Seulement un an après la sortie du très bien reçu Positive Thinking, le duo garage rock féminin The Pack A.D. revient avec Dollhouse, un album engagé, nerveux et sombre mais aussi rempli d’espoir. Véritable disque rock avec 9 morceaux et moins d’une demi heure de son, les Canadiennes se lâchent et convoquent toutes leurs influences et expériences pour créer un des albums les plus aboutis de leur carrière. De passage à Paris à l’occasion du festival Les Femmes s’en Mêlent, on a pu les rencontrer et parler de musique, de Trump, du mouvement #metoo, d’écologie ou encore de science fiction. Débrief :

Introducing the band! Comment vous présenteriez-vous aux lecteurs ?

Maya : Nous sommes un duo garage/rock/psych/pop/punk et nous jouons clairement fort, mais à un « bon » haut volume. Nous ne pouvons pas jouer trop fort de toute façon en France à cause des décibelmètres limités à 102 dB. Donc nous sommes un groupe à 102 dB. (rires)

Maya, tu es la batteuse et Becky, tu es guitariste, chanteuse. Vous chantez parfois toutes les deux ?

Maya : Je fais seulement les chœurs, mais c’est très récent. Becky me demandait de me lancer depuis longtemps, mais je n’arrivais pas à jouer et chanter en même temps.

THE PACK AD_dollhousecovergramVous avez sorti votre album précédent, Positive Thinking (en 2016), un an seulement avant la sortie de ce nouvel opus, Dollhouse (sorti en octobre 2017 en Amérique du Nord). Pourquoi si rapidement ?

Becky : Parce que le monde va tellement vite aujourd’hui, il faut arriver à suivre.

Maya : Avec le streaming, Internet, tout le monde a accès à tellement plus de musique qu’avant, la vie d’un album est aujourd’hui beaucoup plus courte. Attendre plus longtemps entre deux sorties n’avait pas vraiment de sens. Et on était inspirées, on avait des chansons, autant les enregistrer !

Est-ce que vous avez été aussi stimulées par tous les événements de ces derniers mois, particulièrement en Amérique du Nord  ?

Maya : Oui, complétement.

À ce propos, j’aurais aimé avoir vos pensées à propos de ce qu’il s’est passé dans le monde depuis l’affaire Weinstein, cet automne.

Maya : D’un côté c’est top, parce que des choses se passent, les gens essaient de changer. Je trouve ça positif. On vient du Canada, on est voisin des Etats-Unis et les Etats-Unis sont un endroit très étrange en ce moment. Il y a tous ces groupes de personnes comme la campagne #metoo, qui avancent et croient en une belle idée et de l’autre côté il y a ce nouveau gouvernement qui essaie d’éliminer les droits de tout le monde. C’est assez bizarre.

Becky : Ce changement de politique a cassé la confiance entre le peuple et le gouvernement. Les gens prennent directement les choses en main car ils ne croient plus en le gouvernement.

Maya : C’est super, mais le côté moins cool c’est que le gouvernement n’arrête pas de cibler les femmes, les enfants, le système de santé, les personnes âgées, etc. Ça rend encore plus important le fait que les gens doivent en parler, continuer à s’exprimer autant que possible.

Et le festival Les Femmes s’en Mêlent est un bon endroit pour ça ?

Maya : Oui, complètement.

À ce sujet, du 15 au 17 mars, vous tournez en France dans le cadre de ce festival avec une programmation presque exclusivement féminine, dont les anglaises de Dream Wife. Vous êtes excitées ?

Maya : Carrément, très excitées !

Becky : On y a déjà joué il y a quelques années, il y a 5 ou 6 ans je crois. Mais oui on est très heureuses d’en refaire partie !

Faire partie d’un groupe de rock complètement féminin, était-ce plus difficile au début de votre carrière ou maintenant ?

Maya : Ça a toujours été difficile. On est traité différemment, on est moins bien payé…

Becky : Le rock’n roll est un monde très masculin, le statu quo c’est quatre mecs qui jouent de la musique. Comme aujourd’hui le rock ne fait plus les gros titres, les programmateurs ne prennent pas de risque et veulent seulement le groupe « de base » avec seulement des hommes, pas de femme.

Avez-vous besoin de prouver que vous êtes aussi rock’n’roll que les mecs, voire plus ?

Maya : Les hommes ont tendance à être surpris quand ils nous voient jouer aussi fort, ils sont un peu…

Becky : C’est le concept de féminité, on n’est pas censé montrer d’agressivité, mais c’est complètement faux. On peut carrément être agressives ! (rires)

Il y a d’ailleurs pas mal d’exemples dans le rock de femmes « agressives », comme Joan Jett, Brody Dalle ou encore Courtney Love…

Maya : Mais il y a seulement un nombre réduit de noms auxquels on pense. C’est toujours le problème avec ce genre de musique, c’est comme si seulement un nombre limité de femmes avait le droit de réussir dans le rock. Par exemple, on entend très peu de chanteuses rock à la radio, surtout en Amérique du Nord. La pop ça va, mais tu peux écouter une radio rock pendant des heures sans entendre une seule voix de femme.

Becky : Il y a tellement de bons groupes avec des chanteuses et ils ont tous le même problème.

Maya : C’est comme si on ne leur donnait pas l’opportunité de devenir plus gros.

Vous pensez que ça risque de changer ?

Maya : Je ne sais pas, j’espère. Mais il y a tellement d’autres choses importantes à changer avant.

Becky : Il faut juste garder espoir. Si on se fie à l’Histoire, à chaque fois que des mouvements féministes sont nés et se sont soulevés, ils se sont ensuite fait écraser. Donc si ce qu’on vit aujourd’hui est semblable, ce grand élan va probablement se faire écraser aussi. J’espère que ce n’est pas le cas.

Maya : J’espère que ce coup-ci c’est pour de bon, ça semble assez gros en tout cas.

THE PACK AD_IMG_2681_HDEn effet, ce mouvement arrive au moment où des lois comme celles contre l’avortement ont le vent en poupe dans certains états des Etats-Unis, il se passe des choses flippantes.

Maya : On vit une période très Handmaid’s Tale, c’est dingue. C’est très bizarre d’habiter juste à côté d’eux.

Becky : Ça a contribué à lancer le mouvement et malheureusement il faut qu’il se passe des choses horribles pour que le peuple se soulève.

Maya : J’ai l’impression qu’il y a plus d’hommes que ce que l’on croit en faveur du concept d’égalité homme/femme.

Becky : Le monde est plus ou moins divisé en deux parties égales de femmes et d’hommes et si les décideurs et politiciens étaient divisés également de la même façon tout le monde en bénéficierait, plutôt que d’être l’un contre l’autre.

Je crois qu’il y a même plus de femmes que d’hommes sur Terre. Vous pourriez prendre le pouvoir !

Maya : On pourrait, mais on ne ressent pas naturellement l’envie de se battre. Et ça me va comme ça.

Becky : On a juste beaucoup de colère… à l’intérieur.

Le thème de l’écologie est très présent dans votre dernier album, particulièrement dans la chanson éponyme « Dollhouse ». Est-ce que vous arrivez à être écolo en tournée ?

Maya : Sur notre rider on demande de l’eau en bonbonne car nous avons nos propres bouteilles en métal, mais on nous distribue toujours plein de bouteilles en plastique. Becky est vegan et de mon côté je suis végétarienne. Je n’arrive pas à être complètement vegan, surtout en France, le pays du fromage ! C’est tellement bon, qu’est-ce que je peux y faire ? Mais sérieusement, oui, c’est dur parce que la grande partie de notre boulot se passe sur la route.

Becky : Et dans les avions, qui ont une empreinte carbone terrible. Mais on le fait, on essaie de ne pas trop y penser et de passer outre, parce que sinon on reste à la maison et on ne partage plus notre musique sur scène avec le public.

Maya : Je pense que si chacun en faisait un petit peu, ça aiderait énormément. Mais encore une fois, on se retrouve avec nos voisins américains qui clament que le réchauffement climatique n’est pas réel !

Êtes-vous optimistes par rapport au futur ?

Becky : Nous sommes des personnes très sombres… (rires)

Maya : On voit toujours le côté obscur de la vie…

Becky : Je n’ai jamais été optimiste, mais j’essaie d’être réaliste, avec de l’espoir. Il faut de l’espoir, on ne peut pas tout le temps penser que tout va être terrible.

D’ailleurs, j’ai lu que vous étiez entrées en studio pour enregistrer Dollhouse avec des pensées plus positives que pour le précédent album. Mais vous avez en fait créé quelque chose d’encore plus dark. C’est lié à tout ça ?

Maya : Oui, on n’avait pas vraiment l’intention d’aller dans cette direction au départ, mais c’est constamment autour de nous. C’est difficile de faire abstraction.

La première chanson de l’album « Woke Up Weird » parle de ces mauvaises nouvelles que l’on entend au réveil, on en a tous fait l’expérience dernièrement…

Maya : Oui. Par exemple, lorsque Donald Trump s’est fait élire, on était à Paris et j’ai pleuré pendant une heure dans mon lit puis toute la semaine qui a suivi.

Becky : La semaine qui suivait on jouait aux Etats-Unis et je ne voulais plus y aller.

Maya : Les gens qui assistaient à nos concerts étaient très tendus et ils venaient nous rencontrer à la fin du show pour s’excuser. En général, les gens qui viennent nous voir en concert ne sont pas des fans de Trump. (rires) Ils se sentaient mal et c’est toujours le cas. Tous ceux qui n’ont même que la moitié d’un cerveau ressentent la même chose.

Votre esthétique provient en grande partie de la science-fiction, quel est votre film favori du genre ?

Becky : Je dirais Blade Runner.

Maya : J’aurais aussi dit Blade Runner, mais sinon je pensais à The Thing, le premier en noir et blanc, très vieux.

Becky : Pas la version de John Carpenter ?

Maya : Kurt Russell est un Républicain et supporter de Trump alors je ne peux malheureusement plus regarder celui-là. Du coup je maintiens Blade Runner. Je n’ai pas encore vu le deuxième, il parait qu’il est bien.

Et une série TV ?

Becky : Je ne regarde pas trop la télé…

Maya : Buffy contre les Vampires ! C’est ma série préférée de tous les temps.

Quels sont les disques que vous écoutez en ce moment ?

Maya : Le dernier Mount Kimbie, le nouveau King Krule et James Blake. Et cette fille de Montréal, Foxtrott.

Becky : Je n’écoute de la musique qu’en vinyl chez moi, donc je ne sais pas trop ce qui est sorti ces derniers temps. Mais le dernier truc que j’ai écouté c’est le dernier album de La Femme.

Maya : La Femme c’est trop bien ! On les a vus jouer lors d’un showcase français au SXSW il y a quelques années, j’ai acheté tous leurs albums, c’était un super concert.

Quel est votre meilleur souvenir de tournée en France ?

Maya : Il y a cette fois où on jouait à Paris et une fille est montée sur scène et a chanté une chanson avec nous !

Becky : Elle s’est excusée ensuite, elle était tellement excitée !

Maya : Elle avait fait un trajet de 4 heures en train pour venir nous voir. Elle venait de Brest ou un truc comme ça, je crois.

Becky : Il y a d’autres moments mémorables… qui le sont parfois un peu moins à cause de l’abus d’alcool. Mais les afters de concerts sont toujours de bons moments.

Maya : Comme la dernière fois qu’on a joué pour Les Femmes s’en Mêlent, au Divan du Monde. On a traîné avec les autres groupes et les organisateurs du festival après le concert, c’était super.

Et pour terminer, qu’est-ce que 2018 réserve de beau pour vous ?

Maya : On va surtout tourner pour faire la promo de notre dernier album, Dollhouse, on devrait d’ailleurs repasser en France à la fin de l’année.

Becky : Encore plein d’autoroutes, d’hôtels et de bars !

 

The Pack A.D sera en concert au festival Les Femmes s’en Mêlent du 15 au 17 mars 2018. Détails ci-dessous :

15/03/2018 : Le Brise Glace, Annecy avec Peter Kernel et La Piétà / Événement facebook / Tickets
16/03/2018 : La Machine du Moulin Rouge, Paris avec Virginie Despentes + Zëro, Dream Machine, Cata. Pirata en DJ Set, etc. / Événement facebook / Tickets
17/03/2018 : Troisième Volume, Vendôme (41) avec Léonie Pernet / Événement facebook

Et en tournée dans toute la France jusqu’au 30 mars.

Dollhouse est disponible en format physique chez votre disquaire préféré et Platinum Records, et en streaming sur Apple Music et Spotify.

ABONNEZ-VOUS À LA SONG OF THE WEEK, NOTRE NEWSLETTER HEBDOMADAIRE !