StonerosesAu milieu des années 1980, une bande de jeunes allumés a permis au rock anglais de ne pas tomber dans les oubliettes. Groupe phare d’une génération marquée par l’arrivée massive des amphétamines sur le marché de la nuit et un semblant de renouveau hippie qui atteindra son apogée lors du concert géant de Spike Island le 27 mai 1990 devant 30,000 rosebeefs défoncés à souhait, The Stone Roses reste un véritable mythe outre-Manche. Ce succès pharamineux a débuté dans les clubs de Manchester, dans la fameuse Hacienda, où le groupe s’est fait la main en mélangeant influences classic rock, funk façon Funkadelic et délires psychédéliques tout droit sortis des sixties. A la différence de The Smiths, autres gloires locales plus portées sur le romantisme, The Stone Roses s’emploient à façonner la « lad culture », définissant tout un style vestimentaire, voire un mode de vie, basé sur des valeurs propres à cette région sinistrée par la désindustrialisation et les ravages du gouvernement Thatcher : une consommation excessive de bière, le port obligatoire du bob et du survêtement Adidas sur un baggy porté largement en dessous de la ceinture, et une arrogance à faire passer Alain Delon pour un modeste instituteur de campagne. Emmené par Ian Brown, bête de scène aux pupilles dilatées et à la démarche de primate, le groupe peut reposer sur une section rythmique solide, qui sait groover quand il le faut, permettant ainsi à John Squire de broder des guirlandes de guitare noyées dans la reverb et l’écho. Ses arpèges servent de terrain de jeu aux incantations naïves et spatiales de Brown (« I Wanna Be Adored », « Wonderfall », « Made of Stone »), tantôt gros dur, tantôt adolescent plein de candeur. The Stone Roses, plus inspirés que jamais, lance une OPA sur le rock anglais. Le ton des chansons est porteur d’espoir, et fait écho à une Angleterre qui semble se relever de ses pires années d’austérité. Cet optimisme se retrouve dans les refrains enivrants de « She Bangs The Drums » ou la ballade acoustique « Elizabeth My Dear ». Plus pop que les écossais de Primal Scream et sûrement moins déjantés que leurs confrères des Happy Mondays, The Stone Roses deviennent, grâce à ce disque au combien sucré et riche en tubes, les nouveaux chouchous du NME et de toute la presse musicale britannique. La pression sera telle que le groupe mettra près de cinq ans à pondre un successeur à ce premier effort phénoménal, qui n’atteindra malheureusement pas le succès escompté de cet album homérique. Il n’empêche que The Stone Roses, fraîchement reformés pour des histoire de gros sous, restent une des références les plus marquantes dans le développement musical de bon nombre de noms connus et moins connus, de Liam Gallagher à Kasabian, en passant par les Australiens de Jagwar Ma, les pionniers de l’électro The Chemical Brothers ou bien même les néo-hippies de MGMT.

Année : 1989
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Made Of Stone »
Eat : Des champignons
Drink : Gin Tonic Concombre

 

Leaf HoundParfois, la pochette d’un album peut assez bien résumer son contenu. C’est le cas de cet album colossal paru chez Decca, mythique label des Rolling Stones, en 1971. Enregistré un an auparavant aux Spot Studios de Mayfair, non loin d’Hyde Park, dans l’ouest de Londres, ce premier album de Leaf Hound est une oeuvre rare, que les collectionneurs s’arrachent. Il faut débourser plus de quatre mille dollars pour s’offrir une galette issue du pressage original de « Growers of Mushroom », ou « cultivateurs de champignons » en français dans le texte. Pas besoin de vous faire un dessin, on cerne assez rapidement de quels types de champignons il s’agit ici. En effet, sous cette pochette psychédélique qui, avouons-le, n’a pas si bien vieilli que ça, logent des riffs colossaux et des envolées lyriques de haut vol. Moins connu que Deep Purple, Black Sabbath ou Cream, Leaf Hound, le lévrier dans la langue de Shakespeare, propose un rock lourd et sale, réchauffé par les lampes chauffées à vif des vieux ampli Orange et la voix rugueuse de Peter French. Dès l’entame de « Freelance Fiend », on sait à quoi à s’en tenir. La guitare crasseuse de Mick Halls signe un des riffs les plus puissants des seventies, soutenu par la cloche de Keith Young, à ne pas confondre avec un autre Keith, derrière les fûts. A la manière de Robert Plant, French crooner plein de testostérone, hurlant ses refrains comme si sa vie en dépendait, on retrouve ces prouesses vocales sur l’excellent « Sad Road To The Sea » et ses changements de tempo. « Drowned My Life In Fear » est un heavy blues à la lenteur presque déconcertante, avec son riff descendant, rappelant l’excellente « Dazed And Confused » de la bande à Page et Plant. Malsaine, loufoque, et totalement misogyne, cette piste regroupe tous les éléments nécessaires au tube de heavy blues anglais, genre inventé quelques années plus tôt par les Yardbirds et les Pretty Things, qui semblent avoir très largement inspirés nos jeunes londoniens. On retrouve cette énergie débordante, noyée dans des solos de guitares chargés d’électricité sur « Work My Body », odyssée rock de huit minutes laissant entrevoir les débuts du rock progressif, qui commencent à envahir les record stores des quatre coins de l’Angleterre. Clou de l’album, ce titre fini en beauté, sur des accords d’orgue grandiloquents. Quant à la chanson éponyme de cette oeuvre colossale et son couplet à hautes influences orientales, elle rappelle le Summer of 1967 et les Beatles de « Tomorrow Never Knows ». Disque peu connu, pourtant considéré comme premier album de stoner rock de l’histoire, « Growers of Mushroom » donne au hard rock anglais ses lettres de noblesse. De quoi vous donner envie de vous laisser pousser les cheveux, monter le son de votre vieil ampli vintage et vous préparer une omelette pas tout à fait comme les autres.

Année : 1971
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Freelance Fiend »
Eat : Omelette aux cèpes
Drink : Hydromel

 

New Bomb TurksLa quintessence du punk rock américain. Prenez les Ramones, les débuts de Black Flag et les Stooges de James Williamson et vous avez le groupe de punk rock ultime. Les New Bomb Turks, légendes de la scène garage punk ricaine des années 1990, qui seront d’ailleurs en concert à Lyon avec The Scaners cet été, font parler d’eux depuis plus de vingt-cinq ans. Originaire de l’Ohio, état industriel reliant la région des Grands Lacs au Midwest, le groupe s’est forgé une solide réputation dans le monde du punk underground. Avec les Gaza Strippers, The Bellrays, The Oblivians ou The Dirtbombs, les Turks ont sauvé le garage rock américain en tournant dans les clubs pourris du monde entier, donnant l’idée aux Hives en Suède, à Teengenerate au Japon et The Elektrocution de suivre leurs pas. En pratiquant un punk rock teinté de blues et de soul, le tout joué à 200 mph, les Turks ont sorti une ribambelle d’albums assez homogènes. Plus accrocheur que les autres, « Nightmare Scenario », lancé par le mythique label Epitaph, ouvre en grandes trombes sur « Point A To Point Blank ». A la manière d’un Mick Jagger sous speed, Eric Davidson crache ses lyrics en singeant les chanteurs soul du sud du delta du Mississippi. On est quand même bien loin de Muddy Waters, mais les racines sont là, indéniables. La guitare, agressive, voire abrasive, distille une série de riffs ravageurs qui s’enchaînent à la vitesse de la lumière. Sur « Automatic Teller », on croirait entendre un de ces morceaux au tempo rapide d’Exile On Main Street joué à fond la caisse. Même topo sur « End of the Credibility Race », alors que « Too Much » a plus avoir avec les Dead Boys ou le Motor City 5. Boogie au groove complètement stonien, « Killer’s Kiss » rappelle les Stones de Mick Taylor, il ne manque que les choristes blacks pour confirmer l’illusion. Mid-tempo à la guitare slide destructrice, « Wine and Depression » confirme l’obsession que porte le quatuor d’Akron à Keith Richards et à sa bande. Sauf que les Turks ne font pas dans la dentelle, et semblent préférer la fuzz aux envolées de saxophone. On se dit pourtant que des morceaux comme « Your Beaten Heart » ou « The Roof » et son clavier honky tonk auraient pu permettre au groupe de sortir de la confidentialité et s’offrir une carrière un peu plus glamour. Malgré un passage remarqué au Bizarre Festival en 2000, les New Bomb Turks n’ont jamais eu le succès qu’ils méritaient. Il faudra se contenter du statut de légendes vivantes de l’underground américain et celui de groupe live le plus déjanté de sa génération. C’est déjà pas mal pour une formation dont le gratteux n’est qu’un simple professeur d’anglais de lycée dans le civil. Comme quoi…

Année : 2000
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Too Much »
Eat : Hot dog sauce piment
Drink : Ohio cocktail (Martini rouge, bourbon, Angostura et Crémant)