Love

On The Rocks #5

Love - Forever ChangesIl y a certains albums qui semblent traduire un moment historique que vous n’avez malheureusement pas vécu. « Forever Changes » fait partie de ces grands disques, capable de vous faire voyager dans le temps et réinvestir une époque totalement fantasmée. On est en 1967 sur la côte ouest des Etats Unis. Le Summer Of Love vient de toucher à sa fin quand sort le troisième LP de Love, un groupe de pop psychédélique emmené par le charismatique Arthur Lee. Enregistré au mois de juin de la même année au Sunset Sound Records Studios à Hollywood, « Forever Changes » donne du fil à retordre à son producteur, Bruce Botnick. Excédé par le comportement de Lee, il fait appel à plusieurs musiciens de session afin de booster les prises. Son pari s’avère gagnant : la magnifique « Andmoreagain » et « Armaggedon » sont dans la boîte. Les cordes de l’orchestre philharmonique de Los Angeles viennent donner une autre dimension aux mélodies crues et flamboyantes du combo californien. Derrière les accents mariachi et guitare flamenco se cache une tension palpable (« Alone Again Or »), quasi-démoniaque (« A House Is Not A Motel »), relevée par les licks de guitare aériennes de l’excellent Bryan McLean (le puissant final de « Maybe The People Would Be The Times or Between Clark and Hilldale »). « Forever Changes » marque la fin des illusions hippies et du flower power, bande son d’un été insouciant au bord du Pacifique comme il n’en existera plus jamais. Du grand art.

Année : 1967
Origine : Etats-Unis
Pépite : «  Alone Again Or »
Eat : Turkey Club Sandwich
Drink : Une bière blonde au miel

 

together PangeaCe deuxième opus du quatuor californien together Pangea (on en parlait déjà ici) est un véritable shot de jouvence. Frais, électrique, accrocheur, « Badillac » ramènera n’importe quel trentenaire en mal de sensations fortes vers la cours de récré du lycée. Rien de nouveau à l’horizon. Un garage rock adolescent très américain, aux accents pop-punk et à l’urgence digne de celle d’un puceau imberbe à l’approche de son dix-huitième anniversaire. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Faire danser les filles pendant que l’ont maintient les jambes de son meilleur pote en l’air au dessus d’un fût de bière dans le salon de chez papa maman. Voilà l’ambition des douze titres de ce disque plein de fougue et d’envie (« Alive », « Does He Really Care »). Au milieu des riffs et des refrains à scander debout sur les tables du laboratoire de biologie pendant que le prof tourne le dos trônent quelques pépites pop-punk qui rien qu’à elles justifient l’achat du LP : la mélancolique « Offer », le titre éponyme « Badillac », et la très poétique « Sick Shit », dans laquelle le frontman William Keegan nous apprend qu’il a bien du mal à la garder droite et forte. De quoi faire douter n’importe quel individu normalement constitué. Au passage, allez jeter une oreille au EP « The Phage » sorti l’année dernière. Ces jeunes loups pourraient bien s’installer sur le long terme dans nos meilleures playlists de soirées.

Année : 2014
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Offer »
Eat : Double Meat In & Out Burger
Drink : Vodka Cranberry

 

Flamin Groovies - Teenage HeadDes grands losers ces Flamin’Groovies, et pourtant. « Teenage Head » est la preuve qu’il n’y a pas de justice dans le rock n’roll. Sorti en 1971 chez Karma Records, le troisième album studio du groupe de San Francisco a tout pour faire un carton : des hymnes blues rock stoniens de très haute voltige (« High Flyin’ Baby », « Have You Seen My Baby », « Yesterday’s Number »), des ballades country où se répondent slide guitare et piano honky tonk (« 32-20 », « City Lights ») et un potentiel hit (« Whiskey Woman »). Manque de bol, les Rolling Stones sortent « Sticky Fingers » un mois après le lancement de « Teenage Head », qui n’atteint malheureusement pas le succès commercial qu’il mérite et restera pour beaucoup une oeuvre confidentielle. Peu importe, les Flamin’Groovies deviennent un groupe culte chez les punk. Qu’en déplaise à la paire Jagger-Richards, leur morceau « Slow Death », sortie deux ans plus tard, est toujours considéré comme le premier tube proto-punk de l’histoire du genre, et fut popularisé par d’innombrables bands de renom, tel que The Dictators, The Hangmen ou The Icarus Line. Pas mal pour un groupe qui semblait avoir manqué son rendez-vous avec l’histoire.

Année : 1971
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Whiskey Woman »
Eat : Clam chowder dans une miche de pain
Drink : Une Anchor Steam bien fraîche