Attention, billet d’humeur.

Il est fort probable que tu saches à qui appartient la fameuse phrase “je suis ton père”. Peut-être même le sais-tu sans avoir maté le moindre film de George Lucas. Et ça, ça m’énerve.

[Spoiler alert]

Si tu vois pas du tout de quoi je parle, tu fais partie des rares élus. J’imagine que tu dois vivre loin de toute civilisation, et que tu lis ceci sur papier recyclé bio-équitable et décroissant. A défaut de la brûler, recycle cette feuille aussi vite que possible. Si par miracle tu lis ceci depuis un ordinateur, le salut passe par deux touches : Ctrl + W. Ah et au fait, comment t’as fait pour avoir du wifi au fond de ta grotte ? Cable ethernet ? CPL ? Envoie-moi un petit mail, je suis curieux.

 

Bon maintenant qu’on est entre nous (sérieux, il sortait d’où ce type ??), parlons candidement. Petit exercice mental pour commencer : ton année de naissance c’est 1953. Tu as regardé avec joie et émerveillement l’atterrissage lunaire de 69, et depuis, tu rêves d’espace. Tu enfouis ces rêves le temps de tes études, achètes un pattes d’eph pour faire comme les potes et, une fois ton diplôme acquis, pars en séjour spirituel dans les Appalaches Vermontaises. À ton retour, faute de tunes, tu vas crécher chez tes parents. Au ciné du coin, tu tombes sur le film qui, avec ton poster de Buzz Aldrin sur le mur de ta chambre d’ado, va raviver l’astronaute qui sommeille en toi. L’unique salle de la ville arbore sans conviction ce “space opera” au nom banal : Star Wars. Tu entres, tu prends du popcorn au caramel (parce que tu as déjà un avis tranché sur le genre de personne qui préfère le popcorn beurré), tu te poses dans la salle noire, et tu rêves pendant 2 heures.

Trois ans plus tard. Ton deuxième enfant vient de naître, mais la personne qui partage ta vie sait que tu veux le voir, ce film. T’invites même pas quelqu’un pour y aller avec toi, tu veux rêver tout seul dans ton fauteuil, avec pour seuls camarades ton astronaute interne et ton popcorn au beurre (y’a que les cons qui changent pas d’avis, ok??). Tu te régales, les leçons de vie d’un extraterrestre nain tu encaisses, et tu frémis d’inquiétude devant le combat final entre Luke et Dark Vador. Et là, tu tombes de ta chaise tellement le plot twist est oufissime.

Sauf qu’aujourd’hui, plus personne ne tombe de sa chaise. Pour ma part, j’ai dû mater L’Empire contre-attaque quand j’avais 8 ans, donc la plupart des choses intéressantes me sont un peu passées au-dessus de la tronche. C’est un premier problème. Deuxième problème : si j’avais attendu à peine plus longtemps, je me serais fait spoiler le film par un tocard au collège qui a mué avant les autres et veut se la péter avec sa voix grave en imitant Vador. Et c’est bien ça le souci : dans notre ère où certains militent pour que l’Enfer de Dante ait un 10ème cercle réservé aux mecs qui spoilent Game of Thrones, personne ne bronche quand un mec spoile L’Empire. Alors remettons les choses au clair : avant Fight Club, Sixième Sens, Usual Suspects et consorts, l’épisode V faisait partie des meilleurs plot twist de son époque.

Alors par pitié, trouvez un autre trait d’esprit en lien avec la paternité quand vous devez faire une blague à ce sujet. Grâce à vous, une personne quelque part dans le futur vient de se faire une luxation de la mâchoire devant Empire, et vous en remercie. Et si jamais l’idée d’offrir des orgasmes scénaristiques aux générations futures vous déplait, je connais un mec qui a une grotte avec du wifi. Je suis sûr que vous vous entendrez à merveille.