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Chers anciens et nouveaux amis récipendiaires de la Song of the Week… Une fois n’est pas coutume, la song of the week est un classique absolu, mais le choix m’a été dicté par l’enthousiasme que j’ai ressenti mercredi lors du concert d’Etienne Daho à Montceau-les-Mines, où s’arrêtait son Diskönoir Tour. A chaque fois, sans coup férir, « Saudade » me fait dresser les poils et j’ai senti ma gorge se serrer et mes yeux s’humecter au moment où il chante le sublime dernier vers, lequel me retourne comme un crêpe (voir texte reproduit ci-dessous). Je suis fan, pas grave, j’assume.

La « Saudade » est un terme portugais intraduisible mais exprimant un mélange de joie et de tristesse, une espèce de délectation de la nostalgie. Daho, en 1991, vit l’émerveillement d’une passion amoureuse au Portugal et va même jusqu’à s’installer à Lisbonne. « Saudade » est aussi un chant d’amour à cette ville superbe. C’est aussi une étrange chanson qui n’a pas de refrain (hormis pendant le pont, c’est un pur ostinato), ce qui ne l’a pas empêchée d’être un hit et de devenir un standard de son répertoire. C’est aussi un mid tempo d’une précision diabolique, Daho disant que régler la ligne de piano et les guitares acoustiques, légèrement décalées, est d’une grande complexité. Au point que, prétend-il, lorsqu’il auditionne des musiciens c’est sur « Saudade » et si ça swingue, ils les engage!

Enregistrée en 1991 à New York avec une rythmique yankee tatouée jusqu’au cou, « Saudade », comme le reste du disque « Paris, Ailleurs » , a été co-réalisée avec la jeune guitariste de 24 ans Edith Fambuena (du groupe les Valentins, protégés de Daho à l’époque, avec laquelle il travaillera de nouveau en 2000 sur « Corps & armes » et en 2007 sur l’excellent « L’invitation ») au grand dam de sa maison de disques, qui trouvait ce choix suicidaire. Daho a bien fait de n’en faire qu’à sa tête, car c’est sans doute son meilleur disque, une réussite artistique majeure. Qui raconte la naissance, la vie et la mort d’une histoire d’amour au contenu évidemment autobiographique. Magistral.

En ce mai de fous messages, j’ai un rendez-vous dans l’air
Inattendu et claur, déjà je pars à ta découverte
Ville bonne et offerte, c’est l’attrait du danger qui me mène à ce lieu
C’est d’instinct qu’tu m’cherches et approches
Je sens que c’est toi

C’est à l’aube que se ferment tes prunelles marine
Sous quel méridien se caresser, dans mes bras te cacher
Dans ces ruelles fantômes ou sur cette terrasse où s’écrase un soleil
Tu m’enseignes le langage des yeux
Je reste sans voix

Les nuits au loin tu cherches l’ombre
Comment ris-tu avec les autres
Parfois aussi je m’abandonne
Mais au matin les dauphins se meurent de saudade

Où mène ce tourbillon, cette valse d’avions
Aller au bout de toi et de moi, vaincre la peur du vide, les ruptures d’équilibre
Si tes larmes se mêlent aux pluies de novembre
Et que je dois en périr, je sombrerai avec joie

(Etienne Daho, 1991)

Live 2014 à Marseille avec Edith Fambuena, la cheville ouvrière de « Paris Ailleurs » :