SOTW #121 : Sweep Me Off My Feet, Pond

Pond semble être passé en neuf ans et sept disques (sept ! Seuls les quatre derniers ont été distribués en Europe) du statut de groupe underground de rock psychédélique barré à celui, beaucoup plus enviable, d’outsider d’une pop céleste, dansante et expérimentale. A Perth en Australie, ville perdue entre deux immensités, l’océan Indien et les étendues désertiques de l’ouest du continent, Pond est le projet de Jay Watson et Nick Allbrook, le premier étant aussi membre de Tame Impala sur scène et l’un des seuls musiciens à apparaître aux côtés de Kevin Parker sur disque. Serait-ce dû à l’invraisemblable insularité géographique et donc culturelle de Perth, où la scène musicale est aussi bouillonnante que partageuse, tout le monde jouant plus ou moins ensemble, mais force est de constater que les deux groupes sont intrinsèquement liés, humainement mais aussi musicalement. C’est d’ailleurs Kevin Parker qui a produit le nouvel album « The Weather », il n’avait pas retravaillé avec Pond depuis leurs tout débuts en 2009 et est devenu l’une des plus grandes stars pop et rock depuis. D’après eux, il ne s’est cette fois-ci pas ingénié à ordonner un tant soit peu le chaos de l’enregistrement, mais les a fait réfléchir et expérimenter. Et le résultat est là, car les dix chansons de « The Weather » sont ce que Pond a fait de plus accessible et accrocheur, tout en ne cédant pas un pouce sur l’étrangeté du son et de l’ambiance. Alors évidemment, la capillarité entre « Currents », le remarquable dernier album de Tame Impala et « The Weather » est manifeste, on retrouve cette pop aussi solaire que bizarre, avec les claviers en étendard, inspirée par le disco, la pop west-coast californienne et les glacis electro-pop 80’s.

Là où les choses divergent, c’est dans la teneur beaucoup plus grise, insidieusement inquiétante de l’univers de Pond qui pointe dans les textes. Ainsi « Sweep Me Off My Feet », généreux single voué à déferler sur les ondes, derrière sa formidable mélodie au lyrisme qui rappelle les Beach Boys, ses nappes de claviers enveloppantes et cosy et son solo de guitare aérienne, Jay Allbrook campe un jeune homme doutant sérieusement de ses qualités de séducteur:
 » Hey, you, I’m not bold or cool or masculine
Maybe you’re just waiting for the perfect Latin lover to walk in, I’m not him
Between my penis and my chin is Camembert and shame…. »
(Hey, toi, je ne suis ni courageux, ni cool, ni viril
Peut-être attends-tu que le parfait Latin lover arrive, ce n’est pas moi
Entre mon pénis et mon menton, il n’y a que du camembert et de la honte…)

La pochette de « The Weather » comme le clip de « Sweep Me Off My Feet » met en scène un univers de suburbia australienne aussi clinquante qu’horriblement anodine (une allée de centre commercial 80’s écrasée par le soleil), aux antipodes on peut en être certain des délires musicaux et scéniques de Pond, qui devrait avec ce disque s’installer pour de bon en haut des playlists de tout amateur de pop qui se respecte.

Live, qualité et son amateur

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