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The Voice. Si un chanteur peut revendiquer ce titre, c’est bien Dave Gahan, émérite frontman de Depeche Mode, et celui-ci se rappelle à notre bon souvenir en posant sa voix, cette voix, sur le premier single de Humanist, projet du guitariste et producteur britannique Rob Marshall pour lequel le musicien fait appel à de prestigieux invités pour chanter ses chansons. L’album ne sortira qu’en février, mais Rob Marshall n’en est pas à son coup d’essai. Il a été membre du groupe anglais Exit Calm qui déployait une pop psychédélique au son touffu, pas très loin de ce que pouvait proposer the Verve, et se faisait remarquer par la luxuriance de son jeu de guitare. Exit Calm dissous, Rob Marshall a collaboré avec l’immense Mark Lanegan, co-composant et produisant six titres de son album « Gargoyle » en 2017 (dont l’excellent single « Beehive »), puis autant du dernier « Somebody’s Knocking », le guitariste se fondant parfaitement dans l’univers gothique de l’ex-leader des Screaming Trees et collaborateur régulier de Queens of the Stone Age, bâtissant spécialement pour lui une cathédrale de son, écrin parfait pour sa voix profonde.

C’est donc naturellement avec Mark Lanegan que Rob Marshall a posé la première pierre de son projet solo, composant une nouvelle chanson avec lui qui ouvrira l’album. Avec générosité, Lanegan en propose une autre à Marshall qu’il ne pourrait chanter sur l’album « Humanist », chacun des invités ne pouvant poser sa voix sur une seule chanson. Il lui suggère alors de la confier à Dave Gahan. Celui-ci l’apprécie et donne son accord, Marshall lui envoie les fichiers, Gahan y pose sa voix chez lui à New York et deux jours après l’affaire est faite, une promenade pour un artiste au tel métier. Dave Gahan s’approprie pourtant réellement ce « Shock Collar », lui prêtant une intensité au moins aussi irradiante que celle de Mark Lanegan, mais à sa façon, avec son aura de star. Minet electro-pop au début des années quatre-vingt devenu dieu du rock au début de la décennie suivante avec tous les excès qui vont avec, le chanteur de Depeche Mode, alors uniquement interprète de son auteur-compositeur Martin Gore a pris une stature assez imposante à la fin des années quatre-vingt-dix. Remarquable bête de scène capable d’un engagement physique total, Dave Gahan incarne toutes les chansons avec un allant qui force le respect, donnant aux compositions les plus gothiques et mélancoliques de Martin Gore de la chair et une dynamique emportant tout sur son passage. S’il s’est mis à l’écriture, et si les concerts de Depeche Mode sont toujours de grands moments, leurs albums récents, en tous les cas depuis les années deux-mille, tout comme les efforts solo de Dave Gahan ne brillent plus que par quelques chansons (je pense à « Precious » ou « In Chains » de Depeche Mode, ou à « Dirty Sticky Floors » ou « Saw Something » de Gahan), loin de leurs intouchables classiques qui ont illuminé la fin des eighties et des nineties, de « Music For The Masses » à « Exciter ». Et ce « Shock Collar » est tout bonnement la meilleure chose passée par les cordes vocales de Dave Gahan depuis longtemps.

Sur une cavalcade rythmique programmée et une basse roide directement issue du post punk, Rob Marshall pose un déluge de guitare, ni rythmique à proprement parler ni solo, fougueux et mélodique, tous effets dehors qui nous ramène à une certaine new-wave britannique rêveuse et dynamique, celle d’Echo & the Bunnymen, de Psychedelic Furs ou encore de Siouxsie & the Banshees, soit la crème du genre. La mélodie vocale signée Mark Lanegan est parfaitement déclinée par Dave Gahan, qui en grand professionnel met toute la dramaturgie et l’emphase nécessaire à « Shock Collar », sa voix de baryton aux puissantes montées est tout bonnement impeccable, n’en fait jamais plus qu’il n’en faut et tape dans le mille. A noter que Dave Gahan déclare être ravi de cette collaboration à priori low-key. Les deux artistes se sont enfin rencontrés, signe des temps, après l’enregistrement pour tourner la vidéo à Brooklyn. On peut gager qu’après un tel parrainage le nom de Humanist, et donc de Rob Marshall résonnera différemment.