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L’art de la reprise n’est pas chose si aisée. C’est certes un bon exercice pour les groupes, surtout au moment de leur formation, ça permet de déterminer les contours de ce qu’on veut faire. Certains font même une carrière avec ça, mais la plupart du temps pour présenter des copies au carbone de chansons qu’on aurait souvent mieux fait de laisser tranquilles… Les tribute bands qui essaiment un peu partout n’ont d’autre intérêt que de permettre à un public nostalgique de se repaître des répertoires archi-connus de groupes qu’il n’aura jamais l’occasion d’applaudir EN VRAI.

Ainsi j’ai été étonné quand le nouveau single de The Kills s’est avéré être une cover… Venant d’un groupe aussi impeccablement rock et arty à la fois, on ne pouvait que s’attendre à un choix peu banal. Et si je les avais vus sur scène interpréter avec justesse la sublime ballade « Pale Blue Eyes » du Velvet Underground, je n’aurais pas imaginé qu’ils s’emparent d’un titre obscur du poète hip hop alternatif new-yorkais (et acteur à ses heures) Saul Williams, « List Of Demands (Reparations) ». Ce rap politique avec ce spoken word plaqué sur une distorsion punk indus qui semble avoir été inspirée par Nine Inch Nails (Saul Williams a tourné avec eux et fait ensuite un album produit par Trent Reznor) est à la fois agressif, menaçant, revendicatif et accrocheur. Pas étonnant alors qu’il figurât dans la playlist d’Alison Mosshart et Jamie Hince…

La version que font the Kills de « List Of Demands (Reparations) » ne dépare en rien du répertoire du duo anglo-américain et aurait aisément pu se trouver sur l’un de leurs derniers albums. Mieux, c’en eût été l’une des meilleures chansons. En divisant le tempo par deux, ils se sont permis de rendre ce brûlot inclassable en un parfait objet pop rock totalement cohérent avec leur style. Un rythme martial simplissime (les sourds entendront le « We Will Rock You » de Queen…), une instrumentation sobre mais puissante avec la guitare cinglante et inventive de Jamie Hince, l’interprétation vocale magistrale d’Alison Mosshart font le job, et de quelle façon. Elle est l’incarnation de la fille rock n’roll, bad girl fatale qui narguera toujours la concurrence, il est un parfait dandy doublé d’un instrumentiste unique. Quiconque a vu ce sulfureux couple à la classe insolente sur scène saura de quoi je parle. En attendant, ce nouveau single des Kills est tombé du ciel et n’est pas prêt de nous lâcher…

Original de Saul Williams (2004) :