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		<title>SOTW #245: Berghain, ROSALÍA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 09:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le quatrième étage de la fusée Rosalía s&#8217;est décroché et a atteint son but, dans le mille, dans le cœur, les oreilles et le cerveau des Terriens. J&#8217;ai donc dû reposer mes doigts sur le clavier pour célébrer cet événement majeur avec une nouvelle Song Of The Week&#160;! Après s&#8217;être fait découvrir comme espoir d&#8217;un flamenco métissé à de la folk avec «&#160;Los Ángeles&#160;» en 2017 (étage 1), confirmer comme espoir vibrant de la pop internationale en mêlant ce flamenco [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le quatrième étage de la fusée <strong>Rosalía</strong> s&rsquo;est décroché et a atteint son but, dans le mille, dans le cœur, les oreilles et le cerveau des Terriens. J&rsquo;ai donc dû reposer mes doigts sur le clavier pour célébrer cet événement majeur avec une nouvelle Song Of The Week&nbsp;! Après s&rsquo;être fait découvrir comme espoir d&rsquo;un flamenco métissé à de la folk avec «&nbsp;Los Ángeles&nbsp;» en 2017 (étage 1), confirmer comme espoir vibrant de la pop internationale en mêlant ce flamenco à du R n&rsquo;B, servi avec une production très à la pointe, le tout en adaptant un roman occitan du XIIIe siècle, «&nbsp;El Mal Querer&nbsp;» en 2018 (étage 2), consacrer comme créatrice incontournable, véritable boussole pop en investissant et faisant sienne la musique latine dans ce qu&rsquo;elle a de plus moderne avec «&nbsp;MOTOMAMI&nbsp;» en 2022 (étage 3), Rosalía Vila Tobella devient tout bonnement intouchable avec un disque qu&rsquo;on peut légitimement qualifier de sacré, le bien nommé «&nbsp;LUX&nbsp;» pour lequel elle s&rsquo;entourée d&rsquo;un orchestre symphonique (celui de Londres, dirigé par le chef d&rsquo;orchestre islandais Daníel Bjarnason) et de sons électroniques ultra-pointus et a mis son extraordinaire voix très devant, dans tous ses états. Rosalía est devenue la référence absolue de la pop contemporaine, celle qui se permet d&rsquo;être expérimentale, ouverte vers toutes les cultures, adressée à tous. L&rsquo;anti-Taylor Swift en quelque sorte, ce parangon d&rsquo;une pop américaine dont l&rsquo;ambition est de soumettre tous les publics du monde grâce à une musique ultra-calibrée, apparemment fédéraliste et finalement très colonialiste, esthétiquement comme culturellement. Le fait que les écoutes et les ventes de Rosalía talonnent, voire dépassent dans certains pays celles de Taylor Swift est à ce titre très rassurant.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui n&rsquo;a pas frémi en découvrant <strong><em>Berghain</em></strong>. le premier missile envoyé vers nous, pauvres mortels. Pensez-donc ! Avec cette ouverture frénétique de violons qu&rsquo;on croirait tirée de « L&rsquo;Hiver » de Vivaldi, puis l&rsquo;entrée de ce choeur d&rsquo;opéra allemand s&rsquo;effaçant pour laisser place à la voix de soprano de Rosalía en mode lyrique, en allemand une nouvelle fois, on n&rsquo;est vraiment pas en terrain connu. Suit un couplet en espagnol cette fois-ci, puis l&rsquo;apparition en mode intervention divine de Björk, référence évidente, <em>role model</em> absolu pour l&rsquo;artiste catalane, avant un final sidérant mettant en scène l&rsquo;artiste avant-garde américain Yves Tumor qui clame une phrase tirée d&rsquo;un délire de Mike Tyson « <em>I&rsquo;ll fuck you till you love me</em> » sur des beats électro impitoyables. Il est d’ailleurs aisé d’imaginer une rythmique techno sur ce morceau, et je suis persuadé qu’elle en entendait les beats dans sa tête en composant <em>Berghain</em> mais elle a eu l’intelligence et la retenue de ne pas les enregistrer. En moins de trois minutes, l&rsquo;univers complètement inédit créé par Rosalía souffle tout auditeur. On se demande ce que ce truc peut bien être et après trois écoutes, cette construction pour le moins baroque s&rsquo;impose comme quelque chose de vital, d&rsquo;incroyablement accrocheur, en trois mots de la pop. Rosalía clame à qui veut l&rsquo;entendre que « LUX » est un album de pop, et nous rappelle que contrairement au rock, la pop est une musique vouée à être aventureuse, à tout oser. Et si elle n&rsquo;a pas cette fois-ci décliné une pop chargée de dopamine comme dans « MOTOMAMI » (voir à ce titre la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-239-saoko-rosalia/">SOTW #239</a>, <em>SAOKO</em>), elle a pourtant su créer une musique empreinte de spiritualité, exigeante, risquée, sur le papier parfaitement anti-commerciale et pourtant si universelle et si accrocheuse. A 33 ans, Rosalía s’est tout simplement imposée comme une musicienne, une compositrice et une interprète faisant partie de l&rsquo;Olympe de la pop, au même titre que des figures tutélaires comme Björk ou David Bowie. Pas moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le clip, on s&rsquo;en serait douté, est à la hauteur. Réalisé par Nicolàs Méndez du collectif barcelonais Canada (qui a dirigé et esthétisé la plupart des clips de Rosalía tels ceux de <em>Malamente</em> ou de <em>Pienso en tu mirá </em>(<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-170-pienso-en-tu-mira-rosalia/">SOTW #170</a>), il colle à la rétine du spectateur autant que la chanson pénètre le cerveau de l&rsquo;auditeur. En quelques scènes choc où Rosalía s&rsquo;acquitte de tâches domestiques (repasser, aller passer des examens médicaux, se déplacer dans la rue&#8230;) flanquée d&rsquo;un groupe de musiciens classiques qui ne la lâche pas d&rsquo;une semelle, le réalisateur parvient à installant une ambiance surréaliste et oppressante bourrée de multiples références à la peinture renaissance, à Walt Disney ou à l&rsquo;artiste contemporaine Pilar Albarracín, le tout fourmillant d&rsquo;allégories religieuses. Il illustre le propos opaque de <em>Berghain</em>, titre du nom du mythique et labyrinthique club berlinois, au texte polyglotte évoquant une emprise existentielle et amoureuse (d&rsquo;un dieu, d&rsquo;un amant, on ne se prononcera pas). Du grand art.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;LUX&nbsp;» est un album qu&rsquo;il faut écouter de A à Z, dans l&rsquo;ordre, à l&rsquo;ancienne mais aussi comme un opéra. Et l&rsquo;écoute complète en révèle le sens. En isoler un extrait s&rsquo;avère tâche difficile même si <em>Berghain</em> et le mutin <em>La Perla</em> (règlement de compte sous forme de valse mexicaine avec classe et humour avec son ex, dont la rupture d&rsquo;avec icelui semble avoir été un moment difficile pour Rosalía) sont sortis en singles qui rencontrent un immense succès. Le début de l&rsquo;album est l&rsquo;un des plus costauds qui nous ait été soumis depuis longtemps&#8230; En quatre morceaux invraisemblables, Rosalía décline une vision progressiste unique de la pop qui fera école, forcément. <em>Sexo, Violencia y Llantas</em>, <em>Reliquia</em>, <em>Divinize</em> et <em>Porcelana</em> sont quatre tours de force enchaînés sans temps mort. Si <em>Reliquia</em> (autre single potentiel) compte parmi ses créateurs l&rsquo;ex-Daft Punk Guy-Manuel de Homem-Cristo, cette chanson foisonnante se rapproche du <em>Jóga</em>&nbsp;de Björk (extrait de son immarcescible chef d&rsquo;oeuvre «&nbsp;Homogenic&nbsp;» sorti en 1998 et qui mêlait lui aussi cordes et beats électroniques) en faisant tonner en fin de cette jolie ballade un renversant orage de percussions électroniques aussi inattendu que libérateur. On peut aussi citer la bouleversante&nbsp;<em>Memoria</em>&nbsp;où la Catalane s&rsquo;aventure en portugais dans le fado avec Carminho, figure du renouveau du genre lisboète. Enfin, je vous conseillerai d&rsquo;acquérir une version physique de l&rsquo;album, LP ou CD, car on y trouvera trois chansons qui ne sont pas disponibles sur la version streamée, toutes de très haute tenue, dont ce <em>Jeanne</em>&nbsp;composé en français (avec l&rsquo;aide de Charlotte Gainsbourg pour le texte). Avant une tournée qui promet d&rsquo;être sensationnelle et qui démarrera le 16 mars 2026 à Lyon, après cet album définitif, on peut se demander où se dirigera Rosalía en étant très confiant, l&rsquo;aventure en sa compagnie étant, dans la durée, aussi incroyable que passionnante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>SOTW #239 : SAOKO, ROSALÍA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Mar 2022 08:24:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est fascinant d’assister en direct au couronnement d’une pop star globale, de celles qui bougent tellement les lignes qu’elles en sont essentielles, faisant preuve d’une audace musicale et esthétique totale, tout en s’inscrivant dans un Zeitgeist leur permettant d’être accessibles par tous. La nouvelle Madonna, car c’est dans cette division qu’elle évolue, a grandi dans la banlieue industrielle de Barcelone, à Sant Esteve Sesrovires très exactement, son père est Asturien, sa mère Catalane. Elle s’exprime en catalan et en [&#8230;]</p>
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]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">Il est fascinant d’assister en direct au couronnement d’une pop star globale, de celles qui bougent tellement les lignes qu’elles en sont essentielles, faisant preuve d’une audace musicale et esthétique totale, tout en s’inscrivant dans un Zeitgeist leur permettant d’être accessibles par tous. La nouvelle Madonna, car c’est dans cette division qu’elle évolue, a grandi dans la banlieue industrielle de Barcelone, à Sant Esteve Sesrovires très exactement, son père est Asturien, sa mère Catalane. Elle s’exprime en catalan et en espagnol et est responsable du tube mondial <em>Malamente</em>, trait d’union inédit entre le flamenco le plus pur et la club music la plus <em>hype</em>. Rosalía Vila Tobella, la <strong>Rosalía</strong> comme on l’appelle en Catalogne vient de sortir un troisième album «&nbsp;<em>MOTOMAMI</em>&nbsp;» complètement ébouriffant, disruptif comme dirait l’autre, très versatile mais parfaitement cohérent, moderne et déconcertant. Et, j’insiste, pourtant étrangement <em>mainstream</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous en étions restés à l’album sorti en 2018 «&nbsp;<em>El Mal Querer</em>&nbsp;» (<em>Pienso En Tu Mir</em>á est la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-170-pienso-en-tu-mira-rosalia/">SOTW #170</a>), où figurait le tube <em>Malamente</em>. Premier succès majeur de celle qui adolescente découvrit le flamenco sur les autoradios de ses amis (elle connut une épiphanie en entendant sur un parking Camarón de la Isla) et s’inscrivit dans une école de musique barcelonaise (le progressiste Taller de Músics) pour en maîtriser la technique et acquérir le <em>duende</em>, ce don qui transfigure les interprétations des <em>cantaores</em>. Avec «&nbsp;<em>El Mal Querer</em>&nbsp;», Rosalía se place, et c’est une première, comme l’artiste espagnole la plus connue dans le monde latino, malgré le côté très conceptuel de l’album et certaines chansons franchement expérimentales (et tout autant remarquables…). Elle s’est ingéniée pendant les trois années qui ont suivi «&nbsp;<em>El Mal</em> <em>Querer</em>&nbsp;» à semer des chansons, collaborations et singles qui ont réussi à l’installer dans la première division de la pop mondiale, et non plus seulement latino. Elle enchaîne donc <em>Con Altura</em>, duo avec la star colombienne du reguetón (ou reggaeton, mais je préfère utiliser l’orthographe espagnole) J. Balvin et <em>Barefoot In The Park</em> avec James Blake. Revient au flamenco pur avec le déchirant <em>Juro Que</em>, tâte de la pop à guitare avec <em>Dolerme</em>, revisite la rumba catalana en chantant dans sa langue maternelle<em> Milionària</em>, se permet le luxe de faire chanter Billie Eilish en anglais pour la B.O. de la série «&nbsp;<em>Euphoria</em>&nbsp;» (<em>Lo Vas a Olvidar</em>), impressionne lors de la remise des Goyas (équivalent des Césars en Espagne) en interprétant de façon bouleversante le standard de flamenco pop <em>Me Quedo Contigo</em>&nbsp;avec un chœur lyrique. Enfin elle réalise le fantasme de toute femme espagnole, apparaître à l’écran (et en chantant) dans le «&nbsp;<em>Douleur et Gloire</em>&nbsp;» d’Almodóvar… Le chemin est donc pavé pour la sortie en fanfare de «&nbsp;<em>MOTOMAMI</em>&nbsp;», troisième album qui la placera, c’est certain, au firmament de la chose pop, la première star totale de la décennie. Et la dernière pièce à l’édifice aura été sa participation au prestigieux show TV américain «&nbsp;Saturday Night Live&nbsp;», où elle chante <em>CHICKEN TERIYAKI</em> et <em>LA FAMA</em>, deux titres du futur album sortis en single et imposera son style ébouriffant. Car évidemment, le style de Rosalía est essentiel… Passée en six ans de la robe flamenca à une variation luxueuse du look «&nbsp;choni&nbsp;» (look de cagole espagnole, avec créoles énormes et streetwear de designer) pour aujourd’hui porter de la couture aventureuse, classe et sexy dans laquelle elle resplendit de fraicheur. Féministe convaincue, représentante de la femme forte, posant nue et casquée sur la pochette telle une Vénus de Botticelli du futur, Rosalía sait qu’une image forte vaut mieux qu’un long discours et le prouve à longueur de clips, toujours remarquables. La Motomami, c’est elle et elle a du chien à revendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce troisième album n’est pas un disque de flamenco, en tous cas pas littéralement. Rosalía prouve avec ces seize morceaux l’étendue du spectre musical qui l’intéresse, faisant de passionnants aller-retour entre futurisme et tradition. Le vrai flamenco n’apparaît que dans l’imposant <em>BULERÍAS</em>, mystère intégralement percussif avec chœurs masculins où elle décline sa philosophie créatrice et rend hommage à celles qui l’inspirent, citant Lil’ Kim ou M.I.A, et dans une moindre mesure dans le solennel morceau final, comme en live et quasiment a cappella <em>SAKURA</em>, où l’on prend en pleine face l’incroyable émotion procurée par sa voix. Les morceaux dansants (les «&nbsp;bangers&nbsp;»), série initiée par <em>Malamente</em> puis par son chapelet de singles collaboratifs trafiquent avec malice le reguetón, comme ces <em>CHICKEN TERIYAKI</em> ou <em>BIZCOCHITO</em>, qui devraient inspirer bien des chorés sur TikTok, et bien sûr ce <em><strong>SAOKO</strong></em> qui nous intéresse ici. On se doutera que ce que fait Rosalía du reguetón n’a rien à voir avec <em>Despacito</em>, mais qui d’autre aurait imaginé commencer une chanson de ce genre avec un shuffle de batterie free jazz, sur lequel on entend ce «&nbsp;<em>Chica, que dices</em>&nbsp;» (meuf, qu’est-ce que tu racontes&nbsp;?) liminaire qui annonce la couleur&nbsp;: vous allez être sacrément surpris. Par le son, par le style, par la langue. Et si elle cite un succès reguetón de 2004 (<em>Saoco</em>, de et par les rappeurs cubains Wisin et Daddy Yankee, le gimmick «&nbsp;<em>Saoko, papi, Saoko</em>&nbsp;» trafiqué à l’autotune revenant comme mur porteur de la chanson), elle s’en approprie le style bagarreur pour en faire quelque chose d’intrinsèquement personnel, mieux, une déclaration d’intentions.&nbsp;Elle rappe avec véhémence «&nbsp;<em>Eh soy muy mia, yo me transformo, Una mariposa, yo me transformo, Make-up de drag queen, yo me transformo, Lluvia de estrella’, yo me transformo, Pasa’ de vuelta’, yo me transformo, Como Sex Siren, yo me transformo, Me contradigo, yo me transformo, Soy todas las cosas, yo me transformo</em>&nbsp;» (eh, je suis vraiment moi-même, moi je me transforme, un papillon, moi je me transforme, make-up de drag queen, moi je me transforme, pluie d’étoiles, moi je me transforme, je vais et je viens, moi je me transforme, comme Sex Siren, moi je me transforme, je me contredis, moi je me transforme, je suis toutes les choses, moi je me transforme). Surtout ne pas reprocher à la jeune femme d’être toujours en mouvement, de faire siens tous les styles qu’elle approche, les gardiens du temple flamenco, ceux qui lui reprochaient de ne pas être authentique car ni Gitane ni Andalouse, comme ceux des genres plus «&nbsp;latinos&nbsp;» en prendront pour leur grade, c’est elle, bien sûr, qui est dans le vrai. Que dire alors de ce break free jazz, fracas de piano et de batterie qui déséquilibre <em>SAOKO </em>pendant quelques mesures sans pour autant nuire à l’incroyable efficacité de la chanson, et qui ne videra pas la piste de danse. La scansion rythmique, purement reguetón, est associée à une basse techno vraiment fat qui ouvre d’autres horizons. Aussi minimaliste que diaboliquement accrocheur… Le clip pétaradant met en scènes des pétroleuses sexy à moto, s’inspirant du «&nbsp;<em>Boulevard de la Mort</em>&nbsp;» de Tarantino ou du <em>Bad Girls</em> de M.I.A. (encore elle…), en une ambiance girl power très souriante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>MOTOMAMI</em>&nbsp;» regorge de sons électroniques qu&rsquo;on pourrait rencontrer dans des disques de Björk, de M.I.A, de James Blake ou de Burial (samplé ici dans l’excellent mid-tempo <em>CANDY</em>). Les palmas du flamenco rejoignent la scansion denbow (version jamaïcaine musclée du reguetón) dans le tubesque <em>LA COMBI VERSACE</em>, qui accueille la rappeuse dominicaine Tokischa, Rosalía adapte la bachata de Saint-Domingue dans le single <em>LA FAMA</em>, duo popissime sur les effets pervers provoqués par le succès avec The Weeknd, lequel s’exécute (pas mal d&rsquo;ailleurs) en espagnol. Donne dans le pur R n’B avec la brève chanson titre. Elle s’empare aussi de la salsa cubaine avec sa reprise (très personnelle et formidable) de <em>DELIRIO DE GRANDEZA</em>, standard sixties de Justo Betancourt. Des ballades à fleur de peau au piano comme <em>HENTAI</em> où elle chante avec délicatesse et audace le plaisir féminin ou aux doux paysages électroniques telles <em>GENIS</em>, codé<em> G3N15</em>, où elle s’adresse à son neveu qu’elle n’a pas vu depuis deux ans, conséquence d’une vie qui s’est à la fois délocalisée et confinée, ponctuée par un message en catalan de sa grand-mère… chanson suintant le mal du pays et c’est extrêmement émouvant et <em>COMO UN G</em> créent un équilibre digne des très grands albums.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors certains seront peut-être excédés par les touches d’AutoTune, par les scansions reguetón tellement moins solennelles que celles du flamenco, mais vous l’aurez compris, Rosalía ne saurait se contenter de ce qu’elle a déjà accompli et souhaite aborder d’autres rivages en adéquation avec sa vie et ses coups de cœur, faisant fructifier comme personne un bagage érudit avec tant de vérité et d’audace que ce disque est pour moi la première vraie baffe esthétique de cette année 2022. Il n’est pas près de quitter ma platine (enfin, virtuellement, le vinyle ne sera disponible qu’en juillet), ni mes écouteurs. Madre mia quel voyage&nbsp;!</p>
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		<title>SOTW #221 : Comerte entera, C. Tangana (ft. Toquinho)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Apr 2021 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>S’échappant des enceintes reliées à la radio, une voix fragile et filtrée susurrant un air suavement mélancolique sur un languide tempo de bossa ont réussi à me transporter vers cette Espagne qui me manque tant depuis quand vous savez. Adepte que je suis de la culture de mon pays de cœur, je n’en goûte pourtant pas vraiment la musique, enfin, la musique rock et pop, surtout quand celle-ci adopte des teintes franchement « latines ». En revanche, j’en apprécie grandement le flamenco [&#8230;]</p>
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]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">S’échappant des enceintes reliées à la radio, une voix fragile et filtrée susurrant un air suavement mélancolique sur un languide tempo de bossa ont réussi à me transporter vers cette Espagne qui me manque tant depuis quand vous savez. Adepte que je suis de la culture de mon pays de cœur, je n’en goûte pourtant pas vraiment la musique, enfin, la musique rock et pop, surtout quand celle-ci adopte des teintes franchement « latines ». En revanche, j’en apprécie grandement le flamenco et les hybridations aventureuses réalisées par des artistes très novateurs comme Rosalía (voir <em>Pienso En Tu Mirá</em>, <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-170-pienso-en-tu-mira-rosalia/">SOTW #170</a>). Shazam ! L’interprète de la chanson qui m’a transporté vers d’autres rivages s’appelle <strong>C. Tangana</strong> et je n’en avais jamais entendu parler… Et son album « <em>El Madrileño</em> » casse la baraque en ce moment outre-Pyrénées et dans tous les pays hispanophones, dans l’indifférence jusqu’ici totale des voisins que nous sommes… Pourtant, le fait est qu’il y a une vie hors de la sphère pop anglo-saxonne et une chanson telle que <strong><em>Comerte Entera</em></strong> le prouve aisément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas vraiment un nouveau venu qu’Antón Álvarez, madrilène de trente ans qui a déjà eu plusieurs vies. D’abord comme rapper, sous le pseudonyme de Crema. Ce fan des Beastie Boys a été secoué par la première vague rap hispanique et des artistes comme La Mala Rodríguez et balance ses premiers freestyles dès 2005, avant de former le collectif Agorazein. En 2011, celui qu’on surnomme Pucho se rebaptise C. Tangana et rompt avec l’esthétique rap à l’américaine pour adopter un look influencé par l’esthétique gitane suburbaine, intrinsèque à l’Espagne et édite mixtapes et EPs tout en travaillant dans des sandwicheries ou des agences de téléphonie mobile… Il s’inspire alors des nouveaux sons générés par Pharrell Williams, Kanye West et surtout Drake, dont il utilise des instrumentaux. S’exprimant en espagnol,&nbsp;C. Tangana se rapproche inexorablement des musiques urbaines hispaniques. Il signe chez Sony et obtient un hit avec <em>Mala Mujer</em>, chanson de l’été 2017 et numéro un en Espagne et dans la plupart des pays d’Amérique Latine. Il multiplie alors les featurings et collaborations, et travaille comme auteur de textes d’ «&nbsp;<em>El Mal Querer</em>&nbsp;» , le formidable album aux multiples récompenses de sa compagne Rosalía.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est d’ailleurs la rupture d’Antón Álvarez avec celle-ci qui inspirera certaines chansons d’ «&nbsp;<em>El Madrileño&nbsp;» , </em>le nouvel album de C. Tangana sorti début 2021, comme <em>Tú Me Dejaste De Querer</em> (tu as cessé de m’aimer), vigoureuse chanson sous forme de mix audacieux de flamenco (avec les participations emblématiques de la chanteuse de nuevo flamenco la Húngara et le prodige de la guitarra flamenca El Niño de Elche), de rumba, de R n’B et de bachata, cette musique festive traditionnelle portoricaine très en vogue dans le monde latino. Carton intégral des deux côtés de l’Atlantique. C. Tangana s’attaque à toutes les formes de musiques du monde hispanique et décide de chanter toutes les chansons au lieu de rapper. Ainsi, les percussions et les cuivres d’une fanfare mexicaine de cortège funèbre ouvre l’étrange et très réussi <em>Demasiadas Mujeres</em>, l’énergique rumba catalane des Gipsy Kings (oui oui, les Camarguais responsables de <em>Bamboleo</em>…) résonne dans <em>Ingobernable</em>. <strong><em>Comerte Entera</em></strong> (te manger toute entière) qui nous intéresse ici, regarde pourtant du côté de Rio de Janeiro en conviant dans l&rsquo;aventure le guitariste brésilien Toquinho. Suave bossa nova où la voix tordue par l’AutoTune (au début seulement) raconte avec crudité la fascination du narrateur pour une passante, et elle n’est pas platonique. La mélodie douce et naïve du couplet rappelle celles que Philippe Katerine troussait à ses débuts quand il abordait la bossa. Le refrain arrive comme une rafale de beats secs ponctuée par le sample d’une autoritaire voix féminine brésilienne et ça frappe très fort, donnant l’envie irrépressible de se remuer dans tous les sens. L’énergie vient clairement du rap mais est transcendée de façon très personnelle. La finesse de la production (discrets sons d’orgue, travail sur les voix et les choeurs, trafiqués ou non, tablas indiens en guise de cajón) laisse une marque indélébile à cette chanson de torpeur estivale et sensuelle. Au même titre que son ex-compagne Rosalía, C. Tangana bouscule la musique latine traditionnelle avec grâce et modernité, sans perdre une once d’authenticité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quatorze titres brefs mais intenses, le Madrilène (qui affiche une allure de torero sur la peinture le représentant sur la pochette) empile les collaborations intergénérationnelles prestigieuses pour atteindre son but. Ainsi, on retrouve outre les artistes cités plus haut la star portoricaine José Feliciano (carton international dans les 60’s&nbsp; et 70’s avec ses reprises de tubes pop et son&nbsp;<em>Ché Sara</em>, repris en français par Mike Brant), le chanteur pop espagnol Kiko Veneno (certains sauront très bien de qui je parle…), le rocker argentin Andrés Calamaro ou le guitariste Cubain Eliades Ochoa, membre du Buena Vista Social Club. Tout cela pour atteindre une variété de styles ébouriffante en conservant une unité de ton indiscutable. M’est avis que je vais user ce disque les jours de blues, qui, Jupiter vient de l’annoncer, ne manqueront pas d&rsquo;advenir.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div><figcaption>Live acoustique studio et distanciel avec Toquinho</figcaption></figure>
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		<title>SOTW #170 : Pienso en tu mirá, Rosalía</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Dec 2018 10:00:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
		<category><![CDATA[ESPAGNE]]></category>
		<category><![CDATA[POP]]></category>
		<category><![CDATA[ROSALIA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est la première fois depuis que j&#8217;écris cette rubrique que je choisis de parler d&#8217;une chanson en espagnol&#8230; Pourtant ceux qui me connaissent savent l&#8217;amour que je porte à l&#8217;Espagne et à sa culture, fréquentant ce pays avec assiduité depuis l&#8217;enfance et maîtrisant sa langue avec aisance. Pourtant, la pop et le rock espagnols ne me plaisent guère. J&#8217;avais bien aimé la pop de la Movida, en gros celle des années quatre-vingt, avec des groupes assez pétillants comme Alaska, Loquillo [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la première fois depuis que j&rsquo;écris cette rubrique que je choisis de parler d&rsquo;une chanson en espagnol&#8230; Pourtant ceux qui me connaissent savent l&rsquo;amour que je porte à l&rsquo;Espagne et à sa culture, fréquentant ce pays avec assiduité depuis l&rsquo;enfance et maîtrisant sa langue avec aisance. Pourtant, la pop et le rock espagnols ne me plaisent guère. J&rsquo;avais bien aimé la pop de la Movida, en gros celle des années quatre-vingt, avec des groupes assez pétillants comme Alaska, Loquillo y Trogloditas ou encore el Último de la Fila, qui composaient la bande son de mes nombreuses sorties dans les trépidants « bares musicales » où l&rsquo;on dansait comme des fous (c&rsquo;était même encouragé&#8230;) Ensuite, la pop espagnole s&rsquo;est scindée en deux catégories, d&rsquo;un côté un classic rock totalement conservateur et déprimant, de l&rsquo;autre une pop très commerciale aux couleurs de plus en plus « latines » et a définitivement cessé de m&rsquo;intéresser. Je me suis rabattu sur les boleros et autres rancheras, chansons comme on en entend dans les B.O. des films d&rsquo;Almodóvar (chansons le plus souvent mexicaines&#8230;) et surtout sur le flamenco. Cette musique intemporelle, venue du fond des âges, apportée en Andalousie par les Gitans d&rsquo;Inde et d&rsquo;Afrique du Nord est une culture en soi, d&rsquo;une rare unicité et je me suis mis à écouter avec passion les oeuvres du guitariste Paco de Lucía, du grand « cantaor » Camarón de la Isla et plus récemment de Miguel Poveda, à goûter les ballets d&rsquo;Antonio Gades, de Sara Baras, ou d&rsquo;Israel Galván. Une soirée dans un « tablao » de qualité est pour moi un vrai plaisir sans que je sois un parfait connaisseur, ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas une nécessité absolue pour être vraiment touché par le flamenco.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle ne fut donc pas ma surprise en entendant au hasard d&rsquo;une émission sur France Inter une mélodie typiquement flamenca, chantée en espagnol par une très jolie voix féminine assez haut perchée, sur des boucles électroniques qu&rsquo;on jurerait venir d&rsquo;un tube R n&rsquo;B américain hyper contemporain agrémentées de « palmas » et de « zapateo », soit les percussions corporelles produites avec les claquements de mains et de talons, typiques de toute bulería ou de toute rumba, sous-genres au rythmes enlevés du flamenco. « <strong>Pienso en tu mirá</strong> » est une chanson du second album d&rsquo;une jeune artiste barcelonaise, <strong>Rosalía</strong>, laquelle est en train de littéralement enflammer toute la presse, spécialisée ou non, les ondes comme la toile. Il suffit de vérifier le nombre de vues de ses clips sur Youtube pour en être convaincu (27 millions en quatre mois pour celui-ci, une bagatelle&#8230;). Rosalía Vila Tobella, née en 1993 dans la grande banlieue de Barcelone a été fortement influencée par le flamenco traditionnel, via la danse puis le chant, assurant les premières parties de grands du genre comme Miguel Poveda (autre Catalan flamenco&#8230;) et en sortant un premier album en 2017, « Los Ángeles », dans le courant « nuevo flamenco », soit un flamenco qui ose l&rsquo;électrification et les emprunts jazz ou soul. Rien ne laissait toutefois présager un tel bond en avant que celui qu&rsquo;offre « El Mal Querer », second effort discographique qui s&rsquo;inspire des productions de pop contemporaine anglo-saxonne, de R n&rsquo;B&nbsp; et de hip-hop. Mieux, cet album conceptuel et expérimental traite d&rsquo;une relation amoureuse malheureuse inspiré par le roman occitan du XIIIe siècle « Flamenca » (on y revient&#8230;), où une jeune femme mal mariée à un seigneur tombe amoureuse d&rsquo;un chevalier. Ainsi, les onze morceaux de « El Mal Querer » sont les chapitres de l&rsquo;histoire. (« Pienso en tu mirá » (<em>je pense à ton regard</em>) est sous-titrée « Celos » (<em>jalousie</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette démarche brillamment post-moderne est à mettre au crédit d&rsquo;une artiste importante qui toutefois n&rsquo;a pas cédé aux sirènes internationales, elle a travaillé pour ce disque avec le musicien-producteur barcelonais d&rsquo;origine canarienne El Guincho. Et c&rsquo;est assez remarquable de constater qu&rsquo;ainsi, en chantant dans sa langue un texte inspiré par une tradition séculaire occitane, Rosalía casse la baraque partout où elle passe. Pedro Almodóvar la fera tourner dans son prochain film, les talk-shows américains se l&rsquo;arrachent, le public des quatre coins du monde suit. On peut prévoir à cette jeune femme un destin stellaire.&nbsp; D&rsquo;autant plus que son look mêlant swag R n&rsquo;B et mystère andalou ne laissera personne indifférent, look décliné avec brio dans les deux clips réalisés par le collectif de cinéastes barcelonais Canada (à qui l&rsquo;on doit les vidéos de « The Less I Know The Better » de Tame Impala et de « Up All Night » de Beck). Canada a, avec « Pienso en tu mirá » et le vif et impertinent « Malamente » édité deux clips parmi les tout meilleurs de l&rsquo;année.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Live chez Jools Holland (BBC) :</h4>



<figure class="wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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		<title>Le Cabo de Gata, dernier eden méditerranéen ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Feb 2016 10:49:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS DE VOYAGE]]></category>
		<category><![CDATA[CABO DE GATA]]></category>
		<category><![CDATA[COOL]]></category>
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		<category><![CDATA[VOYAGE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Imaginez des plages vierges de toute construction, de toute laide, odorante et bruyante cabane à frites, de débordants parkings goudronnés… Des villages côtiers où aucune rangée d’immeubles ne longe le front de mer… Un paysage lunaire comme au premier jour, d’une intense sauvagerie sous le soleil qui brille presque tous les jours, été comme hiver. Cela existe encore, et contre toute attente en Andalousie, sur la côte méditerranéenne. Et ce paradis s’appelle le parc naturel du Cabo de Gata-Níjar. A [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Imaginez des plages vierges de toute construction, de toute laide, odorante et bruyante cabane à frites, de débordants parkings goudronnés… Des villages côtiers où aucune rangée d’immeubles ne longe le front de mer… Un paysage lunaire comme au premier jour, d’une intense sauvagerie sous le soleil qui brille presque tous les jours, été comme hiver. Cela existe encore, et contre toute attente en Andalousie, sur la côte méditerranéenne. Et ce paradis s’appelle le parc naturel du Cabo de Gata-Níjar.</p>
<p style="text-align: justify;">A la pointe sud-est de la province d’Almería faisant face à l’Algérie baignée par la mer d’Alborán, arriver au Cabo de Gata se mérite. Soit on accepte un interminable voyage en voiture via l’autovia del Mediterráneo, soit on atterrit à Almería (pas simple en vol direct), soit à Málaga, halte très agréable soit dit en passant. De là, il faut prendre un bus jusqu’à Almería, traverser l’impressionnante et angoissante mer de plastique (car on passe à l’ouest d’Almería dans le « potager de l’Europe », ces serres qui s’étendent à perte de vue, jusqu’en bord de mer, et qui ont transformé la campagne aride en paysage désolé de couleur blanc sale. Ce cauchemar écologique et paysager nous fournit en tomates, concombres, poivrons et fraises toute l’année). Puis louer un véhicule, car il est impossible de séjourner au Cabo de Gata sans pouvoir se déplacer. Très heureusement, dès qu’on passe une pancarte indiquant l’entrée du parc, les serres disparaissent comme par enchantement.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois arrivé sur place, on est immédiatement captivé par un paysage rude et tourmenté, très montagneux et à la végétation rare (petits palmiers, agaves, figuiers de Barbarie et alfa… Et c’est à peu près tout). Les roches et les collines ont des formes étranges (on est dans un chaos volcanique), de petits hameaux tous blancs se logent ça et là, comme les cortijos (fermes) isolés. Ces parages ont été le décor de nombreux films, comme « Le bon, la brute et le truand » ou bien « Il était une fois dans l’Ouest », en partie tournés autour du hameau Los Albaricoques. L’Europe étant passée par là, les routes principales sont excellentes, le réseau « secondaire » est plus rustique et peut aller jusqu&rsquo;aux chemins pierreux. Et puis la mer apparaît, et ça devient magique. Car comme je le disais plus haut, la côte protégée conserve son aspect originel, et la vue depuis les hauteurs est tout bonnement extraordinaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le nombre de plages et calanques est innombrable (j’exagère, mais il y en a pléthore), de toutes tailles et de tous accès. Les plus remarquables sont celles du sud, juste à l’est du cap, soit en enfilade celles des Genoveses (la plus grande et sans doute la plus belle), de Monsul (avec ses roches aux formes préhistoriques) et de Media Luna (en demi-lune, comme son nom l’indique et de sable noir). Il faut venir tôt, ou tard dans la journée en été car l’accès est régulé depuis la localité de San José (seul village avec moult hébergements, distributeurs de billets et doté d’une ambiance balnéaire plutôt familiale), les parkings ayant une capacité volontairement limitée (on n’a rien sans rien…). Plus au nord, entre Agua Amarga et Carboneras se trouve l’imposante Playa de los Muertos (nommée ainsi à cause des naufrages dus aux forts courants) où fut tournée la scène finale de « La Planète des Singes »), reconnaissable à ses monolithes noirs. Mais il y a surtout foule de calanques où vous aurez l’assurance d’être seuls au monde, à condition de bien vouloir marcher (et escalader) un peu. A l’ouest du cap, on trouve une immense plage de neuf kilomètres, celle du village de la Fabriquilla longeant les salines) sur laquelle il est impossible d’être l’un sur l’autre.</p>
<p><figure id="attachment_628" aria-describedby="caption-attachment-628" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><a  href="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/sendero.jpg" data-rel="lightbox-gallery-0" data-rl_title="Vue depuis le sentier menant du Playazo à la Negras" data-rl_caption="Vue depuis le sentier menant du Playazo à la Negras" title="Vue depuis le sentier menant du Playazo à la Negras"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-628 size-large" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/sendero-1024x576.jpg" alt="Vue depuis le sentier menant du Playazo à la Negras" width="1024" height="576" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/sendero-1024x576.jpg 1024w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/sendero-300x169.jpg 300w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/sendero-768x432.jpg 768w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/sendero.jpg 1400w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption id="caption-attachment-628" class="wp-caption-text">Vue depuis le sentier menant du Playazo à la Negras</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;">La région est aussi le paradis des randonneurs, tant les sentiers, souvent spectaculaires, sont nombreux. Ceux longeant et surplombant la mer offrent bien sûr des points de vue magnifiques. Evitez évidemment les heures les plus chaudes, car le Cabo de Gata n’offre guère de points ombragés et la végétation est rare. On pratique aussi beaucoup la plongée (récifs coralliens et superbes fonds marins), balades en canoë ou en bateau, depuis chaque village côtier.</p>
<p><figure id="attachment_629" aria-describedby="caption-attachment-629" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><a  href="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/Las-Negras-.jpg" data-rel="lightbox-gallery-0" data-rl_title="Port de Las Negras" data-rl_caption="Port de Las Negras" title="Port de Las Negras"><img decoding="async" class="wp-image-629 size-large" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/Las-Negras--1024x576.jpg" alt="Port de Las Negras" width="1024" height="576" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/Las-Negras--1024x576.jpg 1024w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/Las-Negras--300x169.jpg 300w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/Las-Negras--768x432.jpg 768w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2016/02/Las-Negras-.jpg 1400w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption id="caption-attachment-629" class="wp-caption-text">Port de Las Negras</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify;">Les « centres urbains » sont tous très modestes. Le plus vivant est celui de las Negras, nommé ainsi car sa baie est délimitée par le Cerro Negro, masse volcanique noire s’avançant dans l’azur de l’eau. Si la plage est de galets, le petit port de pêche est charmant. Le village regroupé autour ne compte que 350 habitants, n’a ni station-service ni distributeur de billets, mais compte un petit supermarché, un bureau de tabac-presse et… huit bars et autant de restaurants ! Parmi les bars, le « Brindi Negro » est une expérience… Dans un décor pop et surchargé qu’on croirait tiré d’un film d’Almodóvar, on entend de la bonne musique rock et pop. Le service est plus que cordial, les piliers très amicaux et causants, les tapas très élaborées sont délicieuses. Bref, une adresse incontournable ouverte toute l’année. Et prendre son café avec un toast tomate, huile d’olive et jambon le matin face à la mer sur la superbe terrasse de « La Sal » devient vite un rite incontournable.</p>
<p style="text-align: justify;">A propos, parlons de l’art du « tapeo » si singulièrement andalou. « Tapar » en espagnol signifie « couvrir ». De fait, chaque fois qu’on commande un verre (bière, vin ou vermouth, ça ne marche pas avec le Coca…), on a droit, pour que passe le verre d&rsquo;alcool, à une petite ration d’un plat souvent délicieux (ragoûts de viande ou de poisson, « pescadito frito », crustacés, jambon, croquettes, etc.). Le tout pour un prix d’une modicité étonnante. Partout en Andalousie, dans tous les bars, on sert des tapas, et cela n’a rien à voir avec les soit disant et auto-proclamés « bar à tapas » qu’on peut trouver en France ou même à Barcelone, croyez-moi ! Nul besoin de dire qu’on s’y fait très vite et qu’on y revient avec gourmandise. Ainsi, on peut faire une halte dans le seul bar très roots du tout petit hameau nommé Fernán Pérez. Les tapas y sont exquises et l’ambiance très conviviale.</p>
<p style="text-align: justify;">Etonnant de constater que la population résidant à las Negras est très cosmopolite, comprenant des voyageurs de l’Europe entière qui ont décidé de rester dans ce petit paradis, d’où la présence de hippies de tout âge, qu’on peut éviter rassurez-vous ! Il y a aussi quelques hôtels, dont certains assez chic, un camping mais en général les gens louent un « cortijo » ou un appartement. Par contre, il faut se rendre dans les « villes » pour les commerces, l’essence et retirer de l’argent. Trois possibilités : la plus proche porte bien mal son nom, Campohermoso (« Beau champ », les gens du coin l’appellent « Campofeo », champ laid) est une ville quelconque sise au beau milieu de la mer de plastique, mais dotée de tous les commerces et services. Sinon, pousser jusqu’à Carboneras, jolie ville côtière ou encore mieux Níjar, capitale de la région et magnifique nid d’aigle andalou blanchi à la chaux pour sa partie ancienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis encore sous le charme de cette toute récente découverte. Et je suis certain que je retournerai au Cap, comme tous ceux qui y sont un jour passés. Je vous conseille les sites suivants pour en savoir davantage. Buen viaje !</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.degata.com/fr/">http://www.degata.com/fr/</a><br />
<a href="http://www.parquenatural.com/">http://www.parquenatural.com/</a></p>
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