Une chose est sûre, si Iggy Pop n’avait pas eu le flair de troquer les frangins Asheton pour David Bowie et sa troupe, il ne serait pas tout à fait l’idole qu’il est aujourd’hui. Son compagnon, confident, et meilleur ami a su canaliser ses pulsions artistiques alors qu’il était au plus mal, camé à ne plus se souvenir de son nom , le tout sans étouffer sa fougue légendaire. Cette tentative de redonner un nouveau souffle à la carrière de l’iguane s’avère être un réel succès. Tout d’abord avec « The Idiot », paru en 1977, année punk par excellence, puis avec « Lust For Life », sorti tout juste un an après. Il reste à ce jour le disque le plus célèbre de l’ancien frontman des Stooges, immortalisé deux décennies plus tard dans l’incroyable long métrage « Trainspotting », adaptation déjantée du roman de l’écossais Irvine Welsh, dans lequel le personnage principal voue un culte au kid du Michigan. Grâce à son compère londonien, Iggy se met à swinguer comme personne, parodiant son mentor avec brio (« Tonight » et « Fall In Love With Me »), et profite du carnet d’adresse de ce dernier pour s’entourer d’un backing band audacieux. Le porto-ricain Carlos Alomar, nouveau chouchou de Bowie, assure à la six cordes, brodant l’un des riffs les plus illustres de la décennie sur le morceau éponyme de l’album. Copié par Jet ou bien même Davendra Banhart, « Lust For Life » est la chanson rock par excellence, celle qui fait chavirer un dance floor en quelques coups de tambours. Sur « Sixteen », Alomar singe Ron Asheton, en reproduisant un riff basique chargé de testostérone, pendant que l’iguane fait l’apologie de l’amour adolescent et de ses interdits dans des charges pleines d’écho. Jamais Iggy n’avait sonné si sincère. Mais c’est sur « Some Weird Sin » que Sir Osterberg de son vrai nom se montre le plus inspiré. Hymne à la débauche, rempart contre l’ennui, ce titre signé Pop-Bowie fera taper du pied n’importe quel loubard échoué au comptoir d’un bar miteux un samedi soir de déprime. Les amateurs de tube ne sont pas laissés pour compte. Avec « The Passenger », le prince du proto-punk s’est offert un hit monstrueux dont les royalties lui permettent toujours d’aller tâter le green de son golf pendant que d’autres vont à l’usine.

Année : 1978
Origine : Etats Unis
Pépite : « Some Weird Sin »
Eat : Strudel aux pommes
Drink : Une bouteille de Châteaux Margaux

 

Louis XIV avait tout pour faire un carton. Des sérénades de glam rock teintées de pop, une bonne dose de culot et un jolie contrat chez Atlantic Records. Malheureusement, le groupe de San Diego a raté le coche. En sortant son premier album quelques mois après l’explosion de la nouvelle vague garage, le gang mené par le multi-instrumentiste Jason Hill n’a réussi à vendre que mille copies de cet opus resté confidentiel. Ré-arrangé et complété par de nouveaux titres, il ressort dans les bacs sous le nom de « The Best Little Secrets Are Kept » en 2005. Manque de bol, si la presse française se montre à première vue plutôt enthousiaste, Pitchfork déteste. Le site musical américain, dont la largeur d’esprit est aussi étroite qu’une ruelle du port de Gênes, lui attribue l’humiliante note de 1,2/1 (pour comparaison, la dernière immondice de Charlie Puth a reçu près du double). Le hipster chic se la joue sévère, méprisant complètement le côté second degré de cet album, n’hésitant pas à faire passer les Californiens pour une bande de rockeurs misogynes dépourvus de toute imagination. Car oui, les paroles visent bien souvent en dessous de la ceinture (« Louis XIV », la très connotée « Finding Out True Love Is Blind »), et viennent mettre le feu à des riffs super catchy qui sentent bon le crunch chaud d’une vieille Les Paul Standard. La première face de l’album oscille entre les Kinks, T-Rex et Bowie période « The Jean Genie », pour le plus grand bonheur de nos oreilles. Efficaces, concis et pas d’humeur à se prendre la tête, Louis XIV savent faire honneur à un rock festif, celui qui fait danser les filles et fait jouer de la guitare imaginaire aux plus énervés, plein de clins d’œil à ceux qui ont popularisé le genre trente ans plus tôt (« A Letter To Dominique »). Sur le très aérien « All The Little Pieces », le combo américain arriverait presque à faire preuve d’élégance. Imaginez vous confortablement installé dans votre fauteuil préféré, à siroter un bon cognac en laissant votre esprit divaguer au son des montées de violons et des avalanches de chœurs. Laissez vous tenter, ça vaut le détour.

Année : 2005
Origine : Etats Unis
Pépite : « Finding Out True Love Is Blind »
Eat : California rolls
Drink : Un verre d’Hennessy

 

Le rock à papa dans tout ce qu’il a de plus beau à offrir. On est en 1971 et la mode est au blues survitaminé. On parle ici d’un blues blanc, chargé d’électricité et légèrement teinté de musique soul. Les Stones ont amorcé le tournant dès 1968 avec « Beggar’s Banquet », les Beatles se sont séparés avant de s’y risquer, et une multitude de groupe a choisi de se la jouer encore plus musclé (Black Sabbath et Led Zeppelin en tête). Reste The Faces, un band qui compte plusieurs pointures dans son line-up, à commencer par Rod « The Mod » Stewart, dont la réputation n’est plus à faire au sein de la scène londonienne. Il faut y ajouter Ronnie Lane et Ian McLagan, tous deux à peine remis de leur expérience au sein des Small Faces de Steve Marriot parti formé Humble Pie. Ron Wood vient compléter cette joyeuse bande d’excités, ramenant au passage son indéniable talent de guitariste slide et une bonne humeur largement contagieuse. Ce troisième album des Faces est incontestablement le meilleur. « A Nod Is as Good as a Wink… to a Blind Horse » est un disque joyeux, voire bancal, qui flirte avec les racines du genre. Sans ce clavier boogie, ces bribes d’orgue hammond et ces avalanches de licks bluesy (« You’re so Rude »), on aurait sans doute jamais eu le droit aux Blacks Crowes et à JET quelques décennies plus tard. A écouter des pistes comme « Love Lives Here », on se dit que les frangins Robinson ont du user de cet album sans modération pendant leur tendre enfance tant la connexion entre les londoniens et les corbeaux noirs est flagrante. Sur « Stay With Me », le duo Wood-Stewart fonctionne à merveille, faisant presque oublier le statut de « losers du rock » des Faces, qui n’ont jamais reçu le crédit qu’ils méritent. Le groupe se séparera quelques années plus tard. Malgré un assez bon « Ooh la la », sorti en mars 1973, les Faces n’atteindront plus jamais la qualité démontrée sur « A Nod Is as Good as a Wink… to a Blind Horse »  et son titre à coucher dehors. Un monument du rock, qui contient même une délicieuse reprise de « Memphis Tennessee » de Chuck Berry, justifiant à elle seule son acquisition.

Année : 1973
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Stay With Me »
Eat : Bacon and Eggs
Drink : Famous Grouse Whisky