Kurt-Vile
Kurt-Vile

On The Rocks #13

BlieveimgoindownLe kid de Philadelphie a un swag hors du commun. Il lui aura malheureusement fallu six albums pour convaincre l’Amérique indé de son génie. Sous ses airs nonchalants, Kurt Vile ne paye pas de mine. Un look de hippie urbain, jean cigarette troué et chemise à carreaux cintrée, tout droit sorti des seventies. Pourtant, l’ancien guitariste de The War On Drugs sait jongler avec les codes de la scène actuelle. Son « B’lieve I’m Goin Down » flirte avec Bruce Springsteen, Neil Young ou Bob Dylan sans jamais tomber dans de sombres clichés passéistes. Kurt Vile, dans la pure tradition des artistes cités ci-dessus, est un poète  qui raconte son Amérique à lui, celle d’une jeunesse citadine en quête de sensations fortes (« Pretty Pimpin »), légèrement paumée (« Kiddin Around »), mais dont l’honnêteté est palpable dès le premier arpège de guitare. Sur « I’m an Outlaw », le chanteur-guitariste à la Fender Jaguar sunburst troque son instrument de prédilection pour un banjo, façon country hillbilly, pour une ballade ténébreuse à la mélancolie incommensurable, à faire verser une larme à Johnny Cash un soir d’automne dans sa tombe. Sur la très stonienne « Dust Bunnies », Vile nous ramène dans l’ambiance « Goat’s Head Soup », avec des claviers hypnotisants et un refrain pop à faire chavirer le coeur de n’importe quelle lycéenne ricaine. Kurt Vile sait faire dans le sexy tout en restant bancal, un don dont trop peu de songwriters de sa génération ont hérité. Meilleur album indé de 2015, « B’lieve I’m Goin Down » termine en beauté. « Wild Imagination », comptine folk au beat lancinant, rappelle très étroitement la magnifique « Pale Blue Eyes » du grand Velvet Underground de Lou Reed. Voilà une perle rare qui vous fera retrouver paix et sérénité les soirs d’insomnie. L’Americana a trouvé son nouveau fer de lance et le rock alternatif son nouveau chouchou. On s’en réjouit.

Année : 2015
Origine : Etats Unis
Pépite : « Pretty Pimpin »
Eat : Philly’s Hoagie
Drink : Une cannette de Yuengling

 

Whosnext« Who’s Next » ou comment muscler son jeu sans oublier les fondamentaux. Si « Tommy » marque l’entrée de The Who dans une autre dimension, son successeur est la confirmation que les londoniens sont bien plus qu’un simple groupe mods aux concepts albums à succès. Les voilà plus que jamais installés dans la cour des grands. Après avoir fait transpirer des hordes de hippies défoncés à Woodstock et à l’Ile de Wight, The Who s’impose comme la formation hard rock ultime. Ça s’entend dès les premières notes de « Baba O’Riley », hymne fédérateur boosté par la voix puissante et convaincante de Roger Daltrey et la frappe de mule de Keith Moon. Grandiloquent, comme le veut l’époque, ce morceau ouvre « Who’s Next » en grande pompe, avec des arrangements à donner envie à un militant de chez Greenpeace d’aller chasser le caribou à mains nues. Une chanson qui sent bon la victoire, comme on n’en entend plus guère. S’en suit la très hargneuse « Bargain », autre pépite hard rock, un vrai classique du genre, qui nous rappelle toute l’étendue du talent de Pete Townshend. Le natif de Chiswick joue juste, et éclabousse tous ces rivaux par sa science de la guitare économe. Là où Jeff Beck, Steve Marriot ou Jimmy Page échouent lamentablement en s’enfonçant dans des broderies à n’en plus finir, Townshend brille par sa simplicité, son sens pointu du riff (« My Wife », « Won’t Get Fooled Again ») et ses arrangements d’une efficacité redoutable. Il ne manquait au groupe qu’une ballade pour conquérir les ondes radios américaines. C’est mission accomplie avec « Behind Blue Eyes », dont la montée en puissance épique pourrait redonner foi à la vie à un condamné à mort. Pas étonnant que le titre fut repris par Limp Bizkit, immondice nord-américaine du début des années 2000. Et puis comment parler de « Who’s Next » sans mentionner sa pochette, so 1970s ! On peut voir les quatre lascars remonter leur braguette après s’être soulagés sur un vulgaire pilier en béton, les cheveux au vent. Mythique.

Année : 1971
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Behind Blue Eyes »
Eat : Chocolate and Caramel Fudge
Drink : Bushmills on ice

 

Le groupe le plus fun jamais sorti d’Oxford, sans aucun doute. Super herbe, ou Supergrass, dans la langue de Shakespeare. On est en 1995, et cette joyeuse bande d’allumés vient se la couler douce entre Oasis et Blur. Au chant et à la guitare, Gaz Coombes, un compositeur hors pair fan de groupes mods et de punk anglais. Pilier du groupe, il s’entoure de deux amis, le très remuant Danny Goffey, sorte de Keith Moon local, et le bassiste Mick Quinn, grand admirateur de Phil Lynott, le frontman black des irlandais de Thin Lizzy. Coombes prend soin d’inviter son grand frère Rob pendant les sessions d’enregistrement de leur premier album. Enregistré au fin fond des Cornouailles, « I Should Coco » transpire une Angleterre juvénile pleine de fougue et d’envie. Sans se prendre pour des caïds façon Gallagher, ou des génies prétentieux façon Damon Albarn, Supergrass trace son chemin sans histoire, avec une fraîcheur et un côté monsieur tout le monde qui séduit l’auditeur briton. L’album s’ouvre sur « I’d Like To Know » et son tempo à 2000km/h. Même combat sur « Caught By The Fuzz », hymne à la jeunesse, basée sur une anecdote de Coombes, alors âgé de seize piges. Une sombre histoire de garde à vue suite à la détention de produits anabolisants non-conformes aux bonnes mœurs outre-Manche. « I Should Coco » suinte l’adolescence, et le génie précoce de son principal songwriter, dont les récents albums solo cartonnent. Les singles « Mansize Rooster », « Alright » inondent toujours les ondes britanniques et rappellent à une frange du monde de la musique que le rock n’roll est avant tout une histoire de déconne. Ce premier album est une véritable déclaration de guerre à l’ennui. Treize pistes spontanées qui posent les bases d’une carrière solide. Être fan de Supergrass en 2017, c’est l’assurance d’être cool. Faites vous même le test. Je vous mets au défi de trouver un seul con sur cette planète qui ait une chanson de Supergrass dans son iPod. Vous verrez, ça n’existe pas. Croyez moi.

Année : 1995
Origine : Royaume Uni
Pépite : « Caught By The Fuzz »
Eat : Une crêpe au sucre glace
Drink : un Gin fizz