Leurs prénoms, déjà, sont attachants. Et leurs personnalités, mélange d’une force calme et d’une envie d’ailleurs, le sont tout autant. Etta et Otto. Etta est une vielle femme qui décide sans prévenir de tout quitter, tout se résumant à sa maison et son mari Otto, pour aller faire connaissance avec la mer qu’elle n’a encore jamais vue – pour de vrai. Otto l’attendra sans paniquer, et avec la ferme intention de lui écrire le plus souvent possible bien qu’il ne sache pas où elle se trouve. La correspondance est d’ailleurs une face importante de leur relation. Des mots pour apprendre, puis oublier, se confier et enfin se rassurer. Le titre évoque également Russell et James : deux amis, différents, mais qu’on aimerait avoir toujours derrière soi. Je ne vous en dis pas plus !

Ce livre est écrit à deux vitesses : la jeunesse de nos protagonistes, et leur rencontre sur fond de campagne canadienne ensoleillée en temps de guerre, se confronte au présent et la vie quotidienne de ces deux amants séparés à plus de 80 ans. Suivre la grande marche d’Etta vers le large et observer ses rencontres, regarder Otto s’habituer à une solitude qu’il sait éphémère m’a beaucoup touchée. Et si je devais donner un seul adjectif à cette histoire, ce serait brut. Il est aussi brut que beau ce bouquin. Aucun artifice, pas de longues phrases inutiles et trop descriptives – de celles qui peuvent vite rendre un livre assommant (la masturbation intellectuelle des auteurs, rien de pire !) Pari réussi d’émouvoir avec une grande simplicité !

Pour qui ? Celui qui veut s’évader du métro/boulot/dodo, pour une semaine de lecture reposante ♡

Je m’attaque (enfin) au prix Goncourt de l’année passée Boussole de Mathias Enard. J’attends beaucoup (trop ?) de ce roman. On en discute la semaine prochaine !