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Big in France. Joseph Mount, après avoir vécu quelques années à Paris où il a fondé sa famille est retourné vivre en Angleterre, dans la campagne du Kent précisément (géolocalisation idéale pour être à Paris en un coup d’Eurostar) mais sa francophilie a fini par payer, Metronomy étant aujourd’hui l’un des groupes pop les plus courus par ici, c’est donc peu dire que la sortie de « Metronomy Forever », double album et sixième opus du « groupe » était attendue. Avec son titre aussi ironique que révélateur, cet album rassemble tous les genres que Joseph Mount a abordé tout au long de sa carrière musicale, de l’electro pure à la ritournelle electro pop en passant par la power pop à guitares et ose les juxtaposer, alors que ses albums jusqu’ici faisaient preuve d’une grande unité stylistique, electro pop pour « Nights Out », pop raffinée et orchestrée pour « The English Riviera », psychédélisme soul pour « Love Letters », disco pop pour « Summer ’08 » (dont « Old Skool » est la SOTW #98). Alors peut être l’écoute de l’intégralité de l’album sera t-elle plus heurtée pour l’auditeur cette fois-ci (« un album long et prétentieux » a ironiquement dit Mount lors d’une interview au NME), mais « Metronomy Forever » est bien un album d’aujourd’hui, dans lequel on peut piocher à l’envi. Joseph Mount ayant tout composé, joué et réalisé seul (à peine trouve t-on en lisant les notes de pochette la présence de Mr. Oizo à la production sur un titre, ou de la batteuse Anna Prior qui assure des choeurs), il s’est tout autorisé, des instrumentaux flottants comme de la house filtrée à la saveur french touch (« Miracle Rooftop ») au risque de désorienter ses fans. On ne peut toutefois que louer l’esprit aventureux de Joseph Mount, car il fait preuve d’un indiscutable talent de producteur (il a brillamment occupé ce rôle pour l’album du retour de la chanteuse suédoise Robyn, « Honey » en 2018), d’un vrai bon goût et démontre qu’il est grandement capable de digérer et d’honorer ses influences. Celle qui surprendra peut-être le plus les adeptes de Metronomy sera un certain rock américain à guitares des nineties, comme sur « Insecurity » qui lorgne sur Weezer avec cet énorme riff de guitare ou la ballade « Upset My Girlfriend » qui évoque sans détour le grunge.  

C’est toutefois avec ses singles que Metronomy est le plus imparable, même si l’excellente « Whitsand Bay » (ma préférée de l’album, digne héritière de « The Bay », joyau de la couronne indiscuté de « The English Riviera » et reprise en français par Clara Luciani) n’en est pas encore un. Ainsi « Salted Caramel Ice Cream » est une fantaisie disco pop, une contagieuse ritournelle dont le gimmick au synthé évoque irrésistiblement l’immarscecible « Funky Town » et qui devrait logiquement emmener tout le monde sur la piste de danse. « Lately » est une chevauchée new wave au climat planant et au tempo frénétique, un vrai must. « Wedding Bells » est un vrai résumé du style Metronomy, où la rigidité des séquenceurs est une base de lancement pour les guitares au son lancinant profondément altéré et le refrain triomphant. La voix en falsetto fragile mais très bien maîtrisé déclame un texte minimaliste et pourtant très acéré: « I hear wedding bells but they’re not for you, they’re for your best friend and my best friend… So let’s hide out in the darkness of your parents’ back garden »  (j’entends les cloches nuptiales, mais elle ne sonnent pas pour toi, elles sonnent pour ta meilleure amie et mon meilleur ami… Alors cachons-nous dans l’obscurité du jardin de tes parents), dépeignant l’indécision chronique du trentenaire adulescent refusant de s’engager. Et sous des apparences naïves, c’est très bien fichu. « Wedding Bells » est une chanson énergétique quoique rêveuse, dansante sans être pensée comme ça, la quintessence du style Metronomy en somme.

Si l’album est l’oeuvre du seul Joseph Mount, Metronomy est un vrai groupe sur scène, avec Anna Prior à la batterie, Olugbenga Adelakan à la basse, Oscar Cash aux claviers (cousin de Joe Mount, présent dans l’aventure depuis les tout débuts) et le « newbie » Michael Stebbing-Lovett à la guitare et aux claviers qui rendent la sauce forcément plus organique en live. C’est cet impeccable quintette qui sera sur les scènes françaises cet automne, qui ne l’a jamais applaudi serait fort inspiré d’en profiter…