The DamnedTrois ans après avoir sorti le premier single de l’histoire du punk, « New Rose », The Damned cherchent un nouveau départ. La scène londonienne s’essouffle, le hardcore commence à pointer son nez de l’autre côté de l’Atlantique. Captain Sensible, autrefois bassiste du groupe, remplace Brian James. Alors que The Clash s’emploit à booster sa popularité aux Etats-Unis, les Damned décident de rester résolument britannique. « Machine Gun Etiquette » pue une une Angleterre morribonde qui vient d’élire Margaret Thatcher au 10 Downing St. «I Just Can’t Be Happy Today » scande Dave Vanian, dans un morceau qui laisse déjà pré-sentir le virage gothique entamé par le groupe sur les albums à suivre. Pour le reste, The Damned délivre un punk rock rapide et hargneux, avec des guitares aggressives et des refrains à beugler en titubant à la sortie du pub (« Love Song », « Melody Lee », « Plan 9 Channel 7 »). Mention spéciale pour « Anti Pope », comptine survitaminée rappelant étrangement le « Looking At You » du MC5, dans laquelle l’establishment bourgeois anglais et l’Eglise catholique en prend pour son grade. « La religion est juste un autre moyen d’être de droite » s’indigne l’ancien croque-mort passé derrière un micro, qui en profite pour dédramatiser les revues érotiques et le fait de sécher la messe du dimanche. Bien vu !

Année : 1979
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Love Song »
Eat : Des anguilles en gelée
Drink : Une pinte de Strongbow

 

Jay ReatardLe 13 janvier 2010, Jay Reatard nous quittait, à seulement 29 ans. « Blood Visions » reste son plus beau testament. Celui d’un jeune punk redneck établi à Memphis, la cité du roi Elvis et du mythique label soul Staxx, qui a redonné ses lettres de noblesse au garage rock survitaminé et cradingue, un genre en perte de vitesse durant la deuxième moitié des années 2000. Après s’être fait la main avec les Reatards, aficionados d’un rock sale et ultra lo-fi, le jeune Jay tente l’aventure solo. Il enregistre l’album seul, chez lui, dans sa maison du Tennessee, entre deux tournées dans des bars miteux aux quatre coins des Etats-Unis. Sa hargne et sa rage transpirent dans ses chansons toutes plus urgentes les unes que les autres. Avec ses 15 morceaux, 29 minutes de riffs déjantés craché par sa Flying V (qui l’accompagnera d’ailleurs dans sa tombe), l’album s’impose comme un des meilleurs disques underground de la décennie. Et puis comment ne pas évoquer son tube, un hymne punk à la mélancolie colossale, la déchirante « My Shadow », et son tempo à 200 pulsations à la minute. Simplement inoubliable, tout comme la générosité de son interprête et la pochette de cet album immaculée de sang de cochon.

Année : 2006
Origine : Etats-Unis
Pépite : « My Shadow »
Eat : Memphis Style Ribs
Drink : Jim Beam Apple & Soda

 

Dirty FencesLe son de New York. Le tout en 2013. C’est possible ? Dirty Fences l’a fait. Le tout avec une bonne dose d’humour et des petites pépites power pop qui restent dans la tête et vous feront danser sur la table après une beuverie entre amis moustachus. Rien de très glamour, mais la recette fonctionne. Formé à Brooklyn, le quatuor a usé des vinyles des Ramones, Dictators, Television et Dead Boys, et ça s’entend. La recette est plutôt simple et rafraîchissante. Pas de prise de tête chez ces New Yorkais qui ont remis les Ray-Ban Aviators et le blouson en jean plein de patchs à la mode : un garage punk aux accents très pop (les Beach Boys ne sont jamais très loin) qui ne dépasse jamais plus de trois minutes. Les mélodies sont aussi faciles qu’efficaces (« All I Want », « White Lies », « Always On My Mind ») et rappellent le meilleur des groupes passées par la scène du CBGB au milieu des années 1970. Avec une simplicité rare, Dirty Fences s’est imposé comme un des bands les plus déjantés du Big Apple. « Too High To Kross » est à consommer sans modération.

Année : 2013
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Underneath Your Leather »
Eat : Pepperoni New York Style Pizza
Drink : Une demi douzaine de Brooklyn Lager