SOTW #147 : Connection, Elastica

Britpop. Terme évidemment inventé par les journalistes pour ranger tous ces groupes britanniques qui connurent un grand succès entre 1992 et 1997, en réaction à la toute puissance que le rock grunge américain asséna à toute la planète pop juste avant. Comme je l’expliquais lors de ma chronique du « Help the Aged », de Pulp (SOTW #140), se sont succédés les monarques britpop que furent, chronologiquement, Suede, Blur, Oasis et Pulp. Bien sûr, les seconds couteaux furent nombreux. Certains d’entre vous se souviendront peut-être des fulgurances procurées par the Auteurs, Supergrass, Lush, Echobelly ou encore Elastica. Groupes qui n’auront sans doute pas marqué l’histoire de la musique mais dont les chansons acidulées résonnèrent pendant une saison et davantage chez certains.

C’est ainsi que « Connection », la très brève friandise pop rock signée Elastica (deux minutes et vingt-et-une secondes au compteur) me reste collée à la mémoire depuis 1995. Grâce à ce liminaire riff synthétique ponctué par une boîte à rythmes, ce son grave qui rebondit avant de laisser place à une instrumention plus traditionnellement rock, ce chant à la fois ironique et hautain, tous ces petits détails de production qui rendent cette chanson unique. Créé par les deux anciens membres de Suede (avant la reconnaissance…), le batteur Justin Welch et la guitariste et chanteuse Justine Frischmann (ex-girlfriend du chanteur de Suede Brett Anderson, avant de passer dans les bras de Damon Albarn, leader incontesté de Blur), Elastica enrôle deux filles, la guitariste punky Donna Matthews et la bassiste Annie Holland pour donner une formation calquée sur les Breeders, trois filles devant aux guitares et micros et un garçon derrière les fûts et les cymbales.

Les trois premiers singles d’Elastica, « Line Up », « Stutter » et donc « Connection » connurent un succès fulgurant qui permit au premier album au nom du groupe à se hisser directement à la première place des charts anglais, « Elastica » est l’album qui s’est vendu le plus rapidement depuis le « Definitely Maybe » d’Oasis et qui gardera ce trophée jusqu’au premier album d’Arctic Monkeys en 2006. Ce n’est pas rien. Ce succès irrésistible a valu à Elastica bien des doutes et des critiques. Justine Frischmann n’était-elle pas la petite amie du surdoué Damon Albarn (qui joue du clavier sur l’album et est crédité par son anagramme « Dan Abnormal »), ce génie n’aurait-il donc pas écrit les morceaux (bel exemple de machisme du public et de la critique rock, toujours dubitatifs quant aux qualités musicales des artistes femmes…) ? On a également accusé Elastica de plagiat. Le riff de synthé liminaire de « Connection » semble avoir pompé sans vergogne le riff de guitare de « Three Girl Rhumba », chanson de Wire (1977), groupe post punk arty et évidente référence d’Elastica. Dispute qui trouva sa solution devant les juges, où une solution satisfaisante pour toutes les parties semble avoir été trouvée. Quoiqu’il en soit, le succès des deux côtés de l’Atlantique d’Elastica n’était en rien usurpé.

En 2000, Elastica, après le départ de l’intéressante Donna Matthews sort un second album « The Menace » qui ne rencontra pas vraiment son public, avant de splitter amicalement. Justine Frischmann avait alors quitté Damon Albarn (rupture qui constitua pour ce dernier la matière première et lyrique de l’album « 13 » de Blur) pour ensuite s’installer en Californie pour revenir à ses premières amours, l’art contemporain. Pour autant, près de vingt-cinq ans après sa sortie, on jerkera ou pogotera toujours avec autant de conviction sur « Connection »…

Live Later at Jools Holland :

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