london callingConsidéré comme l’un des plus grands disques de punk de l’histoire, « London Calling » nous replonge dans le Londres de la toute fin des seventies, gangrené par la montée de la xénophobie dans les milieux prolétaires et les ravages des politiques d’austérité imposées par la Dame de fer. Cette oeuvre majeure de la seconde moitié du 20ème siècle consacrera The Clash, faisant littéralement passer le quatuor à blousons noirs de groupe mineur au statut de groupe punk le plus abouti de sa génération. Il faut dire que la formation anglaise a bien évolué depuis son premier opus enragé sortie en pleine effervescence punk, permettant à la bande menée par Joe Strummer de se faire un nom parmi les groupes de la première vague du mouvement en Grande Bretagne, à savoir The Sex Pistols, The Damned dans la capitale ainsi que The Buzzcocks ou The Fall à Manchester. Sur ce troisième disque ambitieux, The Clash offre à l’auditeur une odyssée des plus imagées dans les bas-fonds d’un Londres multi-racial et en colère. En se démarquant de la formule punk de base, The Clash se permet de façonner un rock aux accents divers, tutoyant le reggae popularisé par les immigrés jamaïcains des quartiers sud de la ville sur « Jimmy Jazz », le ska avec « Wrong Em’Boyo », la pop aux accents new wave sur « Lost In The Supermarket » et le rockabilly américain sur la reprise de « Brand New Cadillac » de Gene Vincent. Après plusieurs sessions infructueuses, le groupe fait appel aux services de Guy Stevens pour produire l’album. Malgré les réticences de CBS, Stevens prouve qu’il est le choix gagnant. En grand fan de glam rock, le guitariste Mick Jones sait qu’il ne s’est pas trompé en réquisitionnant le technicien connu pour ses collaborations avec Mott The Hoople de Ian Hunter. Stevens permet au groupe de façonner un rock puissant (« London Calling »), au son agressif (« Clampdown ») mais éclectique (« The Guns of Brixton »), capable de réconcilier punks, rockers, mods et rude boys. Ce double album recèle de délicieuses pépites pop (« Death Or Glory », « Hateful »), scandées par la voix prophétique de Strummer, leader engagé et icône de tout un mouvement qui s’essouffle à l’aube des années 1980. Remastérisé en 2000, « London Calling » continue de se faire une place parmi les albums qui ont révolutionné l’histoire du rock. Dix-neufs titres solides, urgents, révoltés, à hurler une pinte à la main en traversant la Tamise à l’arrière d’un taxi lancé à pleine vitesse dans le fog londonien.

Année : 1979
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Hateful »
Eat : Jerk chicken
Drink : Cuba Libre (Rhum and Coke)

 

the goAvant le retour au premier plan de Detroit sur la cartographie mondiale du rock, la Motor City vivait au son d’une scène underground fertile dominée par un groupe qui n’a malheureusement jamais reçu la reconnaissance qu’il mérite. Formation phare du Michigan, The Go a sorti une ribambelle d’albums de très grande qualité entre 1996 et 2013 dont le point culminant fut atteint il y a maintenant dix ans avec « Howl On The Haunted Beat You Ride ». Sous sa pochette rétro, le disque offre douze titres de classique rock puisant ses origines dans le meilleur des sixties et seventies. Avec un sens de la mélodie hors du commun et une production digne de celle de George Martin période « Rubber Soul », la bande de John Krautner (dont on parlera prochainement sur ce site) ne cache pas son amour aveugle pour les Fab Four. Ça s’entend sur le morceau d’ouverture « You Go Banging On » et son swing à la Ringo Starr. Même topo sur « Invisible Friends », ballade sucrée et innocente chantée par le bassiste du groupe. Ca ne vous rappelle rien ? « Caroline » et sa progression mielleuse d’accords de piano sent bon les Kinks, voire même les premiers albums d’Elton John ou de David Bowie. Mais le groupe ne regarde pas seulement vers l’Angleterre d’un air nostalgique. On retrouve un côté Creedence Clearwater Revival sur « Yer Stoned Italian Cowboy » et ses guitares bluesy. La ballade psychédélique « Refrain » lorgne du côté de Love et du 13th Floor Elevators. Et quand The Go choisit de muscler son jeu sur « Help You Out », il le fait avec une dextérité remarquable. Imaginez le MC5 qui embauche Gene Simmons de Kiss à la quatre corde. Avec « She’s Prettiest When She Cries », le groupe du Midwest signe une ballade légère a ressusciter les Beach Boys de « Pet Sounds ». Une fois de plus, il est important de souligner la production impeccable de cet album sorti chez les Californiens de Burger Records. Le jeu de guitare de James McConnell est étincelant de justesse et le travail sur les voix, ahurissant. On croirait entendre Crosby Stills Nash et les solos vrombissants de Neil Young sur la magnifique « Down A Spiral ». Voila les Raconteurs avant l’heure, un disque qui aurait eu sa place dans le top 5 américain en 1971 tant il fait honneur aux grands noms du rock, Beatles en tête. Detroit n’a jamais été aussi proche de Liverpool.

Année : 2007
Origine : Etats Unis
Pépite : « Invisible Friends »
Eat : Un paquet de berlingo
Drink : Un thé au jasmin

 

uncle-acid-and-the-deadbeats-blood-lust-lp-2011En 2011, personne ne s’attendait à voir débarquer un ovni capable de donner une seconde jeunesse à un style qui semblait s’être très largement perdu dans des riffs monotones joué par des formations ennuyeuses et peu inspirées. Dans l’anonymat le plus complet, Uncle Acid and The Deadbeats venait de relancer un genre popularisé par Black Sabbath quarante ans plus tôt, avec un talent et des chansons qui rivaliseraient presque avec leur idole. A l’époque, le quatuor de Cambridge compte un seul album à son compteur et ne s’est jamais produit sur une scène. « Blood Lust » fait rapidement l’effet d’une bombe et la toile s’enflamme pour cette formation mystérieuse à l’historique de concerts vierge. Aucune photo du groupe n’est disponible. Tout ce que les fans peuvent se mettre sous la dent est ce nouvel album à la pochette inquiétante. Chez l’Oncle Acide, on pratique un rock ouvertement passéiste, lourd, voire très lourd. Nous voilà de retour dans le Black Country au début des seventies, les murs de Marshall et la voix pleine d’écho ont de quoi faire sourire Ozzy et sa bande. Sauf qu’à la différence de milliers de chevelus vouant un culte au côté obscur du rock, la formation emmenée par Kevin R. Starrs est bourrée de talent. Le songwriting est peaufiné à l’extrême. Pas étonnant donc que l’homme à la Les Paul DC cite Neil Young et Alice Cooper comme ses principales influences. Avec des morceaux aussi entraînants que ultra-puissants (« I’ll Cut You Down », « Over and Over Again »), « Blood Lust » fait office de bible du doom britannique. Sans se perdre dans des fioritures et une production trop musclée comme ont pu le faire leurs compatriotes d’Orange Goblin ou Electric Wizard, Uncle Acid and The Deadbeats revisite les riffs monolithiques des pionniers du metal. Les thèmes sont loin d’être novateurs (le diable, l’ensorcellement, la magie noire et tout le bazar) mais magistralement interprétés. La production est très fine.  La distorsion chaude des vieux amplis à tubes et de vieilles pédales de fuzz ne mentent pas. Le groupe joue à nu, sans trop d’effets, laissant la voix spatiale du chanteur guitariste planée sur les martellements bruts du batteur. Un disque monstrueux capable d’unir les fans de Deep Purple, Can,  Hawkwind, ou des Beatles dans une transe dominée par le headbanging et des riffs de guitare imaginaire. On ne s’en lasse pas.

Année : 2011
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Over and Over Again »
Eat : Un steak de thon
Drink : Un whisky tourbé