Le single « Sports » faisait office d’amuse-gueule. Basse ronronnante, mélodie entêtante, chant à moitié parlé, Viagra Boys annonçait la couleur de la meilleure des manières. Avec ses paroles simplistes et son attaque acide sur l’excès inutile de virilité, la chanson mettait l’eau à la bouche. Le combo suédois n’a effectivement pas déçu et on peut se le dire : sortir un album de rock poisseux et électrique en 2018 n’est pas franchement chose facile. La tâche est d’autant plus périlleuse lorsqu’on s’est fait connaître grâce à un single dantesque (« Research Chemicals ») et une vidéo inoubliable parus il y a déjà deux ans.

Qu’à cela ne tienne, nos Viagra Boys ont évité de tomber dans le piège du premier album facile en proposant un disque concis,  solide et complètement efficace. Pas de fioritures, hormis le titre « Best in Show », une tirade satirique sur nos temps modernes orpheline de tout instrument. On peut se féliciter de voir que les Scandinaves n’ont pas fait de remplissage ni réarrangé d’anciens titres sur cet effort. « Street Worms », c’est neuf pistes de rock n’roll tendu à souhait et tellement actuel. Dès l’entame de « Down in the Basement », on retrouve ce son de basse distordu et abrasif sur lequel le chanteur Sebastian Murphy croone tel un prêcheur protestant sous psychotropes. Énergie maximale, production solide, la recette fonctionne.

Il y a du Bad Seeds, du Suicide, du Iggy Pop dans cet opus où saxophones déjantés, guitares fuzz, claviers robotiques et gimmicks distordus se répondent dans une ambiance apocalyptique. Alors que Viagra Boys aurait pu se contenter d’envoyer la sauce telle une horde de hooligans découvrant les joies de la distortion, le groupe surprend en injectant une touche dansante et carrément pop à son post-punk noisy et sévèrement burné (« Slow Learner », « Frogstrap »). Songwriter habile, les incantions de Murphy donnent la chair de poule. Le frontman américain jappe, scande, parle et se prend même pour Nick Cave avec un certain brio sur l’excellente « Worms ».

Street Worms - Viagra Boys

On retiendra également la surpuissante « Just like you », danse macabre totalement hallucinante. Le groupe nous plonge dans une ambiance lugubre avec son beat entêtant et ce gimmick répétitif qui nous ferait presque nous déhancher jusqu’à ce que mort s’en suive. Quant à « Shrimp Shack », sorte de « Fun House » du XXIème siècle, elle reprend tous les éléments qui ont fait la réputation de Viagra Boys, installant le combo comme l’un des nouveaux grands noms de la scène punk indé actuelle.

A l’heure des IDLES, Gøggs, ou Sleaford Mods, Viagra Boys vient de sortir un des disques les plus aboutis de l’année. La où on attendait une simple débauche d’énergie primaire et frontale, les Suédois nous surprennent en pondant un album de rock n’roll parfaitement ficelé et au combien addictif. Ce n’est pas un premier album prometteur mais une petite merveille que viennent de signer ces garçons dont on a pas fini d’entendre parler.

Ils seront en tournée européenne avec quelques dates françaises en octobre, ne les loupez pas !

  • 10/10 Zwerver, Leffinge, Belgique
  • 11/10 Le Botanique – Witloof Bar, Bruxelles, Belgique
  • 12/10 L’Astrolabe, Orléans
  • 13/10 L’Aéronef, Lille
  • 15/10 Point Éphémère, Paris
  • 16/10 Le Mars, Angoulème
  • 17/10 I.Boat, Bordeaux
  • 18/10 La Sirène, La Rochelle
  • 19/10 La Bobine, Grenoble
  • 20/10 L’Antonnoir, Besançon

Tickets en vente sur leur site officiel.

STREET WORMS, VIAGRA BOYS
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