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« O Manchester, so much to answer for » chantait Morrissey avec les Smiths dans « Suffer Little Children ». Et si la diva cyclothymique à la voix d’or se répand de commentaires douteux que je ne lui ferai pas l’honneur de citer dans la presse et sur les réseaux sociaux, c’est à cette ville martyre du terrorisme (ignobles bâtards qui tuent jusqu’aux enfants…) que je rends hommage. Ville tolérante et multi-culturelle, patrie de tant de groupes essentiels dans l’histoire de la pop et du rock, the Smiths donc, Buzzcocks, Magazine, Joy Division, New Order, The Fall, The Stone Roses, Happy Mondays, Oasis, The Chemical Brothers en sont les plus emblématiques.

Et si j’ai remis les Smiths sur ma platine, j’ai aussi replongé dans New Order, en particulier dans « Power, Corruption and Lies », chef d’oeuvre du groupe sorti en 1983 (avec sa pochette si décalée, reproduction d’une peinture florale de Fantin-Latour). Les anciens Joy Division (Barney Sumner au chant et à la guitare, Peter Hook à la basse et Steven Morris à la batterie) se sont immédiatement réinventés après le suicide de leur chanteur Ian Curtis et ont incorporé des synthétiseurs, des séquenceurs et des influences dance music dans leur rock torturé et tendu. On peut dire que ces éléments étaient déjà là, sous-jacents, même dans les disques marmoréens de Joy Division et qu’ils se révélèrent au grand jour dès le second album des Mancuniens qui suivit la sortie du 12 inch (on disait maxi 45 tours) « Blue Monday », déclaration d’intention proto-electro, mélancolique et dansante qui eut une influence énorme sur la pop.

« Age Of Consent » ouvre l’album avec une ligne de basse mélodique (l’inimitable son de Peter Hook, souvent imité, jamais égalé), un motif de batterie au tempo infernal, robotique et haletant et des accords de guitare hargneux, mal coiffés, héritiers du punk. La voix malhabile et très humaine de Barney entonne une mélodie très émouvante, dans un registre grave qui grimpe à l’octave quand l’ambiance devient graduellement plus intense. Ostinato qui monte en puissance tout au long du morceau (figure de style pop imparable…), « Age Of Consent » est une chanson vibrante et mémorable, dont la force évocatrice est intacte trente-quatre ans après sa sortie. Oldie and goldie, it’s yours dear Mancunians.

Live BBC radio 1984, New Order jeune et nerveux joue à bride abattue :

Live 2014, très pro mais plus froid aussi…