Lynyrd Skynyrd

On The Rocks #4

Lynyrd SkynyrdDéfendre Lynyrd Skynyrd en 2016, c’est un peu comme expliquer à une directrice marketing anti gluten du 11ème arrondissement de Paris que le hamburger triple Baconator de chez Wendy’s est un met fin et raffiné. Soyons honnêtes, nous n’y arriverons pas. Lynyrd Skynyrd, ça reste des solos à trois guitares, des drapeaux confédérés derrière les amplis et des gueules d’ours mal léchés fiers de boire du bourbon à la bouteille en chevauchant de grosses Harley. L’Amérique quoi ! Dans ce qu’elle a de plus exotique pour nous, maigres Européens sociaux-démocrates, vegans et écolos. Ce deuxième opus du groupe de Jacksonville est une pièce maîtresse du rock américain, à dix mille lieues de ce que l’avant-garde new yorkaise et les hippies californiens proposaient à l’époque. Ici, on parle de flingues, de bayous (« Swamp Music ») et de billets verts (« Don’t Ask Me No Questions », « Working For MCA »). Moins mielleux que son prédécesseur, « Second Helping » est le disque de Southern Rock ultime. « Oui c’est vrai j’aime la thune, et ma nouvelle caisse, boire le meilleur whisky et jouer dans un honky tonk bar », scande le groupe dans un de ses refrains burnés. Pour la bande à Van Zandt, la vie c’est quand même vachement plus cool que chez nos bobos névrosés. Après tout, qui n’a jamais rêvé de longer le Mississippi au dos d’une grosse bécane ? C’est peut-être ça la vie.

Année : 1974
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Working for MCA »
Eat : Un hamburger d’alligator sauce BBQ
Drink : Une caisse entière de Jack Daniels

 

APTBSUne avalanche de distortion et de reverb. Ceux qui ont déjà eu la chance de voir le trio new yorkais se produire sur scène savent qu’on sort rarement indemne d’un show d’A Place To Bury Strangers. Ce deuxième album du groupe emmené par Olivier Ackermann nous plonge dans un univers dark et complètement dissonant, dans lequel larsens, fuzz et boucles relèvent des morceaux aussi déprimés qu’entêtants (« Exploding Head », « Everything Always Goes Wrong »). Dans son local du Death By Audio, sorte de grand squat transformé en atelier de fabrication de pédales d’effets de guitares en plein Brooklyn, le groupe a peaufiné une aventure sonore qui rappelle la scène shoegaze des années 1980 et ses délires de pop psychédélique, à la manière d’un Jesus and Mary Chain ou My Bloody Valentine du vingt-et-unième siècle. Avec une bonne dose d’attitude punk et des guitares à transpercer des tympans en acier (« I Lived My Life To Stand In The Shadow of Your Heart »), le groupe s’est imposé comme l’un des projets les plus excitants de la côte Est. « Exploding Head » en est la preuve sonore la plus évidente.

Année : 2009
Origine : Etats-Unis
Pépite : « Keep Sipping Away »
Eat : Un vegan burger au cheddar et champignons
Drink : Un brooklyn cocktail (martini, picon, marasquin, bourbon).

 

The Kinks1968. Le hard rock commence à pointer le bout de son nez. Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, peu importe. Les frangins Davies prennent tout le monde à contre pied et pondent un disque résolument pop. Une ode champêtre, hommage à une Angleterre rurale et pleine de nostalgie. Sans le savoir, les Kinks, connus jusqu’alors pour leurs riffs aiguisés et leurs ballades légères, viennent de signer leur chef d’oeuvre. En revisitant le folklore de leur tendre Albion, les londoniens donnent carte blanche à Ray Davies, leader énigmatique d’un groupe qui avait tout pour concurrencer les Beatles sur le terrain des mélodies léchées et des refrains savoureux. Le résultat est complètement exquis, malgré de très faibles ventes lors de son arrivée dans les bacs. Davies conte des tranches de vie (« People Take Pictures of Each Other », « Picture Book ») sur des pépites pop d’une efficacité redoutable. Il emmène son auditeur au bord d’une rivière en pleine campagne anglaise (« Sitting By The Riverside ») et fait part de son scepticisme sur la vie urbaine et les mondanités qu’elle entraîne (« Village Green », « Starstruck »). Son regard pessimiste sur les Swinging London en fait un être à part et probablement l’un des chroniqueurs les plus talentueux de son époque.

Année : 1968
Origine : Royaume-Uni
Pépite : « Village Green »
Eat : Shepard’s Pie
Drink : Tetley’s Earl Grey

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