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	<title>MUSIQUE &#8226; la Culture de l&#039;Ecran</title>
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		<title>SOTW #245: Berghain, ROSALÍA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 09:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le quatrième étage de la fusée Rosalía s&#8217;est décroché et a atteint son but, dans le mille, dans le cœur, les oreilles et le cerveau des Terriens. J&#8217;ai donc dû reposer mes doigts sur le clavier pour célébrer cet événement majeur avec une nouvelle Song Of The Week&#160;! Après s&#8217;être fait découvrir comme espoir d&#8217;un flamenco métissé à de la folk avec «&#160;Los Ángeles&#160;» en 2017 (étage 1), confirmer comme espoir vibrant de la pop internationale en mêlant ce flamenco [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le quatrième étage de la fusée <strong>Rosalía</strong> s&rsquo;est décroché et a atteint son but, dans le mille, dans le cœur, les oreilles et le cerveau des Terriens. J&rsquo;ai donc dû reposer mes doigts sur le clavier pour célébrer cet événement majeur avec une nouvelle Song Of The Week&nbsp;! Après s&rsquo;être fait découvrir comme espoir d&rsquo;un flamenco métissé à de la folk avec «&nbsp;Los Ángeles&nbsp;» en 2017 (étage 1), confirmer comme espoir vibrant de la pop internationale en mêlant ce flamenco à du R n&rsquo;B, servi avec une production très à la pointe, le tout en adaptant un roman occitan du XIIIe siècle, «&nbsp;El Mal Querer&nbsp;» en 2018 (étage 2), consacrer comme créatrice incontournable, véritable boussole pop en investissant et faisant sienne la musique latine dans ce qu&rsquo;elle a de plus moderne avec «&nbsp;MOTOMAMI&nbsp;» en 2022 (étage 3), Rosalía Vila Tobella devient tout bonnement intouchable avec un disque qu&rsquo;on peut légitimement qualifier de sacré, le bien nommé «&nbsp;LUX&nbsp;» pour lequel elle s&rsquo;entourée d&rsquo;un orchestre symphonique (celui de Londres, dirigé par le chef d&rsquo;orchestre islandais Daníel Bjarnason) et de sons électroniques ultra-pointus et a mis son extraordinaire voix très devant, dans tous ses états. Rosalía est devenue la référence absolue de la pop contemporaine, celle qui se permet d&rsquo;être expérimentale, ouverte vers toutes les cultures, adressée à tous. L&rsquo;anti-Taylor Swift en quelque sorte, ce parangon d&rsquo;une pop américaine dont l&rsquo;ambition est de soumettre tous les publics du monde grâce à une musique ultra-calibrée, apparemment fédéraliste et finalement très colonialiste, esthétiquement comme culturellement. Le fait que les écoutes et les ventes de Rosalía talonnent, voire dépassent dans certains pays celles de Taylor Swift est à ce titre très rassurant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui n&rsquo;a pas frémi en découvrant <strong><em>Berghain</em></strong>. le premier missile envoyé vers nous, pauvres mortels. Pensez-donc ! Avec cette ouverture frénétique de violons qu&rsquo;on croirait tirée de « L&rsquo;Hiver » de Vivaldi, puis l&rsquo;entrée de ce choeur d&rsquo;opéra allemand s&rsquo;effaçant pour laisser place à la voix de soprano de Rosalía en mode lyrique, en allemand une nouvelle fois, on n&rsquo;est vraiment pas en terrain connu. Suit un couplet en espagnol cette fois-ci, puis l&rsquo;apparition en mode intervention divine de Björk, référence évidente, <em>role model</em> absolu pour l&rsquo;artiste catalane, avant un final sidérant mettant en scène l&rsquo;artiste avant-garde américain Yves Tumor qui clame une phrase tirée d&rsquo;un délire de Mike Tyson « <em>I&rsquo;ll fuck you till you love me</em> » sur des beats électro impitoyables. Il est d’ailleurs aisé d’imaginer une rythmique techno sur ce morceau, et je suis persuadé qu’elle en entendait les beats dans sa tête en composant <em>Berghain</em> mais elle a eu l’intelligence et la retenue de ne pas les enregistrer. En moins de trois minutes, l&rsquo;univers complètement inédit créé par Rosalía souffle tout auditeur. On se demande ce que ce truc peut bien être et après trois écoutes, cette construction pour le moins baroque s&rsquo;impose comme quelque chose de vital, d&rsquo;incroyablement accrocheur, en trois mots de la pop. Rosalía clame à qui veut l&rsquo;entendre que « LUX » est un album de pop, et nous rappelle que contrairement au rock, la pop est une musique vouée à être aventureuse, à tout oser. Et si elle n&rsquo;a pas cette fois-ci décliné une pop chargée de dopamine comme dans « MOTOMAMI » (voir à ce titre la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-239-saoko-rosalia/">SOTW #239</a>, <em>SAOKO</em>), elle a pourtant su créer une musique empreinte de spiritualité, exigeante, risquée, sur le papier parfaitement anti-commerciale et pourtant si universelle et si accrocheuse. A 33 ans, Rosalía s’est tout simplement imposée comme une musicienne, une compositrice et une interprète faisant partie de l&rsquo;Olympe de la pop, au même titre que des figures tutélaires comme Björk ou David Bowie. Pas moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le clip, on s&rsquo;en serait douté, est à la hauteur. Réalisé par Nicolàs Méndez du collectif barcelonais Canada (qui a dirigé et esthétisé la plupart des clips de Rosalía tels ceux de <em>Malamente</em> ou de <em>Pienso en tu mirá </em>(<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-170-pienso-en-tu-mira-rosalia/">SOTW #170</a>), il colle à la rétine du spectateur autant que la chanson pénètre le cerveau de l&rsquo;auditeur. En quelques scènes choc où Rosalía s&rsquo;acquitte de tâches domestiques (repasser, aller passer des examens médicaux, se déplacer dans la rue&#8230;) flanquée d&rsquo;un groupe de musiciens classiques qui ne la lâche pas d&rsquo;une semelle, le réalisateur parvient à installant une ambiance surréaliste et oppressante bourrée de multiples références à la peinture renaissance, à Walt Disney ou à l&rsquo;artiste contemporaine Pilar Albarracín, le tout fourmillant d&rsquo;allégories religieuses. Il illustre le propos opaque de <em>Berghain</em>, titre du nom du mythique et labyrinthique club berlinois, au texte polyglotte évoquant une emprise existentielle et amoureuse (d&rsquo;un dieu, d&rsquo;un amant, on ne se prononcera pas). Du grand art.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;LUX&nbsp;» est un album qu&rsquo;il faut écouter de A à Z, dans l&rsquo;ordre, à l&rsquo;ancienne mais aussi comme un opéra. Et l&rsquo;écoute complète en révèle le sens. En isoler un extrait s&rsquo;avère tâche difficile même si <em>Berghain</em> et le mutin <em>La Perla</em> (règlement de compte sous forme de valse mexicaine avec classe et humour avec son ex, dont la rupture d&rsquo;avec icelui semble avoir été un moment difficile pour Rosalía) sont sortis en singles qui rencontrent un immense succès. Le début de l&rsquo;album est l&rsquo;un des plus costauds qui nous ait été soumis depuis longtemps&#8230; En quatre morceaux invraisemblables, Rosalía décline une vision progressiste unique de la pop qui fera école, forcément. <em>Sexo, Violencia y Llantas</em>, <em>Reliquia</em>, <em>Divinize</em> et <em>Porcelana</em> sont quatre tours de force enchaînés sans temps mort. Si <em>Reliquia</em> (autre single potentiel) compte parmi ses créateurs l&rsquo;ex-Daft Punk Guy-Manuel de Homem-Cristo, cette chanson foisonnante se rapproche du <em>Jóga</em>&nbsp;de Björk (extrait de son immarcescible chef d&rsquo;oeuvre «&nbsp;Homogenic&nbsp;» sorti en 1998 et qui mêlait lui aussi cordes et beats électroniques) en faisant tonner en fin de cette jolie ballade un renversant orage de percussions électroniques aussi inattendu que libérateur. On peut aussi citer la bouleversante&nbsp;<em>Memoria</em>&nbsp;où la Catalane s&rsquo;aventure en portugais dans le fado avec Carminho, figure du renouveau du genre lisboète. Enfin, je vous conseillerai d&rsquo;acquérir une version physique de l&rsquo;album, LP ou CD, car on y trouvera trois chansons qui ne sont pas disponibles sur la version streamée, toutes de très haute tenue, dont ce <em>Jeanne</em>&nbsp;composé en français (avec l&rsquo;aide de Charlotte Gainsbourg pour le texte). Avant une tournée qui promet d&rsquo;être sensationnelle et qui démarrera le 16 mars 2026 à Lyon, après cet album définitif, on peut se demander où se dirigera Rosalía en étant très confiant, l&rsquo;aventure en sa compagnie étant, dans la durée, aussi incroyable que passionnante.</p>



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		<title>SOTW #244 : SWEAT, The Sophs</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 May 2025 09:46:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il aura donc fallu la chanson rock d&#8217;un groupe inconnu au bataillon pour que je replonge dans les affres (et les délices) de la chronique musicale. Ce n&#8217;est rien et c&#8217;est énorme à la fois, car bien que j&#8217;écoute toujours autant de musiques, plus nouvelles qu&#8217;anciennes d&#8217;ailleurs, rien depuis deux ans et demi ne m&#8217;avait motivé à revenir à mon clavier, hormis les décès d&#8217;artistes que j&#8217;avais aimés et immensément respectés. C&#8217;est la lecture d&#8217;une brève sur le fil des [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il aura donc fallu la chanson rock d&rsquo;un groupe inconnu au bataillon pour que je replonge dans les affres (et les délices) de la chronique musicale. Ce n&rsquo;est rien et c&rsquo;est énorme à la fois, car bien que j&rsquo;écoute toujours autant de musiques, plus nouvelles qu&rsquo;anciennes d&rsquo;ailleurs, rien depuis deux ans et demi ne m&rsquo;avait motivé à revenir à mon clavier, hormis les décès d&rsquo;artistes que j&rsquo;avais aimés et immensément respectés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la lecture d&rsquo;une brève sur le fil des Inrocks qui m&rsquo;a conduit à prêter une oreille à <strong><em>SWEAT</em></strong>, la seule chanson disponible à ce jour d&rsquo;un groupe appelé <strong>the Sophs</strong>. Comme le disaient les Inrocks, le rapprochement avec <a href="/tag/strokes/">the Strokes</a> n&rsquo;est pas fortuit. Après une fausse intro avec boite à rythmes branlante et bruit blanc s&rsquo;installe une rythmique mid tempo tranquille, répétitive mais tendue avec basse ronde, un motif de guitare lancinant et mélodique qui pourrait être joué au synthé, des contrepoints aux claviers et à la guitare acoustique et surtout cette voix cool de crooner juvénile, un peu bancale mais garante d&rsquo;une émotion brute. Tout cela évoque aussi bien <em>Hard to Explain</em>, chef d’œuvre romantique du premier album des Strokes que <em>The Adults are Talking</em> pièce maîtresse ouvrant le dernier effort des New-yorkais « <em>The New Abnormal</em> », construisant ainsi une arche entre 2000 et 2020. Puis, après un passage sans batterie avec chœurs angéliques` qui répondent en falsetto surgit une reprise du refrain comme un coup de boutoir avec la voix étranglée passée à l&rsquo;octave supérieur et des riffs rageurs de guitare saturée, avant une fin brutale, comme si on avait coupé le courant. Ça parle du deuil consécutif à une rupture amoureuse, et c&rsquo;est aussi vital que mélancolique. L&rsquo;essence de la pop, pas moins. « Sweat yourself » est donc une façon plus soft de dire « Go fuck yourself ». L&rsquo;effet, c&rsquo;est un euphémisme, est maximal et cette chanson m&rsquo;obsède littéralement, je me la passe et me la passerai en boucle jusqu&rsquo;à plus soif, et ce ne sera pas pour demain&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quels chemins a t-il fallu emprunter pour savoir quel est ce groupe&nbsp;! C&rsquo;est en se rendant sur leur Instagram qu&rsquo;on en apprend un peu plus. Le chanteur et porte-parole de la bande se nomme Ethan Ramon et il a eu la bonne idée d&rsquo;envoyer une démo de son groupe par mail au label londonien Rough Trade, label dont les patrons Geoff Travis et Jeannette Lee ont, et c&rsquo;est peu dire, des oreilles en or. Rough Trade a été en effet la maison des Smiths avant d&rsquo;être celle de Jarvis Cocker (et dorénavant celle du Pulp ressuscité), de Amyl &amp; the Sniffers, de Sleaford Mods et de Parquet Courts, entre autres. Enfin, ce sont eux qui avaient signé un quintet new-yorkais inconnu sur la foi d&rsquo;une seule écoute de la démo d&rsquo;une chanson en 1999, &nbsp;<em>The Modern Age</em>, premier single des Strokes, et donc paru chez Rough Trade, label sexy par excellence, bien entendu&#8230; Sur le site du label, Travis et Lee avouent avoir été bluffés par la démo qui leur avait été miraculeusement envoyée depuis Los Angeles. Heureuse coïncidence, Jeannette Lee était à LA et est allée se rendre compte du potentiel de the Sophs en allant les voir jouer dans un bar. Son instinct ne l&rsquo;avait pas trompée, le concert corrobora sa première impression. Rough Trade a donc été immédiatement séduit par l&rsquo;honnêteté brutale de the Sophs, leur pensées flamboyantes et l&rsquo;ampleur de leur spectre musical, mêlant créativité et variété. Sans parler de leur côté «&nbsp;Ne me demandez pas de faire joli&nbsp;». Donc attendons-nous pour la suite à du pop-punk pénétrant, du funk incandescent et à un «&nbsp;sprachgesang&nbsp;» porté par la voix décidément séduisante d&rsquo;Ethan Ramon, lequel clame vouloir voler, plagier et emprunter, pour qu&rsquo;à la fin sa musique sonne d&rsquo;une façon incroyable.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on y pense, à l&rsquo;heure des enregistrements dans sa chambre et des notoriétés gonflées sur les réseaux sociaux, the Sophs vivent un conte de fées à l&rsquo;ancienne. Avec voyage à Londres pour la signature du contrat, séance de photos pour illustrer la pochette du single et tournage d&rsquo;un clip déjà culte. Une première tournée suivra, sur la côte ouest US, à New York puis pour quelques dates européennes (dont celle au <a href="https://dice.fm/event/dk9exv-the-sophs-8th-sep-supersonic-records-paris-tickets">Supersonic à Paris le 8 septembre</a>). Ce genre d&rsquo;histoire n&rsquo;a pas été racontée depuis&#8230; the Strokes ou Arctic Monkeys. Alors peut-être délire t-on en imaginant un destin stellaire à ces six garçons californiens, mais l&rsquo;aventure de the Sophs est si sexy et finalement si atypique aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;on a hâte d&rsquo;en découvrir la suite !</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>The Von Bondies : la touche glam de Detroit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Benoit-Guyod]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Mar 2024 13:18:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IN CASE YOU'VE MISSED IT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ça sortait d’où ? Detroit, Etats-Unis C’était quoi&#160;? L’effervescence dont s’empara la jeunesse branchée de Londres, New York et Paris doit beaucoup au Motor City. Comme au plus fort des sixties, Detroit a contribué une nouvelle fois à remettre le rock n’roll en haut de l&#8217;affiche. La cité industrielle du Michigan a toujours été une terre fertile pour les musiciens. Alice Cooper, Iggy Pop, le MC5, et&#8230; Jack White. C’est grâce à ce dernier que les Von Bondies sortirent de [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong>Ç</strong>a sortait d’où ? </strong>Detroit, Etats-Unis</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’était quoi&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’effervescence dont s’empara la jeunesse branchée de Londres, New York et Paris doit beaucoup au Motor City. Comme au plus fort des sixties, Detroit a contribué une nouvelle fois à remettre le rock n’roll en haut de l&rsquo;affiche. La cité industrielle du Michigan a toujours été une terre fertile pour les musiciens. Alice Cooper, Iggy Pop, le MC5, et&#8230; Jack White. C’est grâce à ce dernier que les Von Bondies sortirent de l’anonymat en produisant le premier opus du groupe, « Lack of Communication », en 2002. Ce dernier, co-produit par Jim Diamond des excellents Dirtbombs attira l’attention de la presse musicale, en particulier au Royaume-Uni, comme en témoigne leur passage sur le plateau de l’émission Later présentée par l’animateur légendaire Jools Holland et diffusée sur la BBC. Après plusieurs tournées et un line-up re-magné, le combo du Michigan pu compter sur le glamour de la bassiste Smith Yasmin et de la guitariste Marcie Bolen pour défendre le somptueux « Pawn Shoppe Heart », sorti en 2004 chez Sire Records. Avec son garage rock puissant et carrément sexy, le quatuor américain s’imposa comme un des groupes phares de la scène de Detroit du début des 2000’s. Catchy, brutal, l’album rendait hommage aux groupes à guitare des années 1960 avec une touche de glam rock déjanté et quelques pépites sublimées par la voix rauque de leur frontman Jason Stollsteimer. Ce dernier défraya la chronique lorsque son ex-producteur et leader des White Stripes lui démolit la figure lors d’une rixe improvisée dans une salle de concert de leur ville natale. On joue pas à celui qui pisse le plus loin avec une légende locale, tout simplement. Une fois la hype du single « C’mon C’mon » passée et une prestation mémorable au festival de Glastonbury, les Von Bondies tombèrent dans l’anonymat le plus complet et ce, malgré la sortie de deux albums à la fin de la décennie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une galette&nbsp;: </strong>Pawn Shoppe Heart &#8211; <em>Sire Records </em>(2004)</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="300" height="300" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/03/Pawnshoppeheart.jpg" alt="" class="wp-image-7636" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/03/Pawnshoppeheart.jpg 300w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/03/Pawnshoppeheart-150x150.jpg 150w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/03/Pawnshoppeheart-120x120.jpg 120w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/03/Pawnshoppeheart-240x240.jpg 240w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/03/Pawnshoppeheart-125x125.jpg 125w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le ton est donné dès l’intro de « No Regrets ». Derrière la batterie martiale de Don Blum et un déluge de guitares vrombissantes, Jason Stollsteimer annonce la couleur. Un brin crâneur, le chanteur-guitariste croone avec un certain brio. Les chœurs assurés par les deux membres féminins relèvent la majorité de titres : « Tell Me What You See », « Crawl Through The Darkness » ou la très glam « Not That Social ». La touche féminine donne un côté pop bubblegum extrêmement rafraichissant qui vient enrober une déferlante de distortion et de tempos survitaminés. Le garage rock sexy aux accents punks des Von Bondies sait aussi ralentir la cadence par moment, comme le montre le slow blues « Mairhead», hommage complétement assumé aux Doors de Jim Morrison. La fin de l’album est brutale. Sur le titre éponyme du disque, Stollsteimer nous déchire les tympans avec un slow blues aussi tourmenté qu&rsquo;inoubliable qui vient clore le disque de la meilleure des manières.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un hit en deux lignes :&nbsp;</strong>«&nbsp;C&rsquo;mon C&rsquo;mon&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Seven Nation Army n&rsquo;avait pas été reprise en chœur par des millions de spectateurs de football en transe, ce single à l&rsquo;efficacité toute redoutable avait tout pour être le meilleur titre rock n&rsquo;roll sorti de Detroit depuis Kick Out The Jams.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>La pépite à (re) découvrir&nbsp;: </strong>«&nbsp;Lack of Communication&nbsp;»</p>



<figure class="wp-block-embed aligncenter is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/simon/">Simon Benoit-Guyod</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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		<title>The Coral: La bande la plus sympathique du Royaume</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Benoit-Guyod]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Feb 2024 15:50:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IN CASE YOU'VE MISSED IT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ça sortait d’où ? Liverpool, Royaume-Uni C’était quoi&#160;? Avec leurs homologues The Zutons, le quintet participa à remettre Liverpool au premier plan de l’avant-garde musicale anglaise. La cité portuaire fut souvent mise de côté. On lui préféra longtemps sa rivale Manchester, située à quelques dizaines de kilomètres au bout du canal qui la relie à la mer d’Irlande. Au début des 2000&#8217;s, The Coral marqua surtout les esprits grâce à son tube « Dreaming of You », hymne adolescent aux accents ska fortement [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ça sortait d’où ?</strong> Liverpool, Royaume-Uni</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’était quoi&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec leurs homologues The Zutons, le quintet participa à remettre Liverpool au premier plan de l’avant-garde musicale anglaise. La cité portuaire fut souvent mise de côté. On lui préféra longtemps sa rivale Manchester, située à quelques dizaines de kilomètres au bout du canal qui la relie à la mer d’Irlande. Au début des 2000&rsquo;s, The Coral marqua surtout les esprits grâce à son tube « Dreaming of You », hymne adolescent aux accents ska fortement inspiré par The Specials, icônes du genre. Si c’est ce hit plein d&rsquo;entrain qui leur permis d’accompagner le Black Rebel Motorcycle Club en tournée en Angleterre quelques mois après la sortie de leur premier album, c’est en 2002 que les Scousers s’installèrent parmi les groupes les plus percutants du moment. « Magic and Medicine », second opus de The Coral, recèle en effet de pépites pop teintées de folk, de country et de rock psychédélique. La joyeuse troupe emmenée par le chanteur guitariste James Skelly rafraichit le paysage musical britannique l&rsquo;espace de deux étés. Les choses prirent une autre tournure au milieu de la décennie avec la sortie de l’EP « Nightfreak and the Sons of Becker », enclenchant le déclin progressif des Scousers. Loufoque, bancal, parfois génial, le groupe perdit le cap en multipliant les albums pas toujours aboutis. Souvent inspirés, rarement percutants, The Coral continua tout de même son bout de chemin en essayant de raviver la flamme des Zombies, Kinks et autres Byrds. Toujours actifs de nos jours, les Anglais ont enregistré douze albums assez inégaux dont la majorité est passée assez inaperçue. Capables de surprendre (comme par exemple sur le délicieux single « Wild Bird » de 2023 et son côté cowboy), The Coral reste une des formations les plus sympathiques et polyvalentes d’outre-Manche.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une galette&nbsp;:</strong> Magic and Medicine &#8211; <em>Epic</em> (2002)</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" width="300" height="300" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/TheCoralMagicandMedicine.jpg" alt="" class="wp-image-7620" style="object-fit:cover;width:300px;height:300px" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/TheCoralMagicandMedicine.jpg 300w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/TheCoralMagicandMedicine-150x150.jpg 150w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/TheCoralMagicandMedicine-120x120.jpg 120w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/TheCoralMagicandMedicine-240x240.jpg 240w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/TheCoralMagicandMedicine-125x125.jpg 125w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Il y a encore des réminiscences de la Britpop quand The Coral sort son deuxième opus en 2002. Très inspiré par les sixties, comme leurs ainés d’Oasis et de Blur, le groupe de Liverpool collectionne d’innombrables clins d’œil aux géants de la British Invasion en y ajoutant une dimension presque country gothique (« Don’t Think You’re the First », « All of Our Love »). Souvent plus proche des Doors que des Fab Four, The Coral explore avec justesse tout au long de « Magic and Medicine ». En effet, la guitare chargée de reverb et d’écho donne un ton tout particulier aux compositions du groupe. Mais c&rsquo;est sur des ballades folk légères et mélancoliques que la magie opèrent réellement : « Bill McCai » et « Pass It On » sont les deux véritables clous de l’album. Plus consistant que sur n&rsquo;importe quel autre œuvre de leur répertoire, le quintet de Merseyside eurent indéniablement une influence sur des talents en devenir comme Miles Kane et Alex Turner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un hit en deux lignes :</strong>&nbsp;«&nbsp;Dreaming of You&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un bon concentré de ce que l’Angleterre a de meilleur. Partie de basse ska, refrain qui tue, on est entre les Beatles du début, les Specials et le meilleur de la Britpop. Inoubliable.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>La pépite à (re) découvrir&nbsp;:</strong> « Pass It On&nbsp;»</p>



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		<title>The Vines : les mauvaises graines de Sydney</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Benoit-Guyod]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Feb 2024 18:47:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IN CASE YOU'VE MISSED IT]]></category>
		<category><![CDATA[BRITISH]]></category>
		<category><![CDATA[POP]]></category>
		<category><![CDATA[PUNK]]></category>
		<category><![CDATA[ROCK]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ça sortait d’où&#160;? Sydney, Australie C’était quoi&#160;? Possiblement une des meilleures choses que l’Australie ait exportée ces trente dernières années (avec la sitcom Hartley, Cœurs A Vif évidemment), The Vines secouèrent le petit monde du rock indé au début des années 2000. Fondé autour de chanteur-guitariste Craig Nicholls, le trio originaire de Sydney se fit remarqué grâce à l’attitude déjantées de son frontman. Avec leurs cheveux gras et leur look de branleurs, Nicholls et sa bande collectionnèrent les prestations live [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ça sortait d’où&nbsp;?</strong> Sydney, Australie</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’était quoi&nbsp;?</strong></p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">Possiblement une des meilleures choses que l’Australie ait exportée ces trente dernières années (avec la sitcom <em>Hartley, Cœurs A Vif</em> évidemment), The Vines secouèrent le petit monde du rock indé au début des années 2000. Fondé autour de chanteur-guitariste Craig Nicholls, le trio originaire de Sydney se fit remarqué grâce à l’attitude déjantées de son frontman. Avec leurs cheveux gras et leur look de branleurs, Nicholls et sa bande collectionnèrent les prestations live chaotiques à coup de beuglements incontrôlés et de larsens assourdissants. Mais en il aura fallu davantage pour décourager le trio australien de trouver sa place parmi la scène des groupes en « The ». En effet, c’est en studio avec le lancement de leur premier album que The Vines s&rsquo;imposèrent comme l&rsquo;une des formations les plus excitantes du début du siècle. Moins classiques que The Hives, plus excités que The Strokes, les Australiens sont aussi de ceux à qui ont doit le retour des Converse All Stars dans les cours de récréation et des amplis Orange dans les garages des adolescents. </p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">Huit ans après la mort de Kurt Cobain, The Vines réussirent à unir les fans de grunge et de la British Invasion en distillant des titres pop-punk teintés d’une forte touche de psychédélisme. Si le succès se dissipa rapidement, et ce en partie à cause de l’instabilité chronique de Nicholls, atteint du syndrome d’Asperger, The Vines signèrent deux LP particulièrement délicieux qui marquèrent la première moitié de la décennie: «&nbsp;Highly Evolved&nbsp;» (2001) et «&nbsp;Riding Days&nbsp;» (2004). Il fut en effet une époque où les effervescentes scènes australiennes et néo-zélandaises semblaient être capable de rivaliser avec celles de Londres et New York. Mais malgré quelques tentatives de come back entachées par de nombreux concerts annulés et une poignée d&rsquo;albums médiocres, le groupe tomba dans les oubliettes, incapable de renouer avec la finesse de ses deux premiers opus.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une galette&nbsp;:</strong> Highly Evolved &#8211; <em>Capitol Records </em>(2002) </p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><img decoding="async" width="225" height="225" class="wp-image-7600" style="width: 300px" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/telechargement.jpg" alt="" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/telechargement.jpg 225w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/telechargement-150x150.jpg 150w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/telechargement-120x120.jpg 120w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2024/02/telechargement-125x125.jpg 125w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">Derrière une des jaquettes les plus abouties de la décennie se cache une des plus belles surprises de l’année 2002. L’album ouvre en grande pompe sur la très crâneuse «&nbsp;Highly Evolved&nbsp;». Nicholls et sa bande recyclent à merveille la formule couplets cleans refrains distordus («&nbsp;Outtathaway&nbsp;», «&nbsp;Ain’t No Room&nbsp;», ou «&nbsp;In The Jungle&nbsp;»). Sur certains morceaux, les fantômes de Nirvana et de Soundgarden prennent carrément des accents psychés grâce à des chœurs planants particulièrement bien ficelés. En effet, le clou du disque réside dans la juxtaposition savante de chansons aux guitares poisseuses avec des ballades psychédéliques bien plus ambitieuses. </p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">Aussi doué dans le rôle de l’adolescent excité le pied enclenché sur la fuzz («&nbsp;Get Free&nbsp;») qu’assis son derrière son piano, Nicholls montre une versalité remarquable tout au long du disque. Le clin d’oeil assumé au Fab Four est assumé sur «&nbsp;Factory&nbsp;» et son air enjoué à la «&nbsp;Obladi Oblada&nbsp;». Le voyage dans les sixties s’intensifie sur la somptueuse «&nbsp;Homesick&nbsp;», peut-être la véritable pépite de ce premier opus grâce à ses accents lennoniens et à ses textes mélancoliques. Les rêveuses «&nbsp;Mary Jane&nbsp;» et «&nbsp;Autumn Shade&nbsp;» vont dans le même sens. Pas étonnant donc d’entendre le chanteur chanter «&nbsp;It’s 1969 in my head&nbsp;» sur le morceau de clôture de l’album.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un hit en deux lignes :&nbsp;</strong>«&nbsp;Get Free&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Allemands appellent ça Zeitgeist, ou «l’art de capter l’esprit d’une époque&nbsp;». Il est difficile de mieux faire le pont entre les nineties et les 2000’s en deux minutes et sept secondes.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>La pépite à (re) découvrir&nbsp;: </strong>«&nbsp;Homesick&nbsp;»</p>



<figure class="wp-block-embed aligncenter is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Tom Verlaine, mort d&#8217;un poète rock</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Feb 2023 08:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[NEW YORK]]></category>
		<category><![CDATA[RIP]]></category>
		<category><![CDATA[ROCK]]></category>
		<category><![CDATA[TELEVISION]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Samedi 27 janvier, c&#8217;était au tour de Tom Verlaine de quitter cette vallée de larmes. A 73 ans, après une «&#160;courte maladie&#160;». Cet homme fut l&#8217;une de mes idoles et avec son groupe Television (lire «&#160;Tell a vision&#160;»), puis ensuite en solo, il a enchanté mes années lycéennes et bien au-delà. Le moins que je pouvais faire étais de lui rendre un sincère hommage. Né en 1949 dans le New Jersey et grandi à Wilmington dans le Delaware (autrement dit [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Samedi 27 janvier, c&rsquo;était au tour de <strong>Tom Verlaine</strong> de quitter cette vallée de larmes. A 73 ans, après une «&nbsp;courte maladie&nbsp;». Cet homme fut l&rsquo;une de mes idoles et avec son groupe <strong>Television </strong>(lire «&nbsp;Tell a vision&nbsp;»), puis ensuite en solo, il a enchanté mes années lycéennes et bien au-delà. Le moins que je pouvais faire étais de lui rendre un sincère hommage. Né en 1949 dans le New Jersey et grandi à Wilmington dans le Delaware (autrement dit nulle part), Tom Miller se met à la guitare après avoir tâté du piano par injonction familiale puis du saxophone à cause d&rsquo;une grosse fixation sur Stan Getz. C&rsquo;est en entendant <em>19<sup>th</sup>&nbsp;Nervous Breakdown</em> des Rolling Stones qu&rsquo;il connait une épiphanie et qu&rsquo;il décide de se mettre à l&rsquo;instrument qui le définira. Avec son copain de lycée Richard Meyers, il commence à faire du bruit sans savoir vraiment jouer et forme un premier groupe, the Neon Boys, recrutant Billy Ficca, un autre pote du lycée à la batterie. Au début des années 70, ils décampent vite à New York, vivotant tout en bricolant des chansons, s&rsquo;améliorant à leur instrument et griffonnant des poèmes. Car ces deux-là sont férus de poésie française. Miller se rebaptise d&rsquo;ailleurs Verlaine. Meyers, quant à lui, se cisaille les cheveux au sécateur pour ressembler à un portrait d&rsquo;Arthur Rimbaud, inventant un look qui, une fois repéré par Malcolm McLaren fera école en Angleterre. Et s&rsquo;appelle désormais Richard Hell, oui, pour «&nbsp;Une saison en enfer&nbsp;», recueil incontournable du génial poète de Charleville. Goût immodéré pour la poésie qui provoquera la rencontre entre Tom Verlaine et Patti Smith, le premier jouant sur «&nbsp;Horses&nbsp;», premier album de la seconde en 1975, initiant une amitié qui ne faiblira jamais. The Neon Boys deviennent Television quand est recruté le jeune éphèbe Richard Lloyd comme second guitariste, addition qui aura deux conséquences majeures&nbsp;: le rejet total de l&rsquo;héritage blues que Lloyd maîtrise pourtant parfaitement et le départ de Richard Hell qui vit mal le fait d&rsquo;être relégué à la basse et n&rsquo;est pas d&rsquo;accord avec la direction musicale. De plus, autant Verlaine est straight au possible, autant Hell a plongé dans l&rsquo;héroïne comme tant de musiciens à l&rsquo;époque à New-York, les deux amis de galère et de bohème sont alors irréconciliables. Richard Hell formera bien vite les séminaux Heartbreakers avec son «&nbsp;partner in crime&nbsp;» Johnny Thunders, puis les Voidoids, autre satellite de la nébuleuse punk de NYC (on se rappellera du classique millésimé <em>Blank Generation</em>)</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1200" height="928" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-1200x928.jpg" alt="" class="wp-image-7545" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-1200x928.jpg 1200w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-300x232.jpg 300w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-770x596.jpg 770w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146.jpg 1280w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px" /><figcaption class="wp-element-caption">Richard Lloyd, Tom Verlaine, Fred Smith et Billy Ficca, Television en 1978</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">De la collaboration avec Hell n&rsquo;existe qu&rsquo;un seul témoignage. Une chanson totalement atypique enregistrée sur un simple quatre-pistes, flottante et parsemée d&rsquo;éclairs mélodiques ou bruitistes nommée <em>Little Johnny Jewel</em>, laquelle dépasse très nettement la durée calibrée d&rsquo;un 45 tours. Peu importe, le morceau courra sur les deux faces d&rsquo;un premier single autoproduit et édité par leur manager Terry Ork. On remarque très vite le jeu de guitare très particulier de Tom Verlaine, lyrique à souhait, romantique et agressif à la fois et qui sera sa signature. Sa voix aiguë, parfois étranglée ne ressemble non plus à aucune autre. Tiré à deux-mille exemplaires en 1975, il&nbsp;est épuisé en un temps record et sera une belle carte de visite pour Television, que les maisons de disques veulent alors absolument signer. Le groupe (qui vient d&rsquo;engager Fred Smith, ex-Blondie, à la basse) est une attraction régulière au légendaire club du Bowery le CBGB, aux côtés de Blondie, de Talking Heads et des Ramones, créant involontairement la vague «&nbsp;punk&nbsp;» new-yorkaise, en fait une cohérence sinon ressemblance stylistique et une simultanéité installant un sentiment de «&nbsp;scène&nbsp;», de communauté artistique qui sera sincèrement très solidaire. Le label anglais Island Records dépêche alors Brian Eno à New-York pour réaliser des démos en vue d&rsquo;un premier album. La greffe ne prend pas et Television préfère signer avec Elektra, label de Danny Fields, celui qui avait signé rien moins que les Doors, les Stooges et Love et rentre en studio avec un producteur qui a travaillé avec des groupes de rock des années 60 et 70, le Britannique Andy Johns. Ils voulaient un bon ingénieur du son à l&rsquo;ancienne capable de capturer leur son à la fois simple et puissant. Johns eut l&rsquo;impression de mettre en boîte le Velvet Underground, car Verlaine ne voulait pas d&rsquo;effets de production, juste deux guitares, une basse et une batterie avec une prise de son impeccable. Et «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» est une réussite totale. Si le son est extraordinaire de puissance et de clarté, les performances instrumentales sont géniales. Les savants entrelacs de guitare de Verlaine et Lloyd imposent le respect et traceront le chemin aux Strokes trente ans plus tard. La rythmique est précise avec une batterie très volubile mais jamais surpuissante, ni à-côté. Les solos experts (soit une incongruité totale en cette époque du punk triomphant), alternativement joués par Verlaine et Lloyd sont tous fantastiques, peuvent se permettre la durée et la volubilité sans n&rsquo;être jamais démonstratifs ni hors de propos. L&rsquo;étrangeté de la voix de Tom Verlaine est parfaitement à sa place le long des huit formidables chansons qui composent «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;», formant un ensemble très varié tout en étant parfaitement cohérent. Des brûlots à l&rsquo;énergie et l&rsquo;économie punk mais osant des harmonies pour le moins inattendues font un effet énorme, comme <em>See No Evil </em>qui ouvre l&rsquo;album ou le bien nommé <em>Friction</em>. De merveilleuses chansons pop comme <em>Venus</em> (où Tom Verlaine se voit tomber dans les bras de la Vénus de Milo&#8230;) ou <em>Elevation</em> sont épiques. Television fait preuve d&rsquo;humour avec la rythmique tango du très accrocheur <em>Prove It</em>. <em>Guiding Light</em> et <em>Torn Curtain</em> sont de sublimes ballades. Mais rien ne laissait imaginer le morceau titre, une chevauchée musicale de dix minutes (onze sur la version CD) commençant par un riff de guitare aussi inédit que mémorable (les Strokes, encore eux, sauront s&rsquo;en inspirer&#8230;) affichant tout au long un lyrisme et une flamboyance, un romantisme débridé à l&rsquo;opposé dirons-nous de <em>Bohemian Rhapsody</em>&nbsp;! On ne ressort pas indemne d&rsquo;une telle écoute et bien vite «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» est devenu l&rsquo;un de mes disques de chevet, disque que j&rsquo;écoute encore régulièrement. Les critiques ont adoré (le célèbre critique anglais Nick Kent a qualifié «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» d&rsquo;oeuvre de génie&#8230;) et le public, en tous les cas en Angleterre et en Europe a bien suivi sans que ce soit le carton intégral, mais quoi de plus normal pour une proposition aussi artistique qu&rsquo;intemporelle&#8230; «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;», quarante-cinq plus tard mérite toujours autant sa place dans toute discothèque idéale comme dans mon panthéon personnel.&nbsp;</p>



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<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Adventure&nbsp;», sorti l&rsquo;année suivante n&rsquo;a pas réédité l&rsquo;exploit, même si l&rsquo;on y trouve d&rsquo;excellentes chansons comme <em>Days</em>, <em>Foxhole</em>, <em>Ain&rsquo;t That Nothin&rsquo;</em> ou l&rsquo;étrange et envoûtant <em>The Dream&rsquo;s Dream</em> qui clôt l&rsquo;album. Ce second effort, moins surprenant (et bien moins aventureux), moins bien accueilli que le précédent précipite la fin de Television qui se sépare fin 1978. Tom Verlaine se lance directement dans une carrière solo qui sera aussi discrète que brillante. En 1979, il sort un premier album à son nom très prometteur, lors duquel il se permet des expériences et laisse entrevoir un joli sens de l&rsquo;humour. La même année, David Bowie qui travaille à New York sur le futur «&nbsp;Scary Monsters&nbsp;» s&rsquo;entiche de Tom Verlaine et veut absolument travailler avec lui. Les séances ne donneront rien, mais Bowie, convaincu du potentiel de la chanson, reprendra de façon très convaincante <em>Kingdom Come</em>, l&rsquo;une des compositions de l&rsquo;album de Verlaine. En 2002, Bowie invitera Television reformé à jouer lors du festival londonien Meltdown dont il a assuré la programmation. Suivirent «&nbsp;Dreamtime&nbsp;» en 1981, puis les remarquables «&nbsp;World From The Front&nbsp;» l&rsquo;année suivante et «&nbsp;Cover&nbsp;» en 1984, sans doute les sommets de sa carrière solo. «&nbsp;Flash Light&nbsp;» en 1987 et «&nbsp;The Wonder&nbsp;» en 1990 fermeront la série des albums chantés de Tom Verlaine, au succès hélas de plus en plus erratique (le dernier album n&rsquo;est même pas sorti aux Etats-Unis), mais Tom Verlaine n&rsquo;a jamais été homme de compromis. A la surprise générale, Television se reforme en 1992 et sort un album très réussi au nom du groupe avec des titres impeccables comme <em>Calling Mr. Lee</em> ou <em>No Glamour For Willi </em>qui ne cherchent pas à reproduire «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» mais osent aller de l&rsquo;avant. Le groupe se séparera de nouveau après une série de concerts qu&rsquo;on raconte mémorables.&nbsp;</p>



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<p class="wp-block-paragraph">La suite est plus discrète. Un album instrumental «&nbsp;Warm and Cool&nbsp;» sort la même année, puis Verlaine est appelé pour produire le second album de son grand fan Jeff Buckley, «&nbsp;My Sweetheart, the Drunk&nbsp;» qui sortira de façon posthume après la noyade de la jeune idole de folk rock romantique, en version forcément inachevée. Enfin, on l&rsquo;entend poser un très joli solo, immédiatement reconnaissable sur la chanson de Patti Smith <em>April Fool</em> (dans son album «&nbsp;Banga&nbsp;» en 2012). Tom Verlaine a décidé assez vite de refuser de subir les contraintes inhérentes à la vie de musicien rock, d&rsquo;enregistrement, de promotion, de tournées et a préféré se mettre en retrait de la vie publique, apparaissant de temps en temps en concert, quand il le voulait. La fille de Patti, Jesse Paris Smith qu&rsquo;il considérait comme sa propre fille a annoncé samedi le décès de cet artiste au talent unique, de ce guitariste exceptionnel et influent, de ce vrai poète du rock. Je vais aller fouiller dans mes vinyles pour me repaître de son œuvre, qu&rsquo;on peut légitimement considérer comme magistrale. </p>



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		<title>SOTW #243 : She still leads me on, Suede</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Sep 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui aurait cru que le shot de rock n&#8217;roll du moment nous soit administré par un groupe de cinquantenaires bien installés dans le paysage musical britannique depuis trente ans? Le nouveau single de Suede, qui annonçait « Autofiction » neuvième album sorti la semaine dernière est pourtant l&#8217;une des choses les plus revigorantes à écouter dans le style rock flamboyant, mélodique, nourri de glam et de pop et faisant immanquablement danser ou taper du pied. Et si She Still Leads Me On [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Qui aurait cru que le shot de rock n&rsquo;roll du moment nous soit administré par un groupe de cinquantenaires bien installés dans le paysage musical britannique depuis trente ans? Le nouveau single de <strong>Suede</strong>, qui annonçait « Autofiction » neuvième album sorti la semaine dernière est pourtant l&rsquo;une des choses les plus revigorantes à écouter dans le style rock flamboyant, mélodique, nourri de glam et de pop et faisant immanquablement danser ou taper du pied. Et si <em><strong>She Still Leads Me On</strong></em> n&rsquo;invente rien, cette irrésistible chanson nous rappelle pourquoi nous avons tellement aimé le rock.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suede est un groupe qui a connu plusieurs vies. La première, indiscutablement la meilleure, vit le groupe du sud de Londres devenir le « hot ticket » de la presse britannique en 1992, quand ils devinrent la promesse d&rsquo;un retour du rock à guitares à panache outre-Manche, à un moment où tout le monde là-bas semblait avoir revendu ses six-cordes et amplis pour acheter des synthés et des ordinateurs. Trait d&rsquo;union entre le grunge américain et la future britpop, Suede se positionnait comme une alternative séduisante, nourrie par les Smiths et par Bowie et proposait un duo de leaders et d&rsquo;auteurs-compositeurs impeccables en les personnes du fabuleux guitariste et arrangeur Bernard Butler et du chanteur androgyne à l&rsquo;impressionnante tessiture Brett Anderson. Le premier album fit un carton (<em>Animal Nitrate</em>, un de ses hymnes, est la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-64-animal-nitrate-suede/">SOTW #64</a>). Le second « Dog Man Star » est un chef d’œuvre absolu, follement ambitieux et démesuré dont l&rsquo;accouchement se fit dans la douleur et conduisit à la brouille fatale entre les deux leaders, Bernard Butler débranchant sa guitare en 1994.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En recrutant le jeune guitariste Richard Oakes (seize ans à l&rsquo;époque) et le claviers Neil Codling, Anderson flanqué de sa section rythmique composée de Mat Osman (basse) et Simon Gilbert (batterie) mit en place Suede 2.0 et en fit un groupe d&rsquo;une rare efficacité pop comme le démontre l&rsquo;album « Coming Up » en 1996. Comprenant une collection de tubes imparables comme Trash, Filmstar ou la merveilleuse ballade Saturday Night, il souffre d&rsquo;une production métallique sonnant un peu datée, mais l&rsquo;album reste toutefois hautement recommandable aujourd&rsquo;hui. S&rsquo;ensuivirent des excès hédonistes et des périodes de contrition qui donnèrent des disques plus inégaux (« Head Music ») voire complètement anodins (« A New Morning », très blême) qui conduisirent au split du groupe en 2003. Brett Anderson se lança dans une carrière solo très confidentielle, tâtant d&rsquo;une folk acoustique très pastorale aux antipodes de ses extravagances avec Suede. Une reformation pour un concert en 2010, un nouvel album très réussi « Bloodsports » en 2013 célébrant les retrouvailles du groupe avec le producteur historique Ed Buller replacèrent Suede au centre de la chose pop rock. Avec en plus cette touche de nostalgie qu&rsquo;éprouvent tous ceux qui se voient replongés dans leurs jeunes années de fan, la mélancolie diffuse émanant des mélodies et de la voix de Brett Anderson n&rsquo;y étant pas pour rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après deux albums plus sophistiqués avec thèmes sombres et arrangement orchestraux (<em>What I&rsquo;m Trying To Tell You</em> est la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-88-what-im-trying-to-tell-you-suede/">SOTW#88</a>), le fringant quintette de quinquas a tourné le hit album « Coming Up » sur les scènes du monde entier, de quoi redonner à Anderson de saines envies d&rsquo;électricité et d&rsquo;émotions directes, qui se concrétisent tout au long du tout récent « Autofiction ». <em>Banger</em> qui ouvre l&rsquo;album, <em>She Still Leads Me On</em> évoque paradoxalement la mère de Brett Anderson, décédée alors qu&rsquo;il était très jeune. Sans aucun pathos mais avec une émotion très crue, il raconte combien le souvenir de sa mère l&rsquo;inspire et l&rsquo;aide à certains moments de sa vie, lui insuffle une énergie créatrice. Un riff de guitare en arpège, un contrepoint en saccades punk, une basse mélodique et une batterie volubile donnent le ton d&rsquo;une chanson très traditionnellement bâtie: couplet, pont, refrain, couplet, pont, refrain, chorus, refrain shunté. Le tout à bride abattue, avec une mélodie vocale infectieuse surtout pendant le pont si énergique et des giclées de larsen mal peignées pour dynamiser le tout. Dire que ça fonctionne est un piètre euphémisme, tant la chanson et ses arrangements restent vissés dans votre cervelle. Si l&rsquo;autofiction est un genre littéraire en soi, elle trouve avec Suede une incarnation musicale. En revisitant le style pop glam scintillant qu&rsquo;ils personnifiaient à l&rsquo;époque de « Coming Up » mais en l&rsquo;observant avec leurs yeux de musiciens de cinquante ans, Suede met en musique une mise en abyme jamais ringarde ni hors de propos. Ainsi,<em>That Boy On The Stage</em>, <em>Personality Disorder</em> et <em>15 Again</em>, irrésistibles <em>bangers </em>ressuscitent le Brett Anderson de 1992 sans jamais sombrer dans la parodie. Avec <em>What Am I Without You ?</em>, les musiciens de Suede prouvent une fois encore qu&rsquo;ils sont orfèvres en ballades émotionnelles et nerveuses. Le reste de l&rsquo;album est au niveau. Les amateurs de pop rock flamboyant seront bien inspirés de ne pas passer leur chemin&#8230;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Live Bruxelles 2022 :  </h4>



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		<title>SOTW #242 : There&#8217;s better be a Mirrorball, Arctic Monkeys</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Sep 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Don’t get emotional, that ain’t like you “ (Ne tombe pas dans la sensiblerie, ça ne te ressemble pas). Les premiers mots de la nouvelle chanson d’Arctic Monkeys, envoyée en éclaireuse d’un septième album intensément attendu («&#160;The Car&#160;», à paraître le 21 octobre) indiquent qu’Alex Turner, après de kubrickiennes aventures lunaires est revenu sur terre et s’installe fermement dans la sphère de l’intime… Cette sortie sans tambours ni trompettes (et qui donc, en ces temps d’hyper-information a fait l’effet d’une [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Don’t get emotional, that ain’t like you</em> “ (Ne tombe pas dans la sensiblerie, ça ne te ressemble pas). Les premiers mots de la nouvelle chanson d’<strong>Arctic Monkeys</strong>, envoyée en éclaireuse d’un septième album intensément attendu («&nbsp;The Car&nbsp;», à paraître le 21 octobre) indiquent qu’Alex Turner, après de kubrickiennes aventures lunaires est revenu sur terre et s’installe fermement dans la sphère de l’intime… Cette sortie sans tambours ni trompettes (et qui donc, en ces temps d’hyper-information a fait l’effet d’une bombe) est été une vraie surprise, en particulier à l’aune de la lecture des setlists des concerts de la tournée des festivals d’été que le groupe boucle actuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai pas eu le loisir d’aller à l’un de ces concerts, mais ceux-ci semblent assez calqués sur ceux donnés en 2018 (j’avais assisté à celui des Nuits de Fourvière, la chronique est ici), mêlant adroitement brûlots électriques à la folle énergie rock souvent issus du début de la carrière du quatuor de Sheffield, les tubes pop millimétrés de leur carton de 2013 «&nbsp;AM&nbsp;», quelques beaux exemples de la lounge pop théâtrale et sophistiquée expérimentée dans le révolutionnaire «&nbsp;Tranquility Base Hotel + Casino&nbsp;» et une pincée de chansons obscures destinées à faire frémir les fans les plus hardcore (cette fois-ci, au tour de <em>Potion Approaching</em>, de «&nbsp;Humbug&nbsp;» et de <em>That’s Where You’re Wrong</em>, la merveille qui clôt «&nbsp;Suck It And See&nbsp;» de se voir ainsi dépoussiérées). Ah oui, les concerts auront souvent commencé par <em>Do I Wanna Know&nbsp;?</em> (reconnaissons-le, l’une des meilleures chansons pour lancer un show) et le dernier morceau du rappel aura invariablement été le rageur et fédérateur <em>R U Mine&nbsp;?</em> Quid des nouveautés se demandera le fan un peu exigeant&nbsp;? Arctic Monkeys auront attendu quelques dates pour dégainer un premier extrait de «&nbsp;The Car&nbsp;», <em>I Ain’t Quite Where I Think I Am</em>. Selon les petits films Instagram ou YouTube consécutivement postés, cette chanson solidement funky avec guitare wah-wah de rigueur évoque irrésistiblement la période plastic soul de Bowie, ce qui est loin de me déplaire&nbsp;! Mais comme les voies choisies par Alex Turner sont impénétrables, ce n’est pas cette chanson qui sera envoyée comme estafette du futur album. <strong><em>There’d Better Be A Mirrorball</em></strong>, encore inédite sur scène, est un titre en parfaite contradiction avec le matériel joué en concert. Arctic Monkeys poussent encore plus loin la lounge pop sophistiquée abordée dans l’album précédent (voir <em>Four Out Of Five</em>, <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-150-four-out-of-five-arctic-monkeys/">SOTW #150</a>) et, brûlons les idoles, osent sortir un single où ne figure la moindre note de guitare.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par contre, les claviers analogiques et les cordes symphoniques abondent. Comme dans cette longue introduction en cinémascope où un piano et des cordes jouent de concert un thème mélodramatique, qui laisse place à d’inquiétantes ponctuations de cordes (deux fois trois coups) créant un suspense haletant. La chanson proprement dite peut alors commencer. Sur un tempo souple et chaloupé, presque jazzy sur lequel on imagine Turner onduler à loisir se greffe une ligne d’orgue qui tourne comme un carrousel. La voix d’Alex Turner se pose alors, et c’est miraculeux. Loin des rodomontades (aussi spectaculaires qu’amusantes) dont il pouvait abuser au sein des Last Shadow Puppets, loin de tout effet de cape, il s’est transformé en un parfait crooner, les petits problèmes de justesse (allez, cette note bleue dont il usait volontiers) rencontrés parfois auparavant semblant définitivement derrière lui. L’interprétation sobre et retenue, mettant en avant son timbre le consacre comme le grand crooner pop du moment, un Scott Walker pour les années 2020. Notons que l’originalité de sa diction, de sa prosodie ajoutée à sa science du rythme rendent cette mélodie unique. Essayez de la suivre en chantant, vous comprendrez… Tout juste lance-t-il un falsetto fragile en parfaite harmonie avec la mélancolie ambiante à la fin de la chanson. Alex Turner y raconte une discussion vers de la voiture entre deux amants qui vont se séparer pour toujours. Les mots sont doux-amers, la boule à facettes du titre (et élément du décor de scène de la tournée actuelle) représentant l’espérance en un futur plus souriant. On est très loin de <em>R U Mine&nbsp;?</em> . Turner a d’ailleurs annoncé dans la seule interview donnée jusqu’ici (pour <em>The Big Issue</em>, journal de rue britannique) qu’il n’est plus question de refaire ce genre de rock, en tous les cas pas en studio, mais l’orientation choisie est intrigante. Le fait qu’Arctic Monkeys n’aient pas cédé aux sirènes de l’électronique pour accomplir leur mutation stylistique est à cet égard rassurant, les climats psychédéliques et groovy qu’encouragent l’utilisation d’instruments vintage et analogiques leur vont très bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on peut légitimement craindre que les camarades d’Alex Turner (Jamie Cook guitariste cantonné aux claviers comme on peut le voir dans la vidéo, le bassiste Nick O’Malley et le batteur Matt Helders, privés de chœurs comme de tout effet démonstratif) soient relégués au rang de simples accompagnateurs, on peut aussi les voir comme les Bad Seeds, soit de formidables musiciens sachant mettre tout leur talent au service de la chanson, laissant de côté tout égo. On saura à l’écoute de «&nbsp;The Car&nbsp;» si tel est le cas. En attendant, on ondulera sans modération sur cette magnifique chanson crépusculaire. Chapeau bas&nbsp;!</p>
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		<title>Crows : le vacarme d&#8217;une Angleterre sous cloche</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Simon Benoit-Guyod]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 May 2022 15:25:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SIMON SAYS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Premier coup d&#8217;essai concluant pour le quatuor Londonien. Le post-punk viscéral de « Beware Believers » place Crows parmi les poids lourds du genre. Voici un séjour hypnothique au coeur d&#8217;une Albion qui déchante. Du lourd. Il y a quelque chose de profondémment acerbe dans ce premier album de Crows. Enregistré début 2020 au Fish Factory Studios dans le nord de Londres, «&#160;Beware Believers&#160;» tire un portrait peu flatteur d’une Angleterre post-Brexit en pleine crise existentielle. Habitué du circuit des [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Premier coup d&rsquo;essai concluant pour le quatuor Londonien. Le post-punk viscéral de « Beware Believers » place Crows parmi les poids lourds du genre. Voici un séjour hypnothique au coeur d&rsquo;une Albion qui déchante. Du lourd.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose de profondémment acerbe dans ce premier album de Crows. Enregistré début 2020 au Fish Factory Studios dans le nord  de Londres, «&nbsp;Beware Believers&nbsp;» tire un portrait peu flatteur d’une Angleterre post-Brexit en pleine crise existentielle. Habitué du circuit des pubs outre-Manche, Crows sort enfin un album digne de se nom, véritable chronique d&rsquo;une nation dont les plaies n&rsquo;ont jamais été aussi visibles que pendant l&rsquo;épidémie de covid19. Voilà de quoi confirmer la bonne santé de la scène actuelle de post-punk anglaise.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Dès l’entame de «&nbsp;Closer Still&nbsp;», la quatuor pose les bases d’un post-punk aggressif teintés d’accents psychédéliques. Noir, hanté par les fantômes de The Fall et Joy Division, James Cox déballe son mal-être sur des guitares déchirantes chargées d’écho. Pas le temps de tergiverser, l’auditeur est frappé en pleine figure dès les premiers roulements de batterie de «&nbsp;Garden of England&nbsp;», deuxième titre de ce disque à l’efficacité redoutable. Tel un coup de pied frontal entre les deux yeux, cette pépite de tout juste deux minutes s’impose comme le titre phare de ce premier semestre. Binaire, direct, sans fioriture, voici le genre de morceaux qui devrait ravir les fans d’IDLES ou des suédois de Viagra Boys, de quoi installer durablemennt Crows parmi les poids lourds du genre..</p>



<p class="wp-block-paragraph">On retrouve cette même énergie sur la très entêtante «&nbsp;Slowly Separate&nbsp;» et la violente «&nbsp;The Servant&nbsp;». Puis Crows nous plonge dans l&rsquo;atmosphère poisseuse des Stooges de Fun House sur «&nbsp;Moderation&nbsp;» en y ajoutant une touche purement British. Imaginez le Morrissey des 1980&rsquo;s qui se paye un featuring de luxe avec les frères Asheton en backing band. Exquis, mélancolique à souhait, «&nbsp;Moderation&nbsp;» explore des univers jusque là peu abordés par le groupe. Même moment de grâce sur «&nbsp;Meanwhile&nbsp;» et son riff d’introduction pataud. Le titre explose finalement que sur son refrain avant de finir à toute berzingue sur un tempo dopé aux amphétamines.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-prise-en-charge-des-contenus-embarques wp-block-embed-prise-en-charge-des-contenus-embarques wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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<p class="wp-block-paragraph">Sans tomber dans le pamphlet politique lourdingue, « Beware Believers&nbsp;» aborde la période contemporaine avec un certain cynisme et une dose d’insolence bien venue (« Slowly Separate », « Only Time »). Il n’est pas surprenant de lire que le chanteur ait récemment confié avoir beaucoup lu d’ouvrages dystopiques ces derniers temps, reconnaissant au passage même un certain faible pour les travaux de Kurt Vonnegut et James Graham Ballard. deux maîtres du genre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes Crows ne réinvente pas grand-chose et distille un son qui semble être celui du moment Outre-Manche. Les Londoniens se distinguent néanmoins par leur capacité à pondre un album cohérent de A à Z. Il n’y pas grand chose de glamour ni de poseur dans les complaintes électriques de la bande à Cox. Là où certaines formation anglaises pêchent par leur manque de sobriété, Crows fait dans l’efficace et l’urgent. On ne va pas s’en plaindre.</p>
<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/simon/">Simon Benoit-Guyod</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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		<title>SOTW #241: Always Together With You, Spiritualized</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Apr 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
		<category><![CDATA[BRITISH]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des beeps venus de l’espace et une voix désincarnée d’hôtesse de tour de contrôle lancent un drone de synthétiseurs et de phasing sur lequel trouvent place des chœurs aériens, des notes de glockenspiel et des accords de guitare… Une mélodie répétitive s’installe, comme une comptine, égrenée par la voix filtrée de J Spaceman, alias Jason Pierce, le démiurge derrière la folle entreprise Spiritualized. Ce motif mélodique apparemment modeste, ce pur ostinato prend une ampleur majestueuse à mesure que les strates [&#8230;]</p>
<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/rolandderudet/">Roland Dérudet</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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<p class="wp-block-paragraph">Des beeps venus de l’espace et une voix désincarnée d’hôtesse de tour de contrôle lancent un drone de synthétiseurs et de phasing sur lequel trouvent place des chœurs aériens, des notes de glockenspiel et des accords de guitare… Une mélodie répétitive s’installe, comme une comptine, égrenée par la voix filtrée de J Spaceman, alias Jason Pierce, le démiurge derrière la folle entreprise <strong>Spiritualized</strong>. Ce motif mélodique apparemment modeste, ce pur ostinato prend une ampleur majestueuse à mesure que les strates d’effets et d’instruments s’emparent de cette simple ritournelle, tempête de guitares (combien y en a-t-il&nbsp;?) et menaces de larsen avant que n’explose le refrain <strong><em>Always Together With You</em></strong>, simple phrase accompagnée de choeurs féminins séraphiques. Puis rentrent les violons, que dis-je l’orchestre, les timbales, les cymbales, formant un mur du son spectorien où le petits détails pointillistes créent d’admirables bas-reliefs. Un break orageux relance la chanson pour un finale ébouriffant et capiteux avec échos saisissants, tornades de bruit blanc et un solo de sax qu’on jurerait venir du fond des âges du rock n’roll. A plein volume, l’effet est maximaliste et incroyablement puissant sur l’auditeur et la chanson s’incruste irrémédiablement dans votre cerveau. Et ce qui est miraculeux avec Spiritualized, c’est que cette overdose d’arrangements et de production sublime la beauté humble de cette chanson.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Spiritualized est né des cendres de Spacemen 3, groupe de space rock psychédélique formé à Rugby près de Birmingham au début des années quatre-vingt. Précurseurs du mouvement shoegaze qui fit florès à la fin de cette décennie avec des groupes comme My Bloody Valentine, Ride ou the Verve au début, les membres de Spacemen 3 confessaient «&nbsp;<em>Take drugs to make music to take drugs to</em>&nbsp;» (prendre des drogues pour faire de la musique pour prendre des drogues, formule aussi mémorable que publicitairement marquante, que certains artistes de cette époque ont un peu trop suivi à la lettre). Des conflits entre les deux leaders Jason Pierce (le guitariste et chanteur) et le claviers Pete Kember (alias Sonic Boom) conduisirent en 1990 le premier à embarquer le reste du groupe pour mener un nouveau projet, le second devenant un producteur recherché (on le verra aux manettes derrière Panda Bear ou MGMT). Dès lors, Spiritualized allait devenir une structure instable autour du seul Jason Pierce, multipliant les changements de personnel sans que cela n’altère aucunement le style du «&nbsp;groupe&nbsp;». Leur rock construit à base de pédales d’effets et d’architectures psychédéliques, en cela proche de ce que faisaient Spacemen 3 allait prendre un tournant radical en 1997 avec l’album multi-récompensé «&nbsp;<em>Ladies And Gentlemen, We Are Floating In Space</em>&nbsp;» (Mesdames et messieurs, nous flottons dans l’espace), première phrase de l’album énoncé comme une annonce par une blanche voix féminine, est d’abord surprenant par son design, l’album étant présenté comme une boîte de médicaments avec sa notice «&nbsp;<em>Spiritualized is used to treat the heart and soul&nbsp;</em>» (Spiritualized est utilisé pour soigner le cœur et l’âme). Jason Pierce et ses comparses (dont sa compagne et pianiste Kate Radley, qui allait le quitter peu après pour Richard Ashcroft, leader de the Verve…) allaient prouver que le remède était d&rsquo;une imparable efficacité. Dans cet album majeur de la fin des années quatre-vingt-dix, Pierce met au point la formule dont il ne déviera plus, en agrémentant son drone rock d’influences blues et gospel et en créant pour cela un fabuleux mur du son redevable aux productions de Phil Spector et de Brian Wilson, avec débauche d’arrangements et d’instruments, multiples guitares, cordes, cuivres, claviers, chœurs, harmonica&#8230; C’est manifeste est d’une grande éloquence dans <em>Come Together</em>, <em>I Think I’m In Love</em> et <em>Electricity</em>, pépites incontournables de cet excellent album.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les albums qui suivirent sont presque tous aussi bons, certains présentant des arrangements encore plus foisonnants («&nbsp;<em>Let It All Come Down</em>&nbsp;», en 2001, a nécessité la bagatelle de cent-vingt musiciens pour se faire. Quand on entend le single <em>Do It All Over Again</em>, on se dit que ça le méritait… D’autres sont plus fragiles, comme «&nbsp;<em>Songs in A&amp;E</em>&nbsp;» (2008), jeu de mots qui peut à la fois signifier «chansons en La et en Mi&nbsp;» et «&nbsp;chansons aux Urgences&nbsp;» car Jason Pierce a souffert de très graves problèmes respiratoires et passé beaucoup de temps à l’hôpital pendant sa conception, cet album convalescent où l’élément blues prend le dessus est souvent bouleversant, comme dans la superbe complainte <em>Soul On Fire</em>. «&nbsp;<em>Sweet Heart, Sweet Light</em>&nbsp;» en 2012 renoue avec la pop et aligne d&rsquo;excellentes chansons comme la très rock <em>Hey Jane</em> ou la merveille soul <em>Little Girl</em> (louons les qualités cinématographique et scénaristique des deux vidéos les illustrant).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nouvel et neuvième album de Spiritualized « <em>Everything Was Beautiful</em> » sortira le 22 avril. Ne comportant que sept titres, il a été précédé par trois singles, <em>Always Together With You</em> étant le premier. Suivent l’émouvante ballade aux accents country où pleure une pedal steel <em>Crazy</em> et la duelle <em>The Mainline Song/The Lockdown Song</em>. Confinement que le misanthrope paranoïaque qu’est devenu Jason Pierce a vécu comme une bénédiction… Le design représente une nouvelle fois une boite de médicaments, cette fois-co dépliée et qui masque en partie un paysage flou qu’on imagine magnifique. Si sur la foi des similitudes des pochettes cet album était de la teneur de « <em>Ladies And Gentlemen, We Are Floating In Space</em> », on peut s’attendre à quelque chose d’absolument grandiose… </p>
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