Voilà le topo. On était début 2010. Notre pote Aël vivait à Damas depuis septembre pour un échange universitaire. Nous, on savait pas trop où c’était, la Syrie, ni à quoi ça ressemblait. Mais on s’est dit qu’une occasion pareille ne se présenterait peut-être pas deux fois. Et malheureusement, on croyait pas si bien dire. Alors on y est allés. Et on en est rentrés chamboulés à jamais, des souvenirs plein la calebasse et les semelles qui démangent.

14 juillet 2010 – La classe à Damas

Fête nationale. Je me lève à 8h30. Je me rends sur la terrasse pour admirer la vue que je n’avais eue que de nuit. Plongée tête la première dans l’Orient. Je descends avec Aël acheter des pâtisseries, des jus d’orange et des clopes pour Maxime.

Départ de la journée, on file se balader dans la vieille ville, qui se situe à une vingtaine de minutes à pieds de chez Aël. Lui habite Shaalan, un quartier construit dans les années 1920-30 pendant le mandat français. Il y a des bagnoles partout, la circulation est chaotique, mais calme. Apparemment, c’est typiquement damascène. On entre dans la vieille ville, par le grand souk Al-Hamidieh et là, deuxième plongée dans l’Orient. La tête la première dans les épices, les vêtements, les 404 Pigeot. Des souks, encore. Des soufis et des hommes.

Damas Vieille Ville - Syrie 2010
Plan de la Vieille Ville de Damas

Après avoir fait le tour du souk aux épices, Bazourieh, on se dirige vers la grande mosquée des Omeyyades, quatrième lieu saint de l’Islam. Ancien temple de Jupiter, ancienne église, Saint Jean le Baptiste, le type qui a baptisé le Christ, repose ici. Rien que ça. 

Il faut se déchausser pour entrer. On traverse l’immense cour intérieure, les pieds sur les dalles de marbre chaud. Aël nous explique les tenues des différentes communautés. Il y a beaucoup de chiites irakiens et iraniens, qui viennent jusqu’ici pour se recueillir sur la tête de Hussein, le troisième Imam selon les chiites, rapportée au calife omeyyade victorieux de la bataille de Kerbala en Irak au VIe siècle. 

On entre dans la mosquée, dans la salle de prière. Le sol est recouvert de tapis. Quand on lève les yeux, une constellation de ventilateurs. Les hommes et les femmes sont séparés. On s’assied, et Aël caresse la tête d’un gosse dont le père le salue quelques secondes plus tard. On se pose sur les tapis, on s’imprègne du calme et de la sensation de piété qui règne ici. 

On ressort, rebelote sur les dalles chaudes. Dans la cour, les gosses jouent, courent, les familles discutent, des hommes pioncent. Bref, un vrai lieu de vie. 

Direction un restau, pour manger des saj (galettes disposées en sandwiches et découpées, garnies de légumes ou de fromage ou de viande). On goûte le polo, boisson à la menthe, glace pilée, citron. L’addition traîne, on insulte le serveur. En français. Le Français est lâche.

Caravansérail - Syrie 2010
Khan Assad Pacha

La balade se poursuit dans un caravansérail, le plus grand de la vieille ville, le Khan Assad Pacha. Tous les ingrédients sont là : superposition de pierres blanches et en basalte, arabesques, arcs brisés, fontaine centrale. Aux étages, des petites chambres dans lesquelles les marchands et caravaniers du temps jadis (n’est-ce pas) venaient loger au cours de leur périple. Les échoppes, le souk se trouvaient en bas. D’ailleurs, c’est vraiment le souk. S’agirait de grandir.

On repart vers l’hôtel Dedeman pour rejoindre Ralph, pote d’Aël, qui est à la piscine. On passe juste dire bonjour, on ne se baigne pas. Ensuite, direction le loueur de bagnoles chez qui on doit louer une caisse pour le désert. Aël converse, certainement en vue de nous aider, mais nous n’en avons aucune certitude. Vu nos skills en arabe, le type pourrait nous dénoncer sous nos yeux qu’on n’en saurait rien. Lost in translation. Trois personnes sont présentes derrière le comptoir : le patron, un type chauve et replet, et deux jeunes femmes. L’une d’elles nous tape dans l’œil à tous les trois, mais nous restons silencieux sur nos chaises en plastique pendant que le maître dirige la négo.

Syrie-Damas-Globale
Damas

Bon, la Kia est louée. On viendra la récupérer plus tard dans la semaine. On s’en retourne à Shaalan, le quartier d’Aël. Café Midas, chichapolo (sorte de mojito ultra frais, sans alcool évidemment), thé offert par Walid, un des serveurs du bar et ami d’Aël. Sa gentillesse est désarmante. Quand on lui demande l’addition, il insiste pour nous ramener un dernier thé, un dernier café. Et on finit par rester une demi-heure de plus.

Maxime va chez le barbier. Avec Nico, on regrette qu’Aël ne se serve pas de l’inarabisme de Max pour demander au barbier de lui faire une crête, et de lui laisser des favoris et des bacchantes avec Maman gravé sur sa barbe. 

On chope un taxi direction Bourj Tala, qui ressemble bien à ce que le nom évoque en français quand on le prononce, et découverte de notre future crèche dans le quartier de Mazzeh (Aël a négocié la maison d’une de ses boss, partie en vacances). Stupéfaction, joie, allégresse. Le bestiau compte un jardin, six chambres, un piano, la clim, moult salles de bain, une moto dans le salon, un accès à Internet, etc. Apparemment, il y a même un homme de ménage qui s’appelle Rex. On fera peut-être connaissance demain.

Après avoir réalisé qu’on allait loger ici une semaine en mode expat grand luxe, on se douche. Puis départ pour le 14 juillet et la fête franco-syrienne qui a lieu dans la citadelle de Saladin (imotep), dans la vieille ville. Dès notre arrivée, les haut-parleurs nous assènent du Manau au visage. C’est quand même drôle de les entendre ici. On nous servira par la suite Michels Fugain et Delpech, Joe Dassin, Cloclo, Khaled etc. On se cale des hot-dogs, des jus et sodas, on admire la foule disparate. Je suis déçu de ne pouvoir obtenir un T-shirt recto I ♥ Paris, verso I ♥ Damas. Après la énième reprise d’Aïcha de Khaled, on taille la route.

Direction l’After Seven, un bar branché du quartier chrétien (quartier chrétien = alcool, dans un pays musulman). C’est là qu’on termine la soirée. Beaucoup de jeunes branchouilles, syriens comme expats, très chouette ambiance. Retour en taxi, sans ceinture et sans clignos, yallah yallahjump jumpfunny funny. 175 livres (3€). End.

Bilan : yallah.