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Animal solitaire et nyctalope que Julien Perez… Et artiste bien singulier car avec son nouvel album « SUREX », PEREZ s’éloigne avec hardiesse de la pop, pourtant chez lui pas si calibrée que cela pour dessiner des paysages électroniques inédits. Je vous avais présenté le jeune homme avec « Le dernier tube de l’été », méditation électro issue de « Cavernes » , son excellent second album qui fit date en célébrant les noces de la chanson française et de la techno minimale à la berlinoise (SOTW #149). 

Pour ce troisième album, Julien Perez a de nouveau fait équipe avec son acolyte bordelais installé à Berlin, le DJ et producteur electro Strip Steve qui l’a co-réalisé et co-arrangé. Toutefois, la paire n’a pas réitéré le climat « Liaisons dangereuses au Berghain » que diffusait « Cavernes » pour inventer un monde de rêve éveillé ou de conscience somnambule, l’électro dure ou minimale revêtant ici des atours plus pop et plus ludiques, sans pour autant revenir à l’electro-pop à la française de belle facture qui caractérisait son premier effort discographique de 2015, « Saltos ». Les histoires très écrites et bien mises en scène des deux premiers albums laissent place à de saillants fragments poétiques, parfois dadaïstes et absurdes. Et le sens plus éclaté des chansons permet à PEREZ de tenter d’autres mélodies vocales, de délaisser à l’envi son timbre grave, de jouer comme jamais avec sa tessiture, osant des aigus saisissants, utilisant sa voix comme une percussion (« Allongé sur la plage »), osant la tordre avec des effets (« El sueño »). Comme s’il s’était libéré de toute contrainte pour créer, et l’écoute de résultats nécessite pour l’auditeur un certain lâcher-prise pour pouvoir apprécier à leur juste valeur ces flashes aussi mélodiques qu’expérimentaux, cette pop qui n’utilise aucun des artifices qui la caractérisent habituellement. Celui qui est passé avant son aventure en solo par la musique à l’éthique bien balisée qu’est l’indie pop au sein de son groupe Adam Kesher a définitivement pris le maquis, se moquant de passer en un instant du mainstream au pointu et inversement. Et se laisse aller à honorer toutes ses influences, de la bossa nova à la techno minimale en passant par la musique répétitive, le hip hop ou la trap (ici déclinée dans l’étrange et très accrocheuse « Ticket »). 

L’habillage est aussi singulier, « SUREX », pour surexposition, surexcitation, mais nom qui sonne aussi comme celui d’une drogue de synthèse ou d’un narcoleptique. L’image de PEREZ sur la pochette est un avatar 3D de lui-même aux yeux exorbités, comme saisi par une sensation surpuissante (un cauchemar ?) colle parfaitement à la pop déconstruite et onirique déclinée ici. « Animaux », première des treize étranges chansons composant « SUREX » est sans doute la plus évidemment pop tout en étant très audacieuse. On peut douter que les radios s’en emparent, mais quiconque a l’oreille happée par elle ne la lâchera pas de sitôt. Sur une électro douce, planante et dansante à la fois, PEREZ enchaîne brefs couplets et refrain qui brille au milieu de la noirceur, en un un joli condensé techno variété parfaitement pertinent. La chanson parle en bribes de condition humaine et Julien Perez semble en résonance avec la crise actuelle de l’humanité, même si bien entendu il avait écrit ce texte bien avant que celle-ci ne nous tombe dessus… « Et je suis en quête / Je prie avec les bêtes / Ainsi va la vie rapide et inquiète / S’il n’y a pas d’avenir, fais danser les squelettes / On sera tous égaux à la fin de la fête »… Le clip futuriste, parfaitement idoine,  pourrait être un extrait d’un épisode de « Black Mirror ». Julien Perez a, c’est évident, une vie intérieure très riche et son intensité colle parfaitement à nos humeurs du moment.

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