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Retour sous les projecteurs de Mike Hadreas, alias Perfume Genius avec un nouvel album « No Shape » qui a toutes les chances de finir sur les plus hautes marches des palmarès de l’année décernés par les magazines spécialisés. Son hâbleuse et envoûtante « Queen » avait été la SOTW #37, par cette chanson néo-glam extrêmement accrocheuse et bagarreuse, l’artiste américain réglait ses comptes avec l’homophobie dont il avait été victime au collège, après qu’il eut fait son coming out gay à l’âge de quinze ans. Malédiction qui l’avait conduit à quitter Seattle pour Brooklyn, où il connut les affres de l’addiction aux drogues et à l’alcool et de la prostitution. Du Zola. Revenu chez sa mère dans l’état de Washington, Hadreas entama une désintoxication, séjour lors duquel il rencontra celui qui sera son partenaire sentimental et musical, Alan Wyffels, aux-côtés duquel il trouvera la force de résister à ses démons. C’est le goût de la vie retrouvé qui inspire en grande partie « No Shape » faisant de ce disque une ode à l’amour, physique en particulier, qui ne saurait souffrir de la moindre mièvrerie.

Chanson hymne sur l’extase de se sentir libre, « Slip Away » encourage à ne pas se retourner et à laisser les voix des haineux (trolls, bullies, persécuteurs en tous genres) mais aussi celles intérieures de notre honte, de notre mauvaise conscience glisser et disparaître « If you never see them coming, you’ll never have to hide » croone Perfume Genius (si vous ne les voyez pas venir, vous n’aurez jamais à vous cacher). Bel optimisme jamais revanchard mais conquérant idéalement mis en musique. Difficile de parvenir à un tel équilibre entre minimalisme et grandeur, pour ne pas dire pompe. Comment sonner aussi squelettique et géant ? Gageure réussie par Mike Hadreas et son producteur californien Blake Mills (vu aux manettes avec John Legend ou Alabama Shakes), le son parvient à juxtaposer des sons électroniques telluriques, de furieuses cavalcades de tambours et de grandioses harmonies pour servir d’écrin à une mélodie vocale proche du sublime. Le climax du morceau introduit des cascades de piano bastringue inattendues. Le timbre de voix de Perfume Genius, très à l’aise dans les aigus et dans ses choeurs en falsetto ne verse jamais, et c’est heureux, dans l’histrionisme ou le kitsch d’opérette, reste fidèle à son ADN folk. On peut entendre du Kate Bush, de la musique baroque, du glam synthétique à la Alan Vega, voire du Prince, mais on a surtout la sensation d’avoir affaire à un talent singulier. On entend dans « Slip Away » qu’il est transporté par le son, comme c’était déjà le cas dans « Queen ». Un artiste majeur, tout simplement, qui est parvenu à passer du super-8 au Technicolor sans perdre une miette de sa vérité. Chapeau bas.

Live au Late Show de Stephen Colbert :