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Indices jetés au public avant la sortie de « Father Of The Bride », nouvel album à paraître ce printemps, « 2021 » et « Harmony Hall » sont les premiers morceaux de Vampire Weekend depuis six ans. Un long hiatus quand on considère le début de carrière fracassant de ce groupe de Brooklyn qui a édité depuis 2007 trois albums épatants à tous points de vue, et qui a rejoint avec un certain brio le peloton de tête de l’indie pop internationale. C’est donc avec une impatience non feinte que les fans attendaient ces deux chansons, ils ne seront pas été déçus…

Avec leur look très propret, preppie ou ivy league, Vampire Weekend imposa dès le début une image à contre-courant qui fut sujet à controverse. Un peu comme Talking Heads à leur débuts, ils arboraient l’apparence la moins rock qui soit, et pire, un côté intello et upper-class en parfaite contradiction avec la doxa pop indé. Et si le chanteur-guitariste Ezra Koenig et le batteur Chris Tomson se sont rencontrés à la prestigieuse université new-yorkaise de Columbia, ils ne venaient pourtant pas de la haute mais étaient étudiants boursiers. C’est malgré tout avec ce look plus dérangeant qu’il n’y paraît qu’ils mirent sur orbite leur excellent premier album (le groupe étant complet avec Rostam Batmanglij aux claviers et à la production et Chris Baio à la basse et aux choeurs), le nom de Vampire Weekend venant d’un scénario de film écrit par Koenig et racontant l’épopée d’un jeune homme se rendant au Cap Cod (paradis pour yuppies du Massachusetts) pour annoncer que les vampires étaient en train de coloniser les USA… D’où les références à ce coin de la Nouvelle-Angleterre tout au long du disque « Vampire Weekend », l’un des tout meilleurs sortis en 2008. Inspirés par le punk et la world music, ils imposèrent un mix inédit et parfaitement séduisant de ces deux influences, avec des titres pétillants et irrésistibles comme « Cape Cod Kwassa Kwassa », « Oxford Comma » et bien sûr « A-Punk », frénétique bombinette punkoïde qui illustre encore certains spots publicitaires et est virtuellement rentrée dans le domaine public. Le talent d’écriture et la science des arrangements du duo Koenig et Batmanglij brillent déjà, et se confirmeront avec les deux albums suivants, « Contra » en 2010 et « Modern Vampires Of The City » en 2013, où alternent avec bonheur et beaucoup de personnalité chansons rythmées et moments plus introspectifs et mélancoliques.

Lors de cette pause de six ans, Rostam Batmanglij a quitté le groupe pour se consacrer à fond à son métier de producteur et à sa carrière solo, il collabore pourtant toujours avec Vampire Weekend en studio, comme c’est le cas pour ce « Harmony Hall ». Chris Baio a sorti deux excellents disques d’electro pop intime qui révélèrent un vrai talent (sa « Sister Of Pearl » a été SOTW #69). Ezra Koenig, quant à lui, a accumulé les featurings, posant sa voix sur des chansons de Major Lazer, Chromeo, composant pour Beyoncé, apparaissant dans les clips de « Barbra Streisand » de Duck Sauce et dans la série « Girls » de Lena Dunham , accompagnant Karen O sur scène ou encore soutenant la campagne de Bernie Sanders. Mondanités toutes new-yorkaises en somme ! Aujourd’hui, le noyau dur de Vampire Weekend (Koenig, Baio et Tomson) est remonté sur scène à quelques occasions, se présentant désormais à sept en version live, a prévu une énorme tournée nord-américaine pour le printemps et l’été et assurera quelques dates dans des festivals européens (aucune en France pour l’instant, hélas, mais ça peut évoluer) pour faire suite à la sortie de « Father Of The Bride », album qui comptera dix-huit titres et qui, selon Ezra Koenig, devrait nous réserver quelques surprises.

Une lancinante boucle de guitares acoustiques ouvre « Harmony Hall » qui se bâtit tout du long, ajoutant des éléments pour s’élever jusqu’au climax, tel ce groovy riff de piano mi house mi gospel qu’on jurerait échappé du « Screamadelica » de Primal Scream ou ces choeurs ensoleillés assurés par Danielle Haim dans le pont glorieux et le refrain en ooh ooh ooh si accrocheur. On retrouve tout l’art de l’arrangement de Vampire Weekend dans ce break de piano en forme de menuet, avant que ne revienne le pont et un chouette chorus de guitare et de slide presque country. Beau retour en forme pour Ezra Koenig et ses petits camarades, mais la joie musicale ne saurait masquer un fond bien plus sombre, voire paranoïaque, quand ce dernier chante « I thought I was free from all that questioning, but every time a problem ends another one begins » (je pensais être libéré de toutes ces interrogations, mais chaque fois qu’un problème se termine, un autre commence) avant d’enchaîner sur « I don’t want to live like this, but I don’t want to die » (je ne veux pas vivre ainsi, mais je ne veux pas mourir). Dilemme bien humain qui aura eu le mérite d’inspirer cette excellente chanson…