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	<title>FRANCE &#8226; la Culture de l&#039;Ecran</title>
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		<title>SOTW #233 : Point Sensible, Malik Djoudi (Feat. Lala &#038;ce)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Oct 2021 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le troisième et nouvel album de Malik Djoudi «&#160;Troie&#160;» est celui qui devrait installer ce singulier artiste dans le peloton de tête d’une certaine chanson française évolutive, celle grâce à laquelle ses compagnons de label Philippe Katerine, Bertrand Belin ou Dominique A sont devenus les figures incontournables d’une expression musicale et poétique en français qu’on peut écouter sans réserve, sans que clignote le signal d’alarme qui crie très fort «&#160;Variété&#160;», cette malédiction stylistique qui nous empoisonne depuis si longtemps et [&#8230;]</p>
<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/rolandderudet/">Roland Dérudet</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le troisième et nouvel album de <strong>Malik Djoudi</strong> «&nbsp;<em>Troie&nbsp;</em>» est celui qui devrait installer ce singulier artiste dans le peloton de tête d’une certaine chanson française évolutive, celle grâce à laquelle ses compagnons de label Philippe Katerine, Bertrand Belin ou Dominique A sont devenus les figures incontournables d’une expression musicale et poétique en français qu’on peut écouter sans réserve, sans que clignote le signal d’alarme qui crie très fort «&nbsp;Variété&nbsp;», cette malédiction stylistique qui nous empoisonne depuis si longtemps et nous a fait nous immerger dans la pop anglo-saxonne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous avais présenté le musicien poitevin avec <em>A mes côtés</em> (<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-186-a-tes-cotes-malik-djoudi-en-duo-avec-etienne-daho/">SOTW #186</a>), très beau duo avec Etienne Daho extrait de «&nbsp;<em>Tempéraments</em>&nbsp;», son second album de pop électronique aérienne raffinée. Pour son troisième effort discographique, Malik Djoudi s’est enfermé dans un studio de la Villa Noailles à Hyères (on fait pire comme lieu de réclusion). Le fameux producteur Renaud Letang (qui a travaillé avec rien moins que Philippe Katerine, Gonzales, Feist ou encore Connan Mockasin) lui avait confié qu’il aimerait travailler avec lui, étant fasciné par sa voix et son univers musical, mais désirant apporter une touche plus organique à sa musique. Cette proposition a résonné dans la tête de l’obsédé des synthétiseurs vintage et autres mellotrons qu’est Malik Djoudi. Celui-ci venait en outre de terminer une tournée en solitaire avec ses machines, donc l’idée de changer sa méthode de travail en intégrant d’autres musiciens ne pouvait que l’intéresser. Il s’est donc adjoint d’une section rythmique basse et batterie puisqu’il s’occupait déjà naturellement des claviers et des guitares. Et c’est surtout au niveau du groove moelleux et indolent qui parcourt les douze chansons composant «&nbsp;Troie&nbsp;» que ça se remarque. Comme si l’artiste, sans doute influencé par les parages méditerranéens, était passé de l’ombre à la lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus souples et plus solaires sont les chansons de «&nbsp;<em>Troie&nbsp;</em>». Autre différence de taille, la voix habituellement séraphique du chanteur prend d’autres nuances, beaucoup plus charnelles. On l’entend s’aventurer dans sa voix naturelle, grave et parfois rauque et la palette vocale s’en trouve d’un seul coup enrichie. C’est manifeste dans <em>Où tu es</em> qui ouvre l’album de bien belle façon avec sa coda inattendue ou dans le très électro et dansant <em>Danger</em>. Amateur de duos, il invite cette fois-ci Philippe Katerine sur l’enjoué et fraternel <em>Eric</em> et a convaincu Isabelle Adjani à revenir devant un micro pour susurrer dans le délicat et flottant <em>Quelques mots</em>. Pour <strong><em>Point sensible</em></strong>, le premier single issu de «&nbsp;<em>Troie</em>&nbsp;», il accueille la rappeuse lyonnaise Lala &amp;ce, dont il apprécie le phrasé sortant des codes habituels et le style. La jeune femme possède en effet un flow grave, lent et sensuel très personnel, tout comme son hip hop aux rythmiques planantes et au son touffu (écoutez <em>Sous tes lèvres</em>, extrait de son premier album «&nbsp;<em>Everything Tasteful</em>&nbsp;» pour vous faire une idée, vous serez surpris par son audace). Brève chanson dansante à la rythmique syncopée et aux aériens contre-chants de synthé, cette ode à la sensualité tape direct et juste&nbsp;: «&nbsp;<em>Montre-moi ton point sensible, je te dirai qui tu es… Tous mes points inaccessibles, peux-tu m’en faire un poème, lâche-toi, tout est permis</em>&nbsp;». On comprend encore une fois pourquoi Daho a vu en Djoudi un héritier, pas seulement musicalement. Cette fois-ci, Malik Djoudi passe le témoin à une jeune rappeuse, l’invitant hors de son territoire hip hop et la sortant de sa zone de confort, c’est tout à son honneur. Oscillons donc sur ce groove léger comme une bulle de savon mais à la sensualité bien terrienne, ça ne peut faire que du bien…</p>
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		<title>SOTW #230 : Que calor, The Limiñanas &#038; Laurent Garnier (Ft. Edi Pistolas)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Oct 2021 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
		<category><![CDATA[EDUARDO HENRIQUEZ]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette Song Of The Week, et c’est un hasard, honore une fois encore un couple fusionnel et atypique dans le rock. Après Mimi Parker et Alan Sparhawk de Low la semaine dernière, place à mes bien-aimés Lionel et Marie Limiñana, qui, associés à Laurent Garnier, viennent de sortir un road movie musical post-moderne aussi passionnant qu’innovant. « De Película ». Ce qui en espagnol signifie « comme dans un film » ou est une expression exprimant un contentement suprême un brin étonné, comme on [&#8230;]</p>
<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/rolandderudet/">Roland Dérudet</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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<p class="wp-block-paragraph">Cette Song Of The Week, et c’est un hasard, honore une fois encore un couple fusionnel et atypique dans le rock. Après Mimi Parker et Alan Sparhawk de Low <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-229-days-like-these-low/">la semaine dernière</a>, place à mes bien-aimés Lionel et Marie Limiñana, qui, associés à Laurent Garnier, viennent de sortir un road movie musical post-moderne aussi passionnant qu’innovant. « <em>De Película </em>». Ce qui en espagnol signifie « comme dans un film » ou est une expression exprimant un contentement suprême un brin étonné, comme on dirait « c’est putain de bien… ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a affaire avec ce double LP à un véritable partenariat entre <strong>the Limiñanas et Laurent Garnier</strong>. Le duo de garage rock avait rencontré le DJ le plus emblématique de la scène française (non, ce n’est pas et n’a jamais été le regrettable David Guetta !) grâce à l’invitation de celui-ci pour qu’ils jouent au festival <em>Yeah</em> en 2017, festival co-animé par Garnier dans le Vaucluse où il réside depuis quelques années. Flattés et étonnés, les rockeurs catalans ont été surpris, en conversant avec leur hôte, de partager autant d’obsessions musicales, en premier lieu le <em>krautrock</em> de Can (leur voisin et camarade de jeu Pascal Comelade les y avait initiés), shamans allemands créateurs d’un rock répétitif aux longues structures amenant à la transe. Transe qui est quand même le but suprême recherché par l’électro de Laurent Garnier… Un premier échange artistique eut lieu sous forme d’un remix de <em>Dimanche</em>, l’excellent titre chanté par Bertrand Belin tiré de « <em>Shadow People</em> » (<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-145-dimanche-the-liminanas-feat-bertrand-belin/">SOTW #145</a>), suffisamment éloquent pour donner aux deux parties l&rsquo;envie d’écrire ensemble. Les occupations de chacun (engagements pour Garnier, tournée pour les Limiñanas) repoussant ce projet aux calendes. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fallut donc un confinement pour que les compères travaillent ensemble mais séparément. Ça n’a pas été un problème, ces grands solitaires travaillant de toute façon seuls chez eux, Garnier dans le Vaucluse et le duo chez eux à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales (Il paraît que le couple Limiñana enregistre séparément, lui la nuit, elle le jour). Lionel avait écrit un scénario narrant la fuite en avant d’un couple de jeunes gens d’un bled du sud vers la Costa Blanca. Lui (Saul) est un jeune homme timide qui se réfugie dans les disques et les films, elle (Juliette) est une jeune prostituée au passé déjà lourd. Ils tombent fous amoureux et filent à tombeau ouvert vers le danger, les boîtes et la fête et brûleront leurs illusions au passage. Juliette larguera Saul sur l’aire de La Palme, les habitués de la route de l’Espagne reconnaîtront. Histoire haletante, cinématographique en diable, <em>de película</em> en somme. L’album en sera la bande son.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait pu attendre de cette collaboration une embardée psychédélique sur beats techno. Il n’en est rien, Garnier racontant à qui veut l’entendre avoir résisté à la tentation du kick droit surpuissant typique de la techno pour lui préférer un travail en profondeur sur la texture du rock des Limiñanas, à coups de trucages électroniques, de nappes et de rythmes programmés venant gonfler le jeu très mötorik et résolument sans cymbales de Marie. La greffe prend si bien que jamais le rock des Limiñanas n’aura été si dansant. Les instrumentaux psychédéliques enveloppent et emmènent très loin, les morceaux où les narrateurs (Lionel et Laurent Garnier) racontent en un <em>talk-over</em> évidemment gainsbourien (sur le morceau <em>Juliette</em> en particulier, l&rsquo;un des sommets de l&rsquo;album) captivent. Et au beau milieu, deux chansons. <em>Au début c’était le début</em>, magnifique ballade, marque la participation désormais de rigueur sur chacun des projets des Perpignanais de Bertrand Belin, au timbre plus Manset et aux envolées plus Bashung que jamais. <strong><em>Que Calor</em></strong> accueille dans l’univers Limiñanas un ami de Laurent Garnier, le Franco-Chilien Eduardo Henriquez membre des groupes de rock Panico et Nova Materia. Edu, ici rebaptisé Edi Pistolas se présente comme l’ambianceur d’une folle soirée dans une discothèque de plage, quelque part sur la Costa Blanca. D’une voix très incarnée, il décrit comment Juliette met le feu à la piste, transcendée par la musique pendant des heures. L’implacable scansion rythmique avec tambourin autoritaire, les guitares bruitistes, les textures électroniques et le riff de Farfisa à la <em>96 Tears</em> génèrent un mix irrésistible, une sorte de brûlot <em>electro kraut garage</em> qui devrait faire un malheur sur n’importe quelle piste. Hymne bouillant à l’hédonisme («&nbsp;<em>A medida que sube la temperatura del cuerpo, se hace dificil respirar&nbsp;</em>» , à mesure que monte la température du corps, il devient difficile de respirer) qui laisse entrevoir la débauche et les excès.qui devront normalement s&rsquo;ensuivre ! Imparable cocktail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est admirable avec les Limiñanas, c&rsquo;est qu&rsquo;à chaque nouvel album et sans aucunement déroger à leur sacro-sainte doxa musicale et stylistique, ils sont en constante évolution et maintiennent une qualité indiscutable dans toutes leurs créations. Cette osmose parfaitement réussie avec Laurent Garnier les propulse plus loin encore. Les Limiñanas sont un trésor national que le monde entier nous envie. Ne les ratez pas quand ils joueront près de chez vous !</p>



<h4 class="wp-block-heading">Version intégrale pour encore plus de transe :</h4>



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		<title>SOTW #228 : Chase it down, Bobby Gillespie &#038; Jehnny Beth</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Sep 2021 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Song Of The Week est de retour après une longue trêve estivale poursuivie par une trêve de rentrée, plus longue qu’à l’accoutumée mais les temps troublés qui s’éternisent ne sont guère propices à la régularité de l’inspiration. De cet été&#160;très mouillé me restent quelques airs fugaces qui l’ont bon an mal an rythmé. Et si cette saison n’est pas la plus féconde au niveau des sorties de disques, j’aurai souvent écouté un album à l’ambiance très automnale (donc en [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La Song Of The Week est de retour après une longue trêve estivale poursuivie par une trêve de rentrée, plus longue qu’à l’accoutumée mais les temps troublés qui s’éternisent ne sont guère propices à la régularité de l’inspiration. De cet été&nbsp;très mouillé me restent quelques airs fugaces qui l’ont bon an mal an rythmé. Et si cette saison n’est pas la plus féconde au niveau des sorties de disques, j’aurai souvent écouté un album à l’ambiance très automnale (donc en parfait accord avec les cieux capricieux de juillet), <em>Utopian Ashes, </em>le <em>side-project </em>que <strong>Bobby Gillespie</strong>, le sémillant quasi-sexagénaire leader de Primal Scream, a concocté avec <strong>Jehnny Beth</strong>, artiste française multi-cartes de vingt-cinq ans sa cadette, chanteuse des rageuses Savages que tout le monde (Gorillaz, IDLES,&nbsp;Julian Casablancas, etc…) s’arrache…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux chanteurs avaient une première fois uni leurs voix en 2015 à Londres lors d’un concert de Suicide, séminal groupe punk synthétique new-yorkais dont ils étaient tous deux grands fans. L’expérience fut suffisamment satisfaisante pour que Jehnny Beth soit conviée ensuite à monter sur scène avec Primal Scream. La politesse fut retournée à Bobby Gillespie quand Beth invita Primal Scream à jouer et à converser dans son émission diffusée sur Arte «&nbsp;<em>Echoes with Jehnny Beth</em>&nbsp;». Cette complicité artistique engagée ne demandait qu’à s’épanouir, mais pas question de le faire d’une façon téléphonée. Plutôt que décliner un registre punk, kraut ou psychédélique, terrains où les deux artistes évoluent souvent, Bobby Gillespie a suggéré de faire de son premier album solo un album collaboratif avec Jehnny Beth le long duquel ils exploreraient un genre qu’il affectionne particulièrement, la chanson américaine à inflexions soul et country en duo mixte façon George Jones et Tammy Wynette ou Gram Parsons et Emmylou Harris. <em>Utopian Ashes</em> ne parle que d’érosion de l’amour par le temps et de désintégration du couple, les deux artistes s’étant inspirés de leurs histoires personnelles et de celles de leur entourage pour coucher des paroles aussi désespérées que lyriques,&nbsp;en parfaite adéquation avec un enrobage musical classieux, option ronce de noyer et exécuté avec grâce par les compères de Gillespie dans Primal Scream, Andrew Innes à la guitare et aux arrangements, Darrin Mooney à la batterie et Martin Duffy aux claviers, et par le partenaire musical de Jehnny Beth, le touche-à-tout français Johnny Hostile à la basse et aux arrangements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quelques sessions d’écriture à Paris et un enregistrement à Londres en 2018, les neuf chansons ont été vite bouclées mais la pandémie a retardé le fignolage de l’ensemble et donc sa sortie qui eut finalement lieu en juillet dernier. <strong>«&nbsp;<em>Chase It Down</em>&nbsp;</strong>» ouvre l’album de bien belle façon. Cette chanson, la plus groovy de l’album, aurait eu toute sa place sur l’album sudiste des Primals, ce <em>Give Out But Don’t Give Up</em> sorti en 1994, album certes inégal mais où Gillespie témoignait de façon désarmante son amour pour le rock des Stones des seventies et de Big Star, album enregistré en partie à Memphis, Mecque du rock sudiste gorgé de soul music. C’est dans cette veine Southern soul matinée de pop rock que se situe<em> «&nbsp;Chase It Down&nbsp;»</em>, dans laquelle le narrateur enjoint son bientôt ex-amoureuse de vivre sa vie et de profiter de tout ce qui se présente, quand bien même ils se séparent. Sur de simples accords de guitare folk et des volutes de violons soul proto-disco s’élève la complainte de Gillespie (lequel, sans être un chanteur exceptionnel, s’améliore de disque en disque). Le refrain, qui donne à la chanson tout son peps, est laissé à la voix puissante et très personnelle de Beth. Le solo de guitare d’Innes est dans le registre blues-rock et n’aurait pas déparé sur «&nbsp;<em>Movin’On Up</em>&nbsp;», l’une des chansons emblématiques de Primal Scream. Et si cette chanson entêtante ouvre <em>Utopian Ashes</em> de bien belle façon, le reste de l’album est tout aussi remarquable. Que ce soit avec les merveilleuses ballades façon Memphis soul «&nbsp;<em>Remember We Were Lovers</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>Your Heart Will Always Be Broken&nbsp;</em>», où Jehnny Beth excelle et où les artistes se rapprochent au plus près de l’ambition de départ, la critique acide de la société anglaise sous forme de valse pastorale «&nbsp;<em>English Town</em>&nbsp;» (Gillespie reste un commentateur social très avisé), la pop folk sixties chaloupée à la Mamas and Papas de «&nbsp;<em>Stones Of Silence</em>&nbsp;» ou la très soul et cuivrée «&nbsp;<em>Living A Lie</em>&nbsp;», aucune faute de goût ne détonne dans cet album aussi solide que personnel et destiné à devenir disque de chevet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que Primal Scream va remonter sur scène pour fêter en grande pompe les trente ans de leur album emblématique <em>Screamadelica</em>, on peut douter qu’<em>Utopian Ashes</em> trouve une traduction scénique. On peut toutefois raisonnablement penser que Jehnny Beth rendra souvent visite à Bobby Gillespie, sur scène ou ailleurs…</p>
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		<title>SOTW #220 : Monde nouveau, Feu! Chatterton</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Mar 2021 08:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des chansons qui résonnent très fortement avec leur époque, des chansons visionnaires ayant su anticiper l’air du temps. Monde Nouveau est de celles-ci, ce qui a permis à ce single de Feu! Chatterton d’être partout, sur les ondes, les écrans et dans la tête du public. La pertinence du sujet et la grande justesse du texte n’occultant pas le fait qu’il s’agit avant tout d’une composition pleine de panache et magistralement exécutée, d’ores et déjà l’une des grandes [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il est des chansons qui résonnent très fortement avec leur époque, des chansons visionnaires ayant su anticiper l’air du temps. <strong>Monde Nouveau</strong> est de celles-ci, ce qui a permis à ce single de <strong>Feu! Chatterton</strong> d’être partout, sur les ondes, les écrans et dans la tête du public. La pertinence du sujet et la grande justesse du texte n’occultant pas le fait qu’il s’agit avant tout d’une composition pleine de panache et magistralement exécutée, d’ores et déjà l’une des grandes chansons de l’année.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’avais découvert le quintette parisien dont tout le monde parle en ce moment en 2014, assistant à un concert en matinée au Moulin de Brainans, notre vaillante SMAC rurale et jurassienne. Concert qui suivait la sortie d’un premier EP où figurait la fulgurante <em>Malinche</em> (<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-30-la-malinche-feu-chatterton/">SOTW #30</a>) qui avait suffi à déclencher ma curiosité. Avec cet étonnant mix de chanson française lettrée et de rythmique electro rock à la LCD Soundsystem, Feu! Chatterton imposait sans forcer une personnalité bien marquée au sein du Landerneau pop français. Formé par des copains de lycée, Feu! Chatterton consistait à ses débuts en quatre musiciens de rock et un «&nbsp;poète&nbsp;» qui déclamait ses textes sur des compositions instrumentales. Arthur Teboul, le charismatique poète en question déclare «&nbsp;aimer la poésie comme on aime les éclairs au chocolat&nbsp;» et n’en fait pas une affaire intellectuelle. Il lui a fallu du temps pour élaguer dans la matière de ses textes pour n’en garder que la quintessence et accepter de les transposer en mélodies, mais le côté poétique de l’entreprise demeure, c’est manifeste dans chacune des chansons que le groupe a éditées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai revu Feu! Chatterton deux fois depuis, dans la même salle de plus en plus remplie (archi-comble la dernière fois) lors des tournées consécutives à deux albums «&nbsp;<em>Ici le jour a tout enseveli</em>&nbsp;» (2015) et «&nbsp;<em>L’oiseleur&nbsp;</em>» (2018) où fut décliné ce style rock littéraire foisonnant et expérimental au niveau des structures, sans toutefois qu’un morceau du calibre de la<em> Malinche</em> n’y apparaisse. Et si le groupe est devenu impérial sur scène, la matière des chansons restait un poil décevante. «&nbsp;<em>Palais d’argile&nbsp;</em>», troisième album qui vient de paraître permet, et avec quelle manière, à Feu! Chatterton d’intégrer le peloton de tête de la pop française au sens large. <em>Monde Nouveau</em> en est l’éclaireur qui ouvre le double LP. «&nbsp;<em>Un monde nouveau, on en rêvait tous, mais que savions-nous faire de nos mains&nbsp;?</em>&nbsp;» interroge Arthur Teboul dans ce texte qui colle tellement à nos questionnements durant la crise actuelle, mais qui fut pourtant écrit avant,&nbsp;abordant les canicules récurrentes, la solitude derrière les écrans et le fait que l’on ne se touche plus… C’est aussi la chanson la plus ouvertement pop qu’aient composé les cinq garçons, réalisée d’une façon presque économe par le producteur et musicien électro Arnaud Rebotini (alias Zend Avesta et compositeur de la brillante B.O. de «&nbsp;<em>120 battements par minute</em>&nbsp;»), avec lequel ils se sont enfermés pendant un mois aux célèbres studios bruxellois ICP. Celui-ci a donné à la musique Feu&nbsp;! Chatterton l’espace qui avait tendance à manquer auparavant. D’où les synthés atmosphériques omniprésents mais c’est une guitare slide, citant de façon très assumée <em>Osez, Joséphine</em> de Bashung, qui fournit le gimmick indispensable à toute grande chanson pop qui se respecte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Palais d’Argile</em>&nbsp;» est un double album qui rassemble des chansons qui étaient destinées à un spectacle qui devait être joué aux Bouffes du Nord cet automne. Las, la pandémie en a décidé autrement. Cela en fait un concept album qui est censé être écouté du début à la fin, l’ordre des morceaux créant une certaine dramaturgie pas forcément narrative, mais sensorielle. Double album (je parle bien entendu de la version vinyle, n’est-ce pas la seule qui vaille aujourd’hui&nbsp;?) aussi consistant que littéralement duel. Le premier disque est un véritable feu d’artifice enchaînant six morceaux formidables. Ce <em>Monde nouveau</em> liminaire en version plus longue que le single ouvre le chemin à <em>Cristaux liquides</em>, chanson au mid-tempo feutré qui à mi-chemin mute en une machine electro sensible rappelant avec éloquence Hot Chip. Autre réussite qu’<em>Ecran Total</em>, la chanson electro rock et bagarreuse de l’album, évoquant sans coup férir LCD Soundsystem et où Arthur Teboul part à l’assaut avec véhémence. A coup sûr le grand moment des concerts à venir, enfin, quand ils viendront. <em>Avant qu’il n’y ait le monde</em> met un terme à cette frénésie. Adaptation d’un poème de Yeats traduit par Yves Bonnefoy (Feu! Chatterton sacrifie ainsi à une tradition de la chanson française, marchant dans les traces de Ferré), c’est un moment suspendu parfaitement en place, avec cette coda lancinante et très émouvante. <em>Compagnons</em> est une folk song revisitée, une chanson de marins cosmiques aussi entraînante que fédératrice, la feel good song de l’album. La flottante et doucement electro <em>Aux confins</em> clôt avec mélancolie une série pop impériale qui à elle seule fait de «&nbsp;<em>Palais d’Argile</em>&nbsp;» une œuvre majeure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car le second disque est plus âpre, plus enclin aux divagations qui pouvaient nuire au propos des premiers albums, proposant des chansons affranchies des formats (de la miniature folk <em>Panthère</em> à <em>Libre</em>, long morceau prog de dix minutes à la structure mouvante et foisonnante. N’est cependant pas <em>Blackstar</em> qui veut, et on a le droit de trouver <em>Libre</em> indigeste). Pour cette deuxième partie (ce deuxième acte…) tout aussi cohérente stylistiquement que la première, les cinq trentenaires ont clairement eu l’ambition de chasser sur les terres sauvages et escarpées du Bashung de <em>l’Imprudence</em>, privilégiant des chansons volontiers absconses parsemées de violentes illuminations. Et s’ils y sont parvenus, je goûte beaucoup moins cette option que la brillante suite de chansons du premier acte. On ne peut en revanche que louer l’esprit d’aventure et l’exigence artistique qui animent les cinq membres de Feu&nbsp;! Chatterton, propulsés par la grâce de ce troisième album dans l’Olympe du pop rock français.</p>
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		<title>SOTW #215 : L&#8217;éclaircie, Dominique A</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Dec 2020 08:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
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		<category><![CDATA[DOMINIQUE A]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La profonde mélancolie qu&#8217;engendre ce second confinement (qui rime avec cette société où l&#8217;on ne peut que bosser et acheter et bien entendu obéir et fermer sa gueule, cette société sans plaisir, cette société inhumaine, cette société impitoyable) et l&#8217;entrée dans l&#8217;hiver pousse à se retrancher dans des musiques intimes au ton nostalgique, au sein desquelles il fait bon se lover. La voix caressante et mordorée de Dominique A résonne donc avec pertinence en ces temps à la gravité inédite. [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La profonde mélancolie qu&rsquo;engendre ce second confinement (qui rime avec cette société où l&rsquo;on ne peut que bosser et acheter et bien entendu obéir et fermer sa gueule, cette société sans plaisir, cette société inhumaine, cette société impitoyable) et l&rsquo;entrée dans l&rsquo;hiver pousse à se retrancher dans des musiques intimes au ton nostalgique, au sein desquelles il fait bon se lover. La voix caressante et mordorée de <strong>Dominique A</strong> résonne donc avec pertinence en ces temps à la gravité inédite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son nouvel album, le bien nommé « <em>Vie étrange</em> » n&rsquo;était pas prévu. L&rsquo;auteur-composieur et écrivain de nouveau installé à Nantes avait même déclaré vouloir faire un break de trois ans après avoir sorti son solide diptyque « <em>Toute Latitude</em> » et « <em>La Fragilité</em> » en 2018 (<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-152-cycle-dominique-a/">SOTW #152</a>). L&rsquo;isolement dû au confinement l&rsquo;a pourtant poussé vers son home-studio, ses guitares, ses synthés et ses machines et il a trouvé pertinent de réunir sans tambour ni trompette ces nouvelles chansons composées et réalisées en solo intégral sur un album, pour le coup d&rsquo;une grande cohérence artistique et thématique. D&rsquo;une tonalité à fleur de peau, la voix souvent murmurée, ces chansons introspectives et atmosphériques permettent toutefois à Dominique A d&rsquo;innover avec des sons inédits, comme cette boîte à rythmes électro à la LCD Soundsystem qui agrémente joliment et avec grande pertinence les très bonnes « A la même place » et « Les éveillés ». Si l&rsquo;économie des arrangements prédomine, on a l&rsquo;impression que le chanteur se livre comme jamais. Dominique A est coutumier des chevauchées solitaires, ayant déjà réalisé bon nombre d&rsquo;albums tout seul (comme l&rsquo;extraordinaire double « <em>La Musique</em> » et « <em>La Matière</em> », sorti en 2009, pour moi son sommet artistique).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette collection de chansons inclut une reprise et celle-ci vient honorer un rendez-vous manqué. Car ce n&rsquo;est pas pour rien que Dominique A a choisi d&rsquo;interpréter « <strong>L&rsquo;éclaircie</strong> » de Marc Seberg, groupe formé à Rennes par Philippe Pascal consécutivement au split acrimonieux de Marquis de Sade en 1982, après la sortie de l&rsquo;excellent « <em>Rue de Siam</em> » et la tournée qui s&rsquo;ensuivit (voir <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-128-wandas-loving-boy-marquis-de-sade/">SOTW #128</a>). Le ténébreux chanteur, figure romantique absolue d&rsquo;un art-rock à la française, avait fortement impressionné le jeune Dominique Ané, de quinze ans son cadet, lequel il y a trente ans jouait dans un « groupe nantais de rock rennais, donc mauvais ». Fan instantané de Marquis de Sade et du magnétisme céleste de Philippe Pascal en particulier, il a suivi la carrière erratique de ce dernier jusqu&rsquo;à l&rsquo;inattendue reformation du mythique groupe rennais en 2017. Les concerts s&rsquo;étaient si bien passés que, hache de guerre enterrée, Marquis de Sade envisageait de rentrer en studio pour enregistrer un troisième album, presque trente ans après. La femme de Pascal, ayant constaté que celui-ci peinait à écrire ses textes et n&rsquo;arrivait à rien de satisfaisant contacta alors Dominique A pour lui proposer « une écriture à quatre mains ». Des mails furent échangés, puis les deux hommes convinrent d&rsquo;un rendez-vous à Rennes pour commencer à travailler ensemble. Las, le 12 septembre 2019, Philippe Pascal était retrouvé sans vie chez lui, la police privilégiant la piste du suicide. Ce rendez-vous tragiquement manqué, ce projet qui avait tellement suscité l&rsquo;enthousiasme de Dominique A, ce dernier (ou plutôt Dominique Ané, son vrai nom et nom de plume) a écrit « <em>Fleurs plantées par Philippe »</em>, récit autobiographique où il raconte sa relation avec Philippe Pascal, ce projet avorté avant d&rsquo;avoir existé et le deuil consécutif à sa disparition, qui correspond également au deuil d&rsquo;une certaine partie de sa jeunesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">II a aussi trouvé pertinent de reprendre « L&rsquo;éclaircie », chanson au titre tellement adapté au moment enténébré que nous vivons tous. Single du second album de Marc Seberg « <em>Le Chant des Terres</em> » sorti en 1985, la chanson était inhabituellement pop. La joliesse de la mélodie et la poésie du texte (Pascal parlait ici d&rsquo;une relation sentimentale, mais le texte peut être transposé de façon universelle) ont certainement tapé dans l&rsquo;oreille de Dominique A, qui en délivre une version très flottante avec guitare acoustique, claviers planants, ambiances atmosphériques et chant au lyrisme retenu. Version admirable qui rend justice à la qualité de la composition et la réhabilite complètement. Car la version originale est difficilement acceptable aujourd&rsquo;hui, à cause de ces tics de production 80&rsquo;s qui l&rsquo;enlaidissent, avec guitares bourrées d&rsquo;écho, caisse claire surpuissante qui écrase tout et gimmicks de synthés au son criard et terriblement démodé qui parviennent à rendre anodine l&rsquo;interprétation pleine de majesté de Philippe Pascal. Entendons-nous, ce genre de production était parfaitement dans l&rsquo;air du temps en 1985, quand même de bons groupes de pop indé et de new-wave succombaient à ces arrangements putassiers. Même Bowie a sorti les pires albums de sa carrière entre 84 et 87 et on se demande après pourquoi j&rsquo;ai du mal avec la grande majorité de la musique des mid-eighties (on sauvera les Smiths, Prince, R.E.M. et the Jesus &amp; Mary Chain)&#8230; Illuminée par la grâce de l&rsquo;interprétation de Dominique A, « L&rsquo;éclaircie » diffuse une lumière bienfaisante qui saura nous réconforter en attendant le vrai retour du soleil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En voici la version originale&#8230;&nbsp;</p>



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		<title>SOTW #209 : Identical, Phoenix</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Sep 2020 07:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le groupe pop français le plus influent et le plus reconnu internationalement parlant revient par où on ne l&#8217;attendait pas trois ans après l&#8217;italianisant et très réussi « Ti Amo ». Par le biais d&#8217;une chanson issue de la bande originale du film à venir de Sofia Coppola « On The Rocks » (dans les cinémas à la fin de l&#8217;année, Bill Murray y tiendra le rôle principal), B.O. que le groupe versaillais a composée. « Identical » en est [&#8230;]</p>
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<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le groupe pop français le plus influent et le plus reconnu internationalement parlant revient par où on ne l&rsquo;attendait pas trois ans après l&rsquo;italianisant et très réussi « <em>Ti Amo </em>». Par le biais d&rsquo;une chanson issue de la bande originale du film à venir de Sofia Coppola « <em>On The Rocks</em> » (dans les cinémas à la fin de l&rsquo;année, Bill Murray y tiendra le rôle principal), B.O. que le groupe versaillais a composée. « <strong>Identical</strong> » en est le premier extrait et si l&rsquo;on ne sait pas si le septième album de <strong>Phoenix</strong> sera cette B.O. ou un recueil de chansons plus traditionnel, la qualité du single et sa nature intrinsèquement « phoenixienne » suffisent à créer chez les fans une véritable excitation et autorisent tous les enthousiasmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Identical » est né sous une double protection, tout d&rsquo;abord celle de Sofia Coppola. La réalisatrice américaine issue d&rsquo;une prestigieuse famille de cinéma (fille de Francis Ford, soeur de Roman, cousine de Jason Schwartzmann) est un peu la marraine du groupe. Thomas Mars a rencontré celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants en enregistrant la voix de la chanson du film « <em>Virgin Suicides</em> » dont la B.O. est signée Air (Phoenix leur avait servi de backing band à leurs débuts). Caché derrière le pseudonyme de Gordon Tracks, Thomas Mars y chante « Playground Love », le sublime slow de cette B.O. raffinée. Puis « Too Young », extrait de « <em>United</em> », premier album de Phoenix, figure sur l&rsquo;impeccable playlist illustrant le merveilleux « <em>Lost In Translation</em> », second film de la réalisatrice américaine avec Bill Murray et Scarlett Johansson. On retrouve le groupe emperruqué et maquillé en house band du Petit Trianon dans « <em>Marie Antoinette</em> ». Puis Phoenix a composé la B.O. de « <em>Somewhere</em> », film mélancolique où résonnent les accords spatiaux de « Love Like A Sunset », instrumental épique figurant dans le classique « <em>Wolfgang Amadeus Phoenix</em> ». Difficile d&rsquo;imaginer des carrières autant imbriquées, mais la collaboration entre la cinéaste et les musiciens est, semble t-il, toujours aussi féconde.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seconde protection tutélaire que celle de Philippe « Zdar » Cerboneschi, membre de Cassius et producteur qui aura révélé Phoenix, leur permettant de devenir ce qu&rsquo;ils sont, en les poussant dans leurs retranchements, en les encourageant, en les engageant dans des directions dont ils n&rsquo;avait même pas l&rsquo;idée, en leur prêtant son studio sans contrainte de durée&#8230; Décédé tragiquement à l&rsquo;âge de 50 ans en 2019 (d&rsquo;une chute depuis son balcon parisien, la barrière ayant cédé), l&rsquo;esprit de celui qui aura accompagné fidèlement et guidé les grandes évolutions du groupe plane sur « Identical ». Phoenix lui avaient déjà dédié leur livre « <em>Liberté, Egalité, Phoenix</em> » l&rsquo;année dernière, ils font de même avec cette chanson. Et pour être à la hauteur, ils rendent hommage à celui qui fut leur maître en troussant une composition et un son dont Zdar aurait été fier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Identical » débute de façon 100% électronique, avec percussions et basse synthétiques et note de clavier métronomique. Sur ce tapis minimal s&rsquo;élève la voix de Thomas Mars, dans un registre assez grave très assuré. S&rsquo;il ne fait pas partie des gosiers d&rsquo;or et qu&rsquo;il est loin d&rsquo;être un crooner, il n&rsquo;en a pas moins imposé un style bien à lui, avec ces incursions aventureuses dans les aigus et cette utilisation des effets toujours à bon escient. Il n&rsquo;en abuse pas mais sait toujours impeccablement les placer. Imperceptiblement, l&rsquo;habillage musical gagne en puissance et en complexité, mélange adroitement guitares et lignes de claviers en un magma de plus en plus compact où sonnent des sirènes synthétiques dissonantes qui se calment avant le paroxysme pour laisser place à un pont mélodieux où la voix tutoie les aigus avec une puissance inattendue. Pont bissé avec déluge sonore cette seconde fois avant une accalmie finale où l&rsquo;on retrouve la rythmique minimale de l&rsquo;introduction. En à peine plus de trois minutes, une telle construction est du grand art. Les quatre musiciens ont manifestement écouté beaucoup de hip hop US, en confère cette rythmique à la fois insistante et chaloupée, dansante malgré elle pour habiller cette nouvelle réussite. La suite s&rsquo;annonce passionnante&#8230;</p>
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		<title>SOTW #207: Comment est ta peine ?, Benjamin Biolay</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Sep 2020 07:30:10 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[BENJAMIN BIOLAY]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un été est passé depuis le confinement, puis le déconfinement. Étrange été un peu corseté quoique bienfaisant, plus statique qu&#8217;à l&#8217;accoutumée, comme le prolongement en plus insouciant d&#8217;une période en tous points impensable. Et si je n&#8217;ai pas écrit sur la musique tout au long de cet été, j&#8217;en ai écouté. Énormément. Explorant des terres inconnues, me perdant dans des œuvres labyrinthiques, me replongeant avec volupté dans les eaux de rivages fréquentés pendant mon adolescence&#8230; En somme, je n&#8217;ai jamais [&#8230;]</p>
<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/rolandderudet/">Roland Dérudet</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un été est passé depuis le confinement, puis le déconfinement. Étrange été un peu corseté quoique bienfaisant, plus statique qu&rsquo;à l&rsquo;accoutumée, comme le prolongement en plus insouciant d&rsquo;une période en tous points impensable. Et si je n&rsquo;ai pas écrit sur la musique tout au long de cet été, j&rsquo;en ai écouté. Énormément. Explorant des terres inconnues, me perdant dans des œuvres labyrinthiques, me replongeant avec volupté dans les eaux de rivages fréquentés pendant mon adolescence&#8230; En somme, je n&rsquo;ai jamais eu les oreilles autant ouvertes que lorsque ma liberté d&rsquo;aller et venir a été entravée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Grand Prix</em> », le nouvel album de <strong>Benjamin Biolay</strong> aura été l&rsquo;une des divines surprises en cette année de merde. Je ne portais jusqu&rsquo;alors qu&rsquo;un intérêt poli à l’œuvre musicale du plus célèbre des Caladois (pour les non-initiés, un natif de Villefranche-sur-Saône), ayant été titillé par quelques unes de ses chansons aux arrangements savants et soignés. De là à écouter un album en entier, il y avait un monde. Avec ce « <em>Grand Prix</em> » passionnant du départ au finish, Biolay a voulu faire simple en s&rsquo;entourant d&rsquo;une équipe réduite et en accentuant franchement la composante pop-rock anglophile de son style, ce qui vous vous en douterez n&rsquo;est pas pour me déplaire. Ce neuvième album (après le diptyque argentin « <em>Palermo Hollywood</em> » et « <em>Volver</em> » ) a été co-réalisé avec Pierre Jaconelli, son guitariste depuis ses débuts. Ensemble, ils se sont adjoints les services du batteur d&rsquo;Etienne Daho Philippe Entressangle et du claviers danois qui avait accompagné la tournée « <em>Songbook</em> » que Biolay avait faite avec son pote Melvil Poupaud, Johan Dalgaard. Bien sûr, l&rsquo;arrangeur surdoué qu&rsquo;est Biolay a aussi écrit de magnifiques arrangements de cordes et de cuivres qui n&rsquo;auraient pas déparé un album des Last Shadow Puppets&#8230; Et si Biolay raconte à qui veut l&rsquo;entendre qu&rsquo;il a été très inspiré par les crooners rock, Alex Turner en tête, ça se vérifie dans la couleur musicale retenue ici. Un registre crooner collant parfaitement à des paroles qui déclinent, pour la plupart, les bonheurs et surtout les tourments générés par les relations sentimentales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Benjamin Biolay abat un poker d&rsquo;as avec les quatre chansons qui ouvrent « <em>Grand Prix</em> » , avec en entame « <strong>Comment est ta peine ?</strong> » , tube d&rsquo;une insolente évidence. Avec cette mélodie qui nous semble immédiatement familière, cette brillance pop qui fait qu&rsquo;on la gardera au fond de sa tête pour toujours, ce pur ostinato qui évidemment se pare de cordes somptueuses en avançant, ce tempo dansant qui rend l&rsquo;entreprise irrésistible. Elle l&rsquo;est pour moi et je me suis rendu compte qu&rsquo;elle l&rsquo;est aussi pour beaucoup. Pur objet pop, « Comment est ta peine ? » parle pourtant de la vie d&rsquo;un homme après une séparation et l&rsquo;on sait que l&rsquo;histoire est bel et bien terminée. « Visage pâle », la poppissime seconde chanson est tout aussi réussie avec son gimmick de synthé à la « Week-end à Rome ». « Idéogrammes » est la grande chanson rock de l&rsquo;album, avec ses guitares saignantes et ses cordes enflammées, l&rsquo;influence d&rsquo;Alex Turner y est manifeste et joliment déclinée. Quant à « Comme une voiture volée », pertinente réflexion sur le vieillissement, elle présente un parfait mélange entre beat disco et guitares new-wave à l&rsquo;anglaise. Un franche réussite. Le reste de l&rsquo;album est aussi solide, assez pauvre en ballades (genre qui a hissé Biolay à la place où il était jusqu&rsquo;ici. « La route tourne » et le morceau titre en sont de très bonnes) et propose de belles surprises, comme le très brésilien « Interlagos (Saudade) », bossa nova qui clôt l&rsquo;album. A quarante-huit ans, l&rsquo;auteur-compositeur-arrangeur réussit la course parfaite et semble au sommet de son art, ne passons pas à coté&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;ai eu le temps d&rsquo;explorer l&rsquo;intégralité de la discographie de Benjamin Biolay et ai réévalué certains albums précédents à l&rsquo;aune de cet excellent « <em>Grand Prix</em> ». L&rsquo;album qui en est le plus proche est sans aucun doute « <em>Trash Yéyé</em> », sorti en 2007, album plus rock et sobre que les autres et dont « <em>Grand Prix</em> » est la suite logique. Écoutez donc « Qu&rsquo;est-ce que ça peut faire ? », autre titre sous forme de question aux atours indie pop, tube potentiel qui n&rsquo;avait pas atteint sa cible à l&rsquo;époque. Que justice lui soit rendue !</p>



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		<title>SOTW #203 : Animaux, Perez</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2020 07:30:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Animal solitaire et nyctalope que Julien Perez… Et artiste bien singulier car avec son nouvel album « SUREX », PEREZ s’éloigne avec hardiesse de la pop, pourtant chez lui pas si calibrée que cela pour dessiner des paysages électroniques inédits. Je vous avais présenté le jeune homme avec « Le dernier tube de l’été », méditation électro issue de « Cavernes » , son excellent second album qui fit date en célébrant les noces de la chanson française et de la techno minimale à la berlinoise [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Animal solitaire et nyctalope que Julien Perez… Et artiste bien singulier car avec son nouvel album « <em>SUREX</em> », <strong>PEREZ</strong> s’éloigne avec hardiesse de la pop, pourtant chez lui pas si calibrée que cela pour dessiner des paysages électroniques inédits. Je vous avais présenté le jeune homme avec « Le dernier tube de l’été », méditation électro issue de « <em>Cavernes</em> » , son excellent second album qui fit date en célébrant les noces de la chanson française et de la techno minimale à la berlinoise (<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-149-le-dernier-tube-de-lete-perez/">SOTW #149</a>). </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ce troisième album, Julien Perez a de nouveau fait équipe avec son acolyte bordelais installé à Berlin, le DJ et producteur electro Strip Steve qui l’a co-réalisé et co-arrangé. Toutefois, la paire n’a pas réitéré le climat «&nbsp;Liaisons dangereuses au Berghain&nbsp;» que diffusait «&nbsp;<em>Cavernes</em>&nbsp;» pour inventer un monde de rêve éveillé ou de conscience somnambule, l’électro dure ou minimale revêtant ici des atours plus pop et plus ludiques, sans pour autant revenir à l’electro-pop à la française de belle facture qui caractérisait son premier effort discographique de 2015, «&nbsp;<em>Saltos&nbsp;»</em>. Les histoires très écrites et bien mises en scène des deux premiers albums laissent place à de saillants fragments poétiques, parfois dadaïstes et absurdes. Et le sens plus éclaté des chansons permet à PEREZ de tenter d’autres mélodies vocales, de délaisser à l’envi son timbre grave, de jouer comme jamais avec sa tessiture, osant des aigus saisissants, utilisant sa voix comme une percussion («&nbsp;Allongé sur la plage&nbsp;»), osant la tordre avec des effets («&nbsp;El sueño&nbsp;»). Comme s’il s’était libéré de toute contrainte pour créer, et l’écoute de résultats nécessite pour l’auditeur un certain lâcher-prise pour pouvoir apprécier à leur juste valeur ces flashes aussi mélodiques qu’expérimentaux, cette pop qui n’utilise aucun des artifices qui la caractérisent habituellement. Celui qui est passé avant son aventure en solo par la musique à l’éthique bien balisée qu’est l’indie pop au sein de son groupe Adam Kesher a définitivement pris le maquis, se moquant de passer en un instant du mainstream au pointu et inversement. Et se laisse aller à honorer toutes ses influences, de la bossa nova à la techno minimale en passant par la musique répétitive, le hip hop ou la trap (ici déclinée dans l’étrange et très accrocheuse «&nbsp;Ticket&nbsp;»).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’habillage est aussi singulier, « <em>SUREX</em> », pour surexposition, surexcitation, mais nom qui sonne aussi comme celui d’une drogue de synthèse ou d’un narcoleptique. L’image de PEREZ sur la pochette est un avatar 3D de lui-même aux yeux exorbités, comme saisi par une sensation surpuissante (un cauchemar ?) colle parfaitement à la pop déconstruite et onirique déclinée ici. « <strong>Animaux</strong> », première des treize étranges chansons composant « <em>SUREX</em> » est sans doute la plus évidemment pop tout en étant très audacieuse. On peut douter que les radios s’en emparent, mais quiconque a l’oreille happée par elle ne la lâchera pas de sitôt. Sur une électro douce, planante et dansante à la fois, PEREZ enchaîne brefs couplets et refrain qui brille au milieu de la noirceur, en un un joli condensé techno variété parfaitement pertinent. La chanson parle en bribes de condition humaine et Julien Perez semble en résonance avec la crise actuelle de l’humanité, même si bien entendu il avait écrit ce texte bien avant que celle-ci ne nous tombe dessus… « <em>Et je suis en quête / Je prie avec les bêtes / Ainsi va la vie rapide et inquiète / S’il n’y a pas d’avenir, fais danser les squelettes / On sera tous égaux à la fin de la fête »… </em>Le clip futuriste, parfaitement idoine,  pourrait être un extrait d’un épisode de « <em>Black Mirror</em> ». Julien Perez a, c’est évident, une vie intérieure très riche et son intensité colle parfaitement à nos humeurs du moment.</p>
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		<title>SOTW #197 : Ah bah d&#8217;accord, Juniore</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Feb 2020 08:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[FRANCE]]></category>
		<category><![CDATA[ROCK]]></category>
		<category><![CDATA[SURF]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un matin, dans le couloir menant à mon bureau au lycée, je sifflotais sans y penser l’obsédant motif de guitare introduisant « Ah Bah D’accord » de Juniore, et quelle ne fut pas ma surprise d’entendre deux garçons de terminale qui marchaient devant moi reprendre ce gimmick en choeur… Et moi qui pensais qu’ils n’écoutaient que du rap français, du reggaetón ou des beauferies des années quatre-vingt ! Parce que le moins qu’on puisse dire, c’est que le style de cette pétulante [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un matin, dans le couloir menant à mon bureau au lycée, je sifflotais sans y penser l’obsédant motif de guitare introduisant « <strong>Ah Bah D’accord</strong> » de <strong>Juniore</strong>, et quelle ne fut pas ma surprise d’entendre deux garçons de terminale qui marchaient devant moi reprendre ce gimmick en choeur… Et moi qui pensais qu’ils n’écoutaient que du rap français, du reggaetón ou des beauferies des années quatre-vingt ! Parce que le moins qu’on puisse dire, c’est que le style de cette pétulante bombinette se situe aux antipodes de la « musique de jeunes » , d’aujourd’hui tout au moins… Pour ma part, je suis tombé dessus, une fois de plus, grâce à la playlist de grève de France Inter. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui est donc derrière cette chanson mordante et acidulée entre surf music, nouvelle vague yéyé et cavalcade rock, sans parler de cette voix à la diction boudeuse voire pince-sans-rire, évoquant la Françoise Hardy des débuts ou l’égérie pop franco-tunisienne de la fin des sixties Jacqueline Taïeb ? Juniore est le groupe d’Anna Jean, fille du prix Nobel de littérature Jean-Marie le Clézio. Elle a fantasmé une France idéale, aux couleurs forcément sixties lors de son enfance et pré-adolescence passées dans les immensités désertiques du Nouveau-Mexique, où son père était enseignant. Revenue au pays (à Nice, puis à Paris), elle se met à la guitare et à l’écriture et passe par plusieurs groupes de différents styles, de la folk à l’electronica toujours en compagnie de son partenaire musical Samy Osta (qu’on verra à la console derrière la Femme et Feu! Chatterton). Les chansons dans l’esprit sixties qui lui viennent naturellement, elle pensait les fourguer à d’autres mais Samy Osta la convainc de les interpréter elle-même, bâtissant pour cela une ambiance girl group (elle s’entoure alors d’une batteuse et d’une organiste) et ainsi naquit Juniore. Avec un son un peu vintage (giclées d’orgue, guitares twang, jerks lysergiques) mais pas passéiste, des climats cinématographiques façon nouvelle vague ou dignes d’un film de Tarantino, des textes toujours en français mélancoliques sur des mélodies joyeuses, Juniore cartonne en 2017 avec un premier album « <em>Ouh La La</em> » (avec le single « Panique ») en particulier outre-Manche où leur côté intrinsèquement français plaît beaucoup. Alex Turner, en révélant les chansons qui ont accompagné Arctic Monkeys au moment de la création de leur dernier album, a cité « Sur la plage », lent morceau groovy à l’ambiance « Melody Nelson », mini-tube en Angleterre qui a permis à Juniore d’assurer la première partie de la tournée de Miles Kane. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Trois ans plus tard, Juniore devenu un duo (Anna Jean et la batteuse Swanny Elzingre, plus un fantôme à la basse qui n’est autre que le producteur Samy Osta) est sur le point de sortir un second album « <em>Un, deux, trois</em> » et a envoyé deux titres en éclaireurs, un double face A comprenant le slow nerveux « Solitaire » et le jerk remuant « Ah Bah d’accord ». Terriblement accrocheuse grâce à cet imparable gimmick de guitare, cet orgue acide et ces percussions endiablées sur lesquels la voix impassible tranche, cette chanson rappelle ce qu’on pu faire les Limiñanas à leurs débuts, une étourdissante surf music très américaine dans la forme et très française dans l’intention aux textes scandés par des voix féminines ironiques. Anna Jean décrit ici de façon aussi économe que documentée le flash amoureux comme un affolement cardiaque, provoquant arythmie et débordements systoliques. Une histoire de coeur, au fond (et je sais de quoi je parle). Les clips présentent le groupe en arrière-fond et mettent en scène une très jeune femme incarnant Juniore et ses comportements un peu borderline, comme ici à la roller disco, un contrepoint particulièrement bien vu pour cette chanson intrigante. Si les Anglais en raffolent, pourquoi pas nous ?</p>



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		<title>Liberté, Egalité, Phoenix.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Oct 2019 08:30:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un beau livre somme des vingt ans de carrière de Phoenix, le groupe français le plus bankable à l’international, vient de sortir. Un livre avec nombre de photographies pour la plupart inédites ou rarement vues, avec un rédactionnel très approfondi sous forme d’interviews menées par la journaliste anglaise Laura Snipes (rédactrice en chef adjointe musique du prestigieux quotidien The Guardian) des quatre intéressés (Thomas Mars, Deck D’Arcy, Christian Mazzalaï et Laurent Brancowitz), de témoins familiaux, amicaux (les parents des musiciens, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un beau livre somme des vingt ans de carrière de Phoenix, le groupe français le plus <em>bankable</em> à l’international, vient de sortir. Un livre avec nombre de photographies pour la plupart inédites ou rarement vues, avec un rédactionnel très approfondi sous forme d’interviews menées par la journaliste anglaise Laura Snipes (rédactrice en chef adjointe musique du prestigieux quotidien <em>The Guardian</em>) des quatre intéressés (Thomas Mars, Deck D’Arcy, Christian Mazzalaï et Laurent Brancowitz), de témoins familiaux, amicaux (les parents des musiciens, Sofia et Roman Coppola), de compagnons de route et de collaborateurs (Pedro Winter, Sébastien Tellier ou encore le regretté Philippe Zdar, à qui l’ouvrage est dédié). Le tout rythmé par les six albums du groupe (sans compter le chapitre liminaire qui narre les débuts du groupe et un épilogue).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est évident, à la lecture de cet ouvrage, que Phoenix raconte une histoire éminemment française. Celle d’un gang d’amis de l’ouest parisien qui ne cadrait vraiment pas dans l’ambiance si conservatrice et coincée d’un lycée versaillais, de leur amour immodéré pour la musique, surtout anglo-saxonne, de débuts maladroits en concert pour une fête de la musique, d’une vie en commun dans un appartement parisien à l’allure de squat, d’une collision temporelle avec tous les grands de la dite French Touch (Daft Punk en tête) avant d’accompagner Air comme musiciens, quoiqu’inexpérimentés, de leur tournée, tout cela avant même d’avoir sorti le moindre disque. Très vite, avec « United », Phoenix est devenu un groupe important dans le monde entier, sans doute plus vite aux Etats-Unis qu’en France (où il faudra attendre le méga-succès « Wolfgang Amadeus Phoenix » en 2009 pour que le groupe rencontre enfin chez lui la reconnaissance qu’il méritait).</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2019/10/Phoenix_cover_sm.jpg" alt="" class="wp-image-6226" width="307" height="389" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2019/10/Phoenix_cover_sm.jpg 444w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2019/10/Phoenix_cover_sm-237x300.jpg 237w" sizes="(max-width: 307px) 100vw, 307px" /></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Liberté, Egalité, Phoenix&nbsp;» est un objet glamour, avec des illustrations plus qu’élégantes, des photos fabuleuses pour qui est fan du groupe, lequel se repaîtra avec bonheur de reproductions de textes griffonnés, de <em>setlists</em>, de&nbsp;<em>schedule lists </em>de tournée, de photos de leurs pédales d’effets et de leurs synthés vintage. N’importe quel aficionado du groupe se jettera sur «&nbsp;Liberté, Egalité, Phoenix&nbsp;», tant la somme d’archives est éloquente et tant les membres du groupe (et dans une moindre mesure leur entourage) se sont livrés sans filet au jeu de la rétrospective de leur imposante carrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut cependant regretter une chose, c’est que «&nbsp;Liberté, Egalité, Phoenix&nbsp;» n’aura en français que son titre, car la chose n’a malheureusement pas été traduite, ce qui aliénera forcément bien des lecteurs peu à l’aise, voire pas du tout, avec l’anglais. Espérons que cet oubli fâcheux sera bien vite réparé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(<a href="https://www.rizzoliusa.com/buy-online/9780847864836">Rizzoli Publications International</a>)</p>



<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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