L’enfant terrible du rock briton n’a toujours pas révolutionné le style. Il signe néanmoins un album aussi honnête qu’inégal. La bande son idéale pour combattre la grisalle autômnale.

Depuis qu’il a décidé d’embrasser une carrière solo après 15 ans de chamailleries intempestives avec son grand frère Noël au sein d’Oasis puis une expérience mitigée avec Beady Eye, Liam Gallagher fait enfin parler de lui en bien. Qu’on se le dise franchement, ce nouvel album du kid de Manchester n’est pas la sortie la plus attendue de l’année. Même si les singles « Shockwave », « The River » puis la succulente ballade « Once » laissaient présager un disque moins évident que son prédecesseur (« As You Were », 2017), on avait de quoi se poser des questions sur les intentions du chanteur à la bleue parka marine.

Pas vraiment songwriter à plein temps, Liam Gallagher s’est néanmoins bonifié avec le temps. Décrié pour son swag légendaire et son arrogance inégalée, l’artiste de 47 ans a appris à jouer de sa personnalité avec un certain sens de l’humour et une vulnérabilité presque attachante. Co-auteur de la plupart des morceaux, Liam signe finalement un album honnête qui devrait ravir les nostalgiques de rock anglais. Gallagher recycle la vieille formule John Lennon-Paul Weller-Ian Brown sans aucun complexe. Et ça marche…

Sur « Once », on croirait presque entendre le fantôme du Beatles aux lunettes rondes tant le clin d’oeil est poignant. Rien de surprenant quand on connait l’amour que porte l’artiste au génie de Liverpool. Cette obsession pour la British Invasion revient sur la sympathique « Meadow ». Titre acoustique à la voix noyée dans l’écho, il semble sortir tout droit de « Revolver » ou de « Rubber Soul ». Cet hommage permanent à Lennon passe moins bien sur « Now That I’ve Found You », sorte de version indigeste d’ « Instant Karma » au refrain un peu trop sucré.

A force d’anachronisme assumé et de sortie médiatiques hilarantes, le Mancunien s’est forgé un capital sympathie sans égal outre-Manche. A tout lui pardonner, on en oublierait presque à quel point la production de cet album manque de finesse par moment. C’est dommage car sur « One of Us », la très Madchester « Invisible Sun » et « The River », l’énergie brute de l’Oasis des débuts est bien là. Même constat sur « Halo », un boogie poisseux au beat abrutissant, le genre de morceau à faire chavirer un pub bondé un soir de match, Gallagher régale. Sa voix nasillarde et son phrasé insolent collent parfaitement ce genre de titre putassier façon Slade.

Malheureusement, les choeurs soul de « Now I’ve Found You », l’harmonica façon publicité pour Buffalo Grill de « Shockwave » et les violons en plastique de « Why Me ? Why Not ? » gâchent un petit peu la fête. Pourquoi Liam ne fait-il pas appel à un producteur digne de ce nom ? Ce n’est pas ça qui doit manquer dans son carnet d’adresse du loustique. Même chose pour la tracklist: « Why Me ? Why Not » aurait largement pu contenir quelques titres en moins. « Be Still », « Misunderstood » et « Gone » pêchent par leur manque d’inspiration et leurs paroles simplistes.

A l’image de son compatriote Miles Kane, Gallagher se perd parfois trop souvent à jouer les potiches Mods plutôt que de peaufiner ses chansons. Pas toujours convaincant, le chanteur se rattrape néanmoins par sa loyauté envers ce qu’il considère comme étant le saint Graal du rock briton : des textes simples, une attitude de branleur insolent et des clins d’oeil ô combien assumés aux dinosaures du genre (Rolling Stones, Beatles, Who, et autres Stone Roses en tête). On en pensera ce qu’on veut, qui aurait misé un penny sur le frère cadet de la fraterie la plus incorrigible du royaume ? Plus mûr, plus marrant, et surtout plus accessible que son frère ainé, Liam s’impose sans le moindre doute comme le plus cool des Gallaghers.

Why Me? Why Not, Liam Gallagher
6.5SUR 10
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