Avec « Emotional Mugger » et ses 38 minutes d’intempéries distordues, Ty Segall prouve qu’il n’a en rien perdu de son sens du riff biscornu. Le Californien, désormais accompagné des Muggers, revient en 2015 avec les mêmes armes qui l’ont fait sortir du lot à la fin des années 2000 : une créativité débordande, des guitares toujours plus hallucinées et un son lo-fi boosté par une utilisation massive de pédale fuzz. Ceux qui s’attendaient à le voir reproduire le virage pop entrepris à partir du délicieux « Sleeper » (2013) et le très abouti « Manipulator » (2014) devront encore attendre. Malgré quelques pépites (« Breakfast Eggs », « Mandy Cream », « Candy Sam »), le nouveau prince du garage américain n’a pas choisi la facilité et continue de brouiller les pistes.

Le neuvième album du kid de Laguna Beach débute en fanfare. Sur « Squealer », le chanteur guitariste à la tignasse blonde distille un heavy rock survitaminé, aux accents heavy qui rappeleront le meilleur de Sabbath, Pentagram ou Hawkwind. « California Hills » et ses choeurs psychédéliques ouvre de nouvelles brèches. Ces jams lancinants s’enmêlent et font place à un chant rappellant étrangement un John Lennon au bord de la crise de nerf. Le très dissonant « Emotional Mugger / Leopard Priestess » est une des pistes les plus entêtantes du disque.

« …l’Américain voue un culte à Bowie, T-Rex et tous les dinosaures du glam rock. »

Mais c’est avec « Breakfast Eggs » que Segall met tout le monde d’accord. Il n’est plus nécessaire de rappeller à quel point l’Américain voue un culte à Bowie, T-Rex et tous les dinosaures du glam rock. Avec son succulent refrain, elle est sans aucun doute un des grands moments de ce nouvel opus. S’en suit « Diversion », autre hymne hédoniste fédérateur qui ravira les fans de vocals bodybuildés. Le très fuzzy « Baby Big Man » (I Want A Mommy) devrait quant à lui séduire les amateurs de distortion à outrance. Ca tombe bien, on n’est pas contre.

L’album semble enfin s’élever avec l’enchainement de « Mandy Cream » et « Candy Sam ». La première fera tapper du pied n’importe quelle équipe de football américain avec sa rythmique biscornue. « Candy Cream », disponible en vidéo sur le site de l’artiste avant la sortie de l’album, est un délice de glam pop, soutenu par les excellents Muggers. Plus qu’une simple collaboration, le groupe assure désormais l’intégralité de la musique, laissant Segall au chant en live.

« Squealer Two » a elle aussi un pied bien ancré dans le registre glam, et de forts accents sixties. « W.U.O.T.W.S » aurait pu être écrite par Captain Beefheart tant on a du mal à suivre les vociférations de son intéprète. Le disque se ferme sur « Magazine » et sa ligne de basse hypnotisante. On en redemanderait presque.

Il y a fort à parier que Segall nous reponde un album avant la fin de l’année. Ce nouvel opus, « Emotional Mugger », nous fera attendre jusque là. Sans trop prendre de risque, l’Américain de 28 ans continue de tracer son chemin dans le monde de l’underground qui lui va si bien. Génie de la nouvelle scène rock américaine, Segall ne semble pas encore prêt à vouloir s’assagir et occuper la place qui est la sienne, entre un Josh Homme ou un Jack White en devenir. Affaire à suivre donc…

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CLASSE
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