En sortant un disque d’une élégance rare, l’Iguane renoue avec le succès en compagnie d’un backing band des plus prestigieux.

L’annonce tardive et quasi-secrète d’un nouvel opus d’Iggy Pop a ravi les fans de l’Iguane. Dans un contexte difficile, après la mort de son compagnon de longue date David Bowie, l’artiste déjanté du Michigan prouve qu’il est toujours au meilleur de sa forme. « Post-Pop Depression » est une perle rare de sobriété, qui s’inscrit directement au palmarès des albums les plus aboutis du chanteur charismatique : « The Idiot » et « Lust For Life », enregistrés à la fin des années 1970. Produit et co-écrit par Josh Homme, ce disque, qui selon Iggy et une bonne partie de la presse spécialisé, pourrait être son dernier, mélange les influences avec brio, sans jamais sombrer dans la facilité.

Iggy et les potes

Pourtant, le pari était risqué. En séjournant au mythique Rancho de la Luna, repère du grand roux dont la réputation n’est plus à faire (Queens of the Stone Age, Kyuss, Them Crooked Vultures, pour ne citer qu’eux), l’artiste de 68 ans a vu juste. Entouré de l’excellent Dean Fertita (QOTSA, The Dead Weather) et le métronome du Yorkshire Matt Helders derrière les futs (Arctic Monkeys), Iggy Pop jongle entre pépites chaloupées (« Gardenia », le tubesque « Sunday ») et balades caverneuses (« Break Into Your Heart », « American Valhalla » et « Paraguay »). La production, qui rappelle celle de « Lullabies For Paralyze » des reines de l’âge de pierre, sorti en 2005, est sublimée par le charisme légendaire de l’ancien frontman des Stooges.

Neuf titIggyres, et moins de trois quarts d’heure, c’est suffisant pour adresser une belle lettre d’adieu au monde du rock. « I have got nothing but my name » répète l’Iguane sur « American Valhalla« , qui semble désormais prêt à passer le flambeau. On retiendra notamment le single « Gardenia », qui rappelle les épopées berlinoises du parrain du punk et de Bowie… il y a maintenant quarante ans. Cette période, considerée comme l’apogée de sa carrière solo, a d’ailleurs inspiré le titre « German Days », dont les riffs biscornus rappellent le meilleur de QOTSA. Sur « Sunday », Pop se lâche et fait danser, façon « Strokes ». Les choeurs et les guitares s’enmêlent et se démêlent à merveille, faisant du second single de l’album un des titres phares de ce début d’année.

Mentions spéciales pour « In The Lobby » et « Break Into Your Heart », deux des morceaux les plus rocks de « Post-Pop Depression ». La touche desert rock marche à merveille. Après avoir revisité Berlin, New York et Londres, le sexagénaire au corps de yogi et aux mêches blondes indémodables, pose ses valises entre Los Angeles et Phoenix et fait de Palm Springs sa nouvelle cour de récréation. Le voyage prend fin en plein coeur de l’Amérique Latine, avec « Paraguay », une ballade des plus mélancoliques et son refrain envoutant. Ceux qui auront la chance de croiser l’Iguane et sa Dream Team sur la route cette année (Iggy est actuellement en tournée aux Etats-Unis avant de s’envoler pour l’Europe) ne devraient pas être déçus.

En concert au Grand Rex (Paris) le 15/05/2016, mais complet, il sera aussi une des têtes d’affiche de Rock en Seine 2016. Plus de dates (Arras, Limoges, Cognac, etc.) ici.

Album en vente en vinyl ici.