SOTW #91 : Controversy, Prince

Je ne pouvais décemment pas passer à côté de l’opportunité de rendre hommage à Prince, dont la disparition brutale a surpris le monde entier et en a attristé une bonne partie. Le coup un tantinet digéré, je peux alors me replonger dans ces années 80 où Prince fut le phare de la musique funk, soul, pop et bien plus encore… J’ai découvert cet immense artiste en 1981 dans la chambre d’un pote, depuis bien longtemps perdu de vue, qui avait mis « Controversy » sur sa platine. L’effet que fit sur moi cette longue pièce de funk synthétique, robotique, d’une imparable modernité et pourtant si charnel fut immédiat.Le sortilège allait durer quelques années.

C’était avant que la pop princière ne se mette sur orbite, avant le génial « 1999 » et le carton planétaire de « Purple Rain ». Prince Roger Nelson, à 23 ans, arborait ce look de chérubin au regard de biche et à la fine moustache simplement vêtu d’un slip de cuir et de cuissardes sous un imper, affichant l’ambiguïté la plus provocante depuis Ziggy Stardust. Du lourd, aussi grotesque que troublant (je lui trouvais alors un petit côté Frank N’Furter, le « sweet transvestite » du Rocky Horror Picture Show…). Mais c’était quoi, cet OVNI ?

Cette ambiguïté, il n’en fait pas mystère dans le texte de « Controversy »
Am I black or white ?
Am I straight or gay ?
Controversy
Do I believe in God ?
Do I believe in me ?
Controversy

(Suis-je blanc ou noir, suis-je hétéro ou gay, controverse. Est-ce que je crois en dieu ? Est-ce que je crois en moi? Controverse).
Ambiguïté dont il jouera toute sa carrière et questions auxquelles il ne donnera jamais de réponses. Et sur laquelle il bâtira son personnage, insaisissable et séducteur.

Prince était un compositeur aussi doué que prolifique, un musicien d’exception (il joue de tout sur la plupart de ses enregistrements, hormis les cuivres), un guitariste génial et sous-estimé, capable de rythmiques imparables comme de solos orgasmiques, un chanteur autant à l’aise dans les aigus et le fausset que dans un registre plus grave de crooner, un producteur d’une rare modernité (réécoutez « Sign o’ the Times » et « Kiss », jamais minimalisme ne fut plus maximaliste) et bien sur un showman extraordinaire, que je n’aurai hélas jamais vu en live. Après son long chapelet d’albums magiques des 80’s, la magie finit par se dissiper. Se dirigeant vers le jazz, dépassés pour de bon par la vague hip hop, goûtant les digressions instrumentales parfois indigestes, les disques de Prince furent d’un coup moins essentiels, voire parfois gênants. Pour ma part, « Come », en 1993, est le dernier album princier que j’aurai acquis et écouté.

Je me pencherai néanmoins toujours avec bonheur sur son époque vraiment princière, de « Dirty Mind » en 1980 à « Sign o’The Times » en 1987, danserai avec joie sur « Kiss », « Raspberry Beret » ou « 1999 » comme quand j’avais 25 ans et ne résisterai jamais, non jamais, au groove sec et sexy de « Controversy ».

Live 1982, la qualité visuelle est limite, mais le son convenable… Prince, grand paranoïaque, n’ayant pas laissé son oeuvre en pâture sur les sites de streaming !

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