SOTW #209 : Identical, Phoenix

Le groupe pop français le plus influent et le plus reconnu internationalement parlant revient par où on ne l’attendait pas trois ans après l’italianisant et très réussi « Ti Amo ». Par le biais d’une chanson issue de la bande originale du film à venir de Sofia Coppola « On The Rocks » (dans les cinémas à la fin de l’année, Bill Murray y tiendra le rôle principal), B.O. que le groupe versaillais a composée. « Identical » en est le premier extrait et si l’on ne sait pas si le septième album de Phoenix sera cette B.O. ou un recueil de chansons plus traditionnel, la qualité du single et sa nature intrinsèquement « phoenixienne » suffisent à créer chez les fans une véritable excitation et autorisent tous les enthousiasmes.

« Identical » est né sous une double protection, tout d’abord celle de Sofia Coppola. La réalisatrice américaine issue d’une prestigieuse famille de cinéma (fille de Francis Ford, soeur de Roman, cousine de Jason Schwartzmann) est un peu la marraine du groupe. Thomas Mars a rencontré celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants en enregistrant la voix de la chanson du film « Virgin Suicides » dont la B.O. est signée Air (Phoenix leur avait servi de backing band à leurs débuts). Caché derrière le pseudonyme de Gordon Tracks, Thomas Mars y chante « Playground Love », le sublime slow de cette B.O. raffinée. Puis « Too Young », extrait de « United », premier album de Phoenix, figure sur l’impeccable playlist illustrant le merveilleux « Lost In Translation », second film de la réalisatrice américaine avec Bill Murray et Scarlett Johansson. On retrouve le groupe emperruqué et maquillé en house band du Petit Trianon dans « Marie Antoinette ». Puis Phoenix a composé la B.O. de « Somewhere », film mélancolique où résonnent les accords spatiaux de « Love Like A Sunset », instrumental épique figurant dans le classique « Wolfgang Amadeus Phoenix ». Difficile d’imaginer des carrières autant imbriquées, mais la collaboration entre la cinéaste et les musiciens est, semble t-il, toujours aussi féconde. 

Seconde protection tutélaire que celle de Philippe « Zdar » Cerboneschi, membre de Cassius et producteur qui aura révélé Phoenix, leur permettant de devenir ce qu’ils sont, en les poussant dans leurs retranchements, en les encourageant, en les engageant dans des directions dont ils n’avait même pas l’idée, en leur prêtant son studio sans contrainte de durée… Décédé tragiquement à l’âge de 50 ans en 2019 (d’une chute depuis son balcon parisien, la barrière ayant cédé), l’esprit de celui qui aura accompagné fidèlement et guidé les grandes évolutions du groupe plane sur « Identical ». Phoenix lui avaient déjà dédié leur livre « Liberté, Egalité, Phoenix » l’année dernière, ils font de même avec cette chanson. Et pour être à la hauteur, ils rendent hommage à celui qui fut leur maître en troussant une composition et un son dont Zdar aurait été fier.

« Identical » débute de façon 100% électronique, avec percussions et basse synthétiques et note de clavier métronomique. Sur ce tapis minimal s’élève la voix de Thomas Mars, dans un registre assez grave très assuré. S’il ne fait pas partie des gosiers d’or et qu’il est loin d’être un crooner, il n’en a pas moins imposé un style bien à lui, avec ces incursions aventureuses dans les aigus et cette utilisation des effets toujours à bon escient. Il n’en abuse pas mais sait toujours impeccablement les placer. Imperceptiblement, l’habillage musical gagne en puissance et en complexité, mélange adroitement guitares et lignes de claviers en un magma de plus en plus compact où sonnent des sirènes synthétiques dissonantes qui se calment avant le paroxysme pour laisser place à un pont mélodieux où la voix tutoie les aigus avec une puissance inattendue. Pont bissé avec déluge sonore cette seconde fois avant une accalmie finale où l’on retrouve la rythmique minimale de l’introduction. En à peine plus de trois minutes, une telle construction est du grand art. Les quatre musiciens ont manifestement écouté beaucoup de hip hop US, en confère cette rythmique à la fois insistante et chaloupée, dansante malgré elle pour habiller cette nouvelle réussite. La suite s’annonce passionnante…

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