur le LP il y aura ces deux derniers singles et 7 autres morceaux. Que des nouveaux trucs.

[Quelques jours après cet entretien, ils sortaient le single Sports, premier extrait de leur prochain album, qui a tout de suite été classé comme Best New Track chez Pitchfork et The Fader.]

Vous avez une tournée de prévue ?

Henrik : Oui, on sera en France cet automne et avec un peu de chance en Europe et partout !

Est-ce que le renouveau punk de ces dernières années vous a aidés à vous faire connaître ?

Sebastian : Je ne sais pas si ça nous a aidés.

Henrik : De mon côté, je faisais partie d’un groupe de hardcore avant. Et je ne connais pas vraiment tous ces nouveaux groupes…

Sebastian : Je pense que les mecs qui nous écoutent ne sont pas vraiment les mêmes que ceux qui écoutent ces groupes. Ce sont un peu des « gars normaux », pas des nerds de la musique.

Henrik : Mais je suis content qu’il y ait plein de nouveaux bons groupes qui se forment.

Sebastian : Ouais moi aussi.

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Sebastian : J’écoute du hiphop suédois. [Rires] Je suis un peu monomaniaque, j’écoute un seul truc pendant deux ou trois mois, seulement deux ou trois chansons, puis je change le mois suivant, etc. J’écoute peu de punk en fait, plutôt du classic rock ces derniers temps, genre Creedence ou Iain Jennings. Quand je rentre chez moi, je me mets toujours un petit Iain Jennings.

C’est marrant parce qu’il y a aussi un côté « classic » à votre punk…

Sebastian : Ouais. Je crois que ce que j’essaye de faire c’est de prendre l’attitude punk dans chaque style. Par exemple quand j’écoute Iain Jennings, j’entends presque du punk, quelqu’un qui était « fucked-up » tu vois ? C’est dans l’énergie.

Henrik : Et la simplicité aussi. Le côté brut du classic rock, le gimmick que tu répètes simplement encore et encore. De mon côté j’écoute du Container en ce moment. Ça sonne super bien, il vient de sortir un nouvel album.

Je connais pas…

Henrik : C’est de la techno.

Sebastian : Ouais de la techno qui fait toum-ta-toum-tou-ta-tou-toum-ta-toum !

Henrik : Il est de New York, je crois.

Sebastian : Vancouver.

Henrik : Ah bon ? Bref, Américain.

Vous avez des projets en dehors de la sortie de l’album et de la tournée ?

Sebastian : Ouais, on va créer un groupe de metal-rap. On veut ramener ça à la mode !

Henrik : On va faire du trap-metal.

Sebastian : Avec plein d’autotune ! [Imite un chanteur de metal avec de l’autotune]

Henrik : Du Biohazard avec de l’autotune. On va refaire la BO de Judgment Night. J’écoutais que ça quand j’étais ado.

[Rires]

Le premier album de Viagra Boys sera disponible le 28 septembre sur toutes les plateformes de streaming et tous les bons disquaires. Le groupe sera en tournée en Europe avec pas moins de huit dates en France au mois d’Octobre. À ne louper sous aucun prétexte !

12/10 : L’Astrolabe, Orléans
13/10 : Aéronef, Lille
15/10 : Point Ephémère, Paris
16/10 : Le Mars, Angoulème
17/10 : I Boat, Bordeaux
18/10 : La Sirène, La Rochelle
19/10 : La Bobine, Grenoble
20/10 : L’Antonnoir, Besançon

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