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En 1977, il n’était pas cool de dire qu’on aimait bien Fleetwood Mac. En tous les cas parmi mes amis de plus ou moins quinze ans comme moi, tous persuadés que le punk était la seule musique acceptable, ayant réussi la prouesse de renverser le trône des groupes de rock progressif, des virtuoses emmerdants et même des Stones, tiens! Alors bien sûr, une telle bande de chevelus et barbus aux oripeaux hippies qui en plus ont vendu des semi-remorques et des conteneurs pleins de disques dans le monde entier cette année-là n’allait certainement pas avoir nos faveurs. Et pourtant, j’ai toujours pris plaisir à entendre (à la radio, j’allais quand même pas acheter le disque, c’eût été trop honteux de le posséder…) des chansons de « Rumours » et ce « Go Your Own Way » en particulier. Je l’aime toujours, mais maintenant je peux le clamer à la Culture de l’Ecran et donc à la terre entière. Car ce groupe a été, comment dire, réhabilité, et comment…

Enfin, ce Fleetwood Mac-là, car l’histoire n’est pas si simple. Du groupe de British Blues de la fin des 60’s ne subsistait que la section rythmique, le bassiste John McVie et le grand (par la taille comme par le talent) Mick Fleetwood. L’arrivée de la femme de McVie, Christine, pianiste et compositrice a commencé à éloigner le groupe du pur blues. Au départ du guitariste virtuose mais complètement fêlé Peter Green, les Anglais traversent l’Atlantique, s’installent en Californie et mettent le grappin sur un duo sexy, solaire et surdoué composé par les jeunes époux Lindsay Buckingham et Stevie Nicks. Lui est un fin guitariste et un mélodiste hors-pair fan de Brian Wilson et des Beach Boys, elle est une exquise chanteuse au timbre clair des grandes dames de la country. Le premier disque de la nouvelle formation, titré en déclaration d’intention « Fleetwood Mac » connaît un joli succès, porté par le hit « Rhiannon », une solide compo de Stevie Nicks. Ils s’enferment alors au Record Plant de Sausalito, près de la Mecque hippie San Francisco pour transformer cet essai et rien ne se passera comme prévu. Les sessions dureront sept mois, ralenties par un usage hédoniste et effréné de cocaïne (c’était l’époque et c’était la Californie…) et surtout par des crises conjugales dantesques. Les deux couples se sépareront pendant cet enregistrement, Nicks sortant alors avec Fleetwood. Et la plupart des chansons de « Rumours » parlent de rupture, de trahison et de drames conjugaux, mais contre toute attente, la musique qui les illustre est brillante, dynamique et follement séduisante. Comme lors d’un dialogue d’amants trompés, Lindsay Buckingham envoie « Second Hand News », vigoureuse et bravache chanson up-tempo, à laquelle Stevie Nicks répond avec la sublime ballade douce-amère « Dreams », un rêve de soft-rock qui sera N°1 aux USA. Christine McVie n’est pas en reste, célébrant sa nouvelle vie sans son bassiste de mari avec le jovial boogie pop « Don’t Stop » et la romantique ballade « You Make Loving Fun ». Disque remarquablement équilibré (39 minutes chrono, aucune seconde de remplissage) « Rumours » est aujourd’hui une influence revendiquée de bien des groupes, de Phoenix à Hole, de Best Coast à Lorde.

« Go Your Own Way » est une irrésistible composition de Lindsay Buckingham, chanson enlevée sur tapis de douze cordes carillonnantes à la Byrds, parsemé de salves acides de guitare électrique. La batterie de Mick Fleetwood, très percussive est assez stupéfiante et non-orthodoxe dans le genre rock. Elle n’en est pas moins impeccable. Les choeurs savants de Buckingham, McVie et Nicks sont juste miraculeux, entre harmonies des Beach Boys et chant country. Je défie quiconque d’essayer de les reproduire en réussissant du premier coup. Pour une chanson de rupture, elle est assurément revigorante. Oldie, oui, et surtout goldie!

Live 1977 :

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