© PHILIPPE MERLE / AFP

SOTW #92 : L’homme aux mille vies, L’Affaire Louis Trio

J’aimerais pouvoir affirmer qu’il s’agit là de ma dernière Song of the Week honorant la mémoire d’un musicien décédé en cette décidément funeste année 2016. Pas du calibre d’un Prince, ni à fortiori d’un Bowie, mais un honnête artisan de chansons d’ici, Hubert Mounier, alias Cleet Boris, Lyonnais qui fut le leader du groupe à succès (L’) Affaire Louis Trio. Il est mort d’une rupture de l’aorte le 2 mai et il avait mon âge…

Replaçons la France de la fin des 80’s et du début des 90’s. L’époque du Top 50 tout puissant, des radios FM déroulant des tubes hexagonaux au kilomètre, on peut remercier la politique des quotas imposée alors par le gouvernement… Dans cette mélasse assez gluante et suffisamment insidieuse qui conduit de jeunes et moins jeunes à réclamer « de la musique des années 80 » dans toutes les soirées dansantes (véritable plaie d’Egypte pour tout DJ qui se respecte…) surnageaient quelques groupes de qualité. Affaire Louis Trio (ALT) en était assurément un.

Surgi de Lyon en 1987 avec des tubes à l’esthétique BD et exotico-toc (les saoulantes « Tout mais pas ça » et « Chic planète », cartons hexagonaux), le trio (qui comptait aussi le frère d’Hubert Vincent Mounier aux guitares et à la basse et François Lebleu (décédé en 2008) aux claviers et à la batterie) opéra une grande mutation en 1993 avec un album très ouvertement beatlesien « Mobilis in Mobile » (hit majeur en France), où Hubert Mounier se mit à maîtriser à la perfection une grammaire pop anglo-saxonne classique et classieuse. Avec « L’homme aux mille vies » en 1995, ALT enfonça le bouchon pop encore plus loin, en s’adjoignant pour l’enregistrement de ce disque les services de Colin Moulding, bassiste des géniaux excentriques britanniques XTC, autrement dit le pinacle pop.

Avec son riff de guitare syncopé, sa partie de basse incompréhensible et pourtant idéale (oeuvre de Moulding, c’est net…) et ses paroles joliment absurdo-philosophiques clairement articulées (pas de pose torturée dans la musique d’ALT), c’est une pépite mélodique qui ne marcha hélas pas très fort dans les hit-parades. Qu’importe. On a ici l’un des meilleurs disques de pure pop réalisé en France et en français.

ALT s’est séparé en 1998. Hubert Mounier partagea son temps entre la BD et la musique, sortant des albums solo plus axés chanson française, cornaqué par son émule et fervent disciple Benjamin Biolay, qui avoue tout lui devoir. « Le Grand Huit », en 2001, mérite le détour.

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