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Je dois la découverte de « Gretel » du mystérieux (Sandy) Alex G à la dernière compilation saisonnière des Inrocks (« la bande son de la rentrée »), chanson à la fois fragile et robuste qui émergeait franchement au milieu d’une tracklist pourtant plus relevée qu’à l’accoutumée…  Un carrousel de sons synthétiques presque enfantins (des voix déformées en fait) lance un riff guitare acoustique étrangement grave, presque stoner qui laisse place à un enchevêtrement de voix psychédéliques avant de poser une pure mélodie pop fondamentalement américaine à la Elliott Smith laquelle mute en un magnifique pont de claviers et de violon à la texture irréelle avant de reprendre les mesures stoner puis le refrain chanté en voix déformées, comme si on avait collé avec un grand bonheur différentes vignettes pour former un cohérent ensemble « dark and sweet », aussi doux que sombre. 

Qu’est-ce que c’est que ce truc? De l’anti folk ? Du pyschédélisme grunge ? De la pop lo-fi ? Du bricolage de génie ? Un peu de tout ça à vrai dire mais ce qu’il y a de certain, c’est que c’est l’œuvre d’un talent très singulier sur lequel il a forcément fallu que j’enquête. Alexander Giannascoli est un jeune auteur-compositeur de vingt-six ans basé à Philadelphie qui a démarré sous le nom d’artiste Alex G en sortant des enregistrement DIY sur Bandcamp au début des années 2010. Signé depuis 2015 sur le fameux « gros » label indépendant Domino, il se renomme (Sandy) Alex G. Il a sorti cette année un huitième album (huitième !!!), « House Of Sugar », affichant une productivité à rendre jaloux un Ty Segall. Il a aussi collaboré avec le très grand nom du R n’B progressif, à priori à des années-lumière de son style comme de sa notoriété, le prestigieux Frank Ocean dans ses deux derniers albums « Endless » et « Blonde », où il est crédité sur plusieurs chansons dont « Self Control » et « White Ferrari », à la composition ou à la guitare. Alex Giannascoli, à ce jour, ne sait toujours pas pourquoi cette collaboration a eu lieu, mais elle a bien eu lieu. On retrouve chez les deux artistes un goût pour les structures de chansons peu banales, pas forcément linéaires, ainsi qu’un  goût pour les textures sonores hors du commun. Frank Ocean a certainement perçu cela chez le jeune artiste, et l’a donc considérablement aidé à se faire un nom qui signifie quelque chose au grand public.

Cette maison en sucre, c’est la maison en pain d’épice d’Hansel et Gretel et comme ce conte de fées signé par les frères Grimm, elle est à la fois douce et sinistre. L’album regroupe treize chansons en à peine trente-huit minutes, toutes d’une familière étrangeté. Les deux singles « Hope » et justement « Gretel » se détachent naturellement du lot grâce à leur drôle d’immédiateté pop, l’ensemble sonne très DIY (Alex G assurant la plupart de l’instrumentation), expérimental et pourtant parfaitement homogène. « Sugarhouse » morceau live clôt l’album et on se rend compte qu’en concert le jeune homme et son groupe offrent une version domptée et taillée pour la scène d’une musique aussi exigeante qu’accueillante.

En live acoustique, et donc en mode très folk, dans les rues de Paris pour les excellents Take Away Concerts de la française Blogothèque :