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		<title>SOTW #245: Berghain, ROSALÍA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 09:02:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le quatrième étage de la fusée Rosalía s&#8217;est décroché et a atteint son but, dans le mille, dans le cœur, les oreilles et le cerveau des Terriens. J&#8217;ai donc dû reposer mes doigts sur le clavier pour célébrer cet événement majeur avec une nouvelle Song Of The Week&#160;! Après s&#8217;être fait découvrir comme espoir d&#8217;un flamenco métissé à de la folk avec «&#160;Los Ángeles&#160;» en 2017 (étage 1), confirmer comme espoir vibrant de la pop internationale en mêlant ce flamenco [&#8230;]</p>
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<p>Le quatrième étage de la fusée <strong>Rosalía</strong> s&rsquo;est décroché et a atteint son but, dans le mille, dans le cœur, les oreilles et le cerveau des Terriens. J&rsquo;ai donc dû reposer mes doigts sur le clavier pour célébrer cet événement majeur avec une nouvelle Song Of The Week&nbsp;! Après s&rsquo;être fait découvrir comme espoir d&rsquo;un flamenco métissé à de la folk avec «&nbsp;Los Ángeles&nbsp;» en 2017 (étage 1), confirmer comme espoir vibrant de la pop internationale en mêlant ce flamenco à du R n&rsquo;B, servi avec une production très à la pointe, le tout en adaptant un roman occitan du XIIIe siècle, «&nbsp;El Mal Querer&nbsp;» en 2018 (étage 2), consacrer comme créatrice incontournable, véritable boussole pop en investissant et faisant sienne la musique latine dans ce qu&rsquo;elle a de plus moderne avec «&nbsp;MOTOMAMI&nbsp;» en 2022 (étage 3), Rosalía Vila Tobella devient tout bonnement intouchable avec un disque qu&rsquo;on peut légitimement qualifier de sacré, le bien nommé «&nbsp;LUX&nbsp;» pour lequel elle s&rsquo;entourée d&rsquo;un orchestre symphonique (celui de Londres, dirigé par le chef d&rsquo;orchestre islandais Daníel Bjarnason) et de sons électroniques ultra-pointus et a mis son extraordinaire voix très devant, dans tous ses états. Rosalía est devenue la référence absolue de la pop contemporaine, celle qui se permet d&rsquo;être expérimentale, ouverte vers toutes les cultures, adressée à tous. L&rsquo;anti-Taylor Swift en quelque sorte, ce parangon d&rsquo;une pop américaine dont l&rsquo;ambition est de soumettre tous les publics du monde grâce à une musique ultra-calibrée, apparemment fédéraliste et finalement très colonialiste, esthétiquement comme culturellement. Le fait que les écoutes et les ventes de Rosalía talonnent, voire dépassent dans certains pays celles de Taylor Swift est à ce titre très rassurant.&nbsp;</p>



<p>Qui n&rsquo;a pas frémi en découvrant <strong><em>Berghain</em></strong>. le premier missile envoyé vers nous, pauvres mortels. Pensez-donc ! Avec cette ouverture frénétique de violons qu&rsquo;on croirait tirée de « L&rsquo;Hiver » de Vivaldi, puis l&rsquo;entrée de ce choeur d&rsquo;opéra allemand s&rsquo;effaçant pour laisser place à la voix de soprano de Rosalía en mode lyrique, en allemand une nouvelle fois, on n&rsquo;est vraiment pas en terrain connu. Suit un couplet en espagnol cette fois-ci, puis l&rsquo;apparition en mode intervention divine de Björk, référence évidente, <em>role model</em> absolu pour l&rsquo;artiste catalane, avant un final sidérant mettant en scène l&rsquo;artiste avant-garde américain Yves Tumor qui clame une phrase tirée d&rsquo;un délire de Mike Tyson « <em>I&rsquo;ll fuck you till you love me</em> » sur des beats électro impitoyables. Il est d’ailleurs aisé d’imaginer une rythmique techno sur ce morceau, et je suis persuadé qu’elle en entendait les beats dans sa tête en composant <em>Berghain</em> mais elle a eu l’intelligence et la retenue de ne pas les enregistrer. En moins de trois minutes, l&rsquo;univers complètement inédit créé par Rosalía souffle tout auditeur. On se demande ce que ce truc peut bien être et après trois écoutes, cette construction pour le moins baroque s&rsquo;impose comme quelque chose de vital, d&rsquo;incroyablement accrocheur, en trois mots de la pop. Rosalía clame à qui veut l&rsquo;entendre que « LUX » est un album de pop, et nous rappelle que contrairement au rock, la pop est une musique vouée à être aventureuse, à tout oser. Et si elle n&rsquo;a pas cette fois-ci décliné une pop chargée de dopamine comme dans « MOTOMAMI » (voir à ce titre la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-239-saoko-rosalia/">SOTW #239</a>, <em>SAOKO</em>), elle a pourtant su créer une musique empreinte de spiritualité, exigeante, risquée, sur le papier parfaitement anti-commerciale et pourtant si universelle et si accrocheuse. A 33 ans, Rosalía s’est tout simplement imposée comme une musicienne, une compositrice et une interprète faisant partie de l&rsquo;Olympe de la pop, au même titre que des figures tutélaires comme Björk ou David Bowie. Pas moins.</p>



<p>Le clip, on s&rsquo;en serait douté, est à la hauteur. Réalisé par Nicolàs Méndez du collectif barcelonais Canada (qui a dirigé et esthétisé la plupart des clips de Rosalía tels ceux de <em>Malamente</em> ou de <em>Pienso en tu mirá </em>(<a href="https://laculturedelecran.com/sotw-170-pienso-en-tu-mira-rosalia/">SOTW #170</a>), il colle à la rétine du spectateur autant que la chanson pénètre le cerveau de l&rsquo;auditeur. En quelques scènes choc où Rosalía s&rsquo;acquitte de tâches domestiques (repasser, aller passer des examens médicaux, se déplacer dans la rue&#8230;) flanquée d&rsquo;un groupe de musiciens classiques qui ne la lâche pas d&rsquo;une semelle, le réalisateur parvient à installant une ambiance surréaliste et oppressante bourrée de multiples références à la peinture renaissance, à Walt Disney ou à l&rsquo;artiste contemporaine Pilar Albarracín, le tout fourmillant d&rsquo;allégories religieuses. Il illustre le propos opaque de <em>Berghain</em>, titre du nom du mythique et labyrinthique club berlinois, au texte polyglotte évoquant une emprise existentielle et amoureuse (d&rsquo;un dieu, d&rsquo;un amant, on ne se prononcera pas). Du grand art.</p>



<p>«&nbsp;LUX&nbsp;» est un album qu&rsquo;il faut écouter de A à Z, dans l&rsquo;ordre, à l&rsquo;ancienne mais aussi comme un opéra. Et l&rsquo;écoute complète en révèle le sens. En isoler un extrait s&rsquo;avère tâche difficile même si <em>Berghain</em> et le mutin <em>La Perla</em> (règlement de compte sous forme de valse mexicaine avec classe et humour avec son ex, dont la rupture d&rsquo;avec icelui semble avoir été un moment difficile pour Rosalía) sont sortis en singles qui rencontrent un immense succès. Le début de l&rsquo;album est l&rsquo;un des plus costauds qui nous ait été soumis depuis longtemps&#8230; En quatre morceaux invraisemblables, Rosalía décline une vision progressiste unique de la pop qui fera école, forcément. <em>Sexo, Violencia y Llantas</em>, <em>Reliquia</em>, <em>Divinize</em> et <em>Porcelana</em> sont quatre tours de force enchaînés sans temps mort. Si <em>Reliquia</em> (autre single potentiel) compte parmi ses créateurs l&rsquo;ex-Daft Punk Guy-Manuel de Homem-Cristo, cette chanson foisonnante se rapproche du <em>Jóga</em>&nbsp;de Björk (extrait de son immarcescible chef d&rsquo;oeuvre «&nbsp;Homogenic&nbsp;» sorti en 1998 et qui mêlait lui aussi cordes et beats électroniques) en faisant tonner en fin de cette jolie ballade un renversant orage de percussions électroniques aussi inattendu que libérateur. On peut aussi citer la bouleversante&nbsp;<em>Memoria</em>&nbsp;où la Catalane s&rsquo;aventure en portugais dans le fado avec Carminho, figure du renouveau du genre lisboète. Enfin, je vous conseillerai d&rsquo;acquérir une version physique de l&rsquo;album, LP ou CD, car on y trouvera trois chansons qui ne sont pas disponibles sur la version streamée, toutes de très haute tenue, dont ce <em>Jeanne</em>&nbsp;composé en français (avec l&rsquo;aide de Charlotte Gainsbourg pour le texte). Avant une tournée qui promet d&rsquo;être sensationnelle et qui démarrera le 16 mars 2026 à Lyon, après cet album définitif, on peut se demander où se dirigera Rosalía en étant très confiant, l&rsquo;aventure en sa compagnie étant, dans la durée, aussi incroyable que passionnante.</p>



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		<title>SOTW #244 : SWEAT, The Sophs</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 May 2025 09:46:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il aura donc fallu la chanson rock d&#8217;un groupe inconnu au bataillon pour que je replonge dans les affres (et les délices) de la chronique musicale. Ce n&#8217;est rien et c&#8217;est énorme à la fois, car bien que j&#8217;écoute toujours autant de musiques, plus nouvelles qu&#8217;anciennes d&#8217;ailleurs, rien depuis deux ans et demi ne m&#8217;avait motivé à revenir à mon clavier, hormis les décès d&#8217;artistes que j&#8217;avais aimés et immensément respectés. C&#8217;est la lecture d&#8217;une brève sur le fil des [&#8230;]</p>
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<p>Il aura donc fallu la chanson rock d&rsquo;un groupe inconnu au bataillon pour que je replonge dans les affres (et les délices) de la chronique musicale. Ce n&rsquo;est rien et c&rsquo;est énorme à la fois, car bien que j&rsquo;écoute toujours autant de musiques, plus nouvelles qu&rsquo;anciennes d&rsquo;ailleurs, rien depuis deux ans et demi ne m&rsquo;avait motivé à revenir à mon clavier, hormis les décès d&rsquo;artistes que j&rsquo;avais aimés et immensément respectés.</p>



<p>C&rsquo;est la lecture d&rsquo;une brève sur le fil des Inrocks qui m&rsquo;a conduit à prêter une oreille à <strong><em>SWEAT</em></strong>, la seule chanson disponible à ce jour d&rsquo;un groupe appelé <strong>the Sophs</strong>. Comme le disaient les Inrocks, le rapprochement avec <a href="/tag/strokes/">the Strokes</a> n&rsquo;est pas fortuit. Après une fausse intro avec boite à rythmes branlante et bruit blanc s&rsquo;installe une rythmique mid tempo tranquille, répétitive mais tendue avec basse ronde, un motif de guitare lancinant et mélodique qui pourrait être joué au synthé, des contrepoints aux claviers et à la guitare acoustique et surtout cette voix cool de crooner juvénile, un peu bancale mais garante d&rsquo;une émotion brute. Tout cela évoque aussi bien <em>Hard to Explain</em>, chef d’œuvre romantique du premier album des Strokes que <em>The Adults are Talking</em> pièce maîtresse ouvrant le dernier effort des New-yorkais « <em>The New Abnormal</em> », construisant ainsi une arche entre 2000 et 2020. Puis, après un passage sans batterie avec chœurs angéliques` qui répondent en falsetto surgit une reprise du refrain comme un coup de boutoir avec la voix étranglée passée à l&rsquo;octave supérieur et des riffs rageurs de guitare saturée, avant une fin brutale, comme si on avait coupé le courant. Ça parle du deuil consécutif à une rupture amoureuse, et c&rsquo;est aussi vital que mélancolique. L&rsquo;essence de la pop, pas moins. « Sweat yourself » est donc une façon plus soft de dire « Go fuck yourself ». L&rsquo;effet, c&rsquo;est un euphémisme, est maximal et cette chanson m&rsquo;obsède littéralement, je me la passe et me la passerai en boucle jusqu&rsquo;à plus soif, et ce ne sera pas pour demain&#8230;</p>



<p>Quels chemins a t-il fallu emprunter pour savoir quel est ce groupe&nbsp;! C&rsquo;est en se rendant sur leur Instagram qu&rsquo;on en apprend un peu plus. Le chanteur et porte-parole de la bande se nomme Ethan Ramon et il a eu la bonne idée d&rsquo;envoyer une démo de son groupe par mail au label londonien Rough Trade, label dont les patrons Geoff Travis et Jeannette Lee ont, et c&rsquo;est peu dire, des oreilles en or. Rough Trade a été en effet la maison des Smiths avant d&rsquo;être celle de Jarvis Cocker (et dorénavant celle du Pulp ressuscité), de Amyl &amp; the Sniffers, de Sleaford Mods et de Parquet Courts, entre autres. Enfin, ce sont eux qui avaient signé un quintet new-yorkais inconnu sur la foi d&rsquo;une seule écoute de la démo d&rsquo;une chanson en 1999, &nbsp;<em>The Modern Age</em>, premier single des Strokes, et donc paru chez Rough Trade, label sexy par excellence, bien entendu&#8230; Sur le site du label, Travis et Lee avouent avoir été bluffés par la démo qui leur avait été miraculeusement envoyée depuis Los Angeles. Heureuse coïncidence, Jeannette Lee était à LA et est allée se rendre compte du potentiel de the Sophs en allant les voir jouer dans un bar. Son instinct ne l&rsquo;avait pas trompée, le concert corrobora sa première impression. Rough Trade a donc été immédiatement séduit par l&rsquo;honnêteté brutale de the Sophs, leur pensées flamboyantes et l&rsquo;ampleur de leur spectre musical, mêlant créativité et variété. Sans parler de leur côté «&nbsp;Ne me demandez pas de faire joli&nbsp;». Donc attendons-nous pour la suite à du pop-punk pénétrant, du funk incandescent et à un «&nbsp;sprachgesang&nbsp;» porté par la voix décidément séduisante d&rsquo;Ethan Ramon, lequel clame vouloir voler, plagier et emprunter, pour qu&rsquo;à la fin sa musique sonne d&rsquo;une façon incroyable.&nbsp;</p>



<p>Quand on y pense, à l&rsquo;heure des enregistrements dans sa chambre et des notoriétés gonflées sur les réseaux sociaux, the Sophs vivent un conte de fées à l&rsquo;ancienne. Avec voyage à Londres pour la signature du contrat, séance de photos pour illustrer la pochette du single et tournage d&rsquo;un clip déjà culte. Une première tournée suivra, sur la côte ouest US, à New York puis pour quelques dates européennes (dont celle au <a href="https://dice.fm/event/dk9exv-the-sophs-8th-sep-supersonic-records-paris-tickets">Supersonic à Paris le 8 septembre</a>). Ce genre d&rsquo;histoire n&rsquo;a pas été racontée depuis&#8230; the Strokes ou Arctic Monkeys. Alors peut-être délire t-on en imaginant un destin stellaire à ces six garçons californiens, mais l&rsquo;aventure de the Sophs est si sexy et finalement si atypique aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;on a hâte d&rsquo;en découvrir la suite !</p>



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		<title>Tom Verlaine, mort d&#8217;un poète rock</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Feb 2023 08:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Samedi 27 janvier, c&#8217;était au tour de Tom Verlaine de quitter cette vallée de larmes. A 73 ans, après une «&#160;courte maladie&#160;». Cet homme fut l&#8217;une de mes idoles et avec son groupe Television (lire «&#160;Tell a vision&#160;»), puis ensuite en solo, il a enchanté mes années lycéennes et bien au-delà. Le moins que je pouvais faire étais de lui rendre un sincère hommage. Né en 1949 dans le New Jersey et grandi à Wilmington dans le Delaware (autrement dit [&#8230;]</p>
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<p>Samedi 27 janvier, c&rsquo;était au tour de <strong>Tom Verlaine</strong> de quitter cette vallée de larmes. A 73 ans, après une «&nbsp;courte maladie&nbsp;». Cet homme fut l&rsquo;une de mes idoles et avec son groupe <strong>Television </strong>(lire «&nbsp;Tell a vision&nbsp;»), puis ensuite en solo, il a enchanté mes années lycéennes et bien au-delà. Le moins que je pouvais faire étais de lui rendre un sincère hommage. Né en 1949 dans le New Jersey et grandi à Wilmington dans le Delaware (autrement dit nulle part), Tom Miller se met à la guitare après avoir tâté du piano par injonction familiale puis du saxophone à cause d&rsquo;une grosse fixation sur Stan Getz. C&rsquo;est en entendant <em>19<sup>th</sup>&nbsp;Nervous Breakdown</em> des Rolling Stones qu&rsquo;il connait une épiphanie et qu&rsquo;il décide de se mettre à l&rsquo;instrument qui le définira. Avec son copain de lycée Richard Meyers, il commence à faire du bruit sans savoir vraiment jouer et forme un premier groupe, the Neon Boys, recrutant Billy Ficca, un autre pote du lycée à la batterie. Au début des années 70, ils décampent vite à New York, vivotant tout en bricolant des chansons, s&rsquo;améliorant à leur instrument et griffonnant des poèmes. Car ces deux-là sont férus de poésie française. Miller se rebaptise d&rsquo;ailleurs Verlaine. Meyers, quant à lui, se cisaille les cheveux au sécateur pour ressembler à un portrait d&rsquo;Arthur Rimbaud, inventant un look qui, une fois repéré par Malcolm McLaren fera école en Angleterre. Et s&rsquo;appelle désormais Richard Hell, oui, pour «&nbsp;Une saison en enfer&nbsp;», recueil incontournable du génial poète de Charleville. Goût immodéré pour la poésie qui provoquera la rencontre entre Tom Verlaine et Patti Smith, le premier jouant sur «&nbsp;Horses&nbsp;», premier album de la seconde en 1975, initiant une amitié qui ne faiblira jamais. The Neon Boys deviennent Television quand est recruté le jeune éphèbe Richard Lloyd comme second guitariste, addition qui aura deux conséquences majeures&nbsp;: le rejet total de l&rsquo;héritage blues que Lloyd maîtrise pourtant parfaitement et le départ de Richard Hell qui vit mal le fait d&rsquo;être relégué à la basse et n&rsquo;est pas d&rsquo;accord avec la direction musicale. De plus, autant Verlaine est straight au possible, autant Hell a plongé dans l&rsquo;héroïne comme tant de musiciens à l&rsquo;époque à New-York, les deux amis de galère et de bohème sont alors irréconciliables. Richard Hell formera bien vite les séminaux Heartbreakers avec son «&nbsp;partner in crime&nbsp;» Johnny Thunders, puis les Voidoids, autre satellite de la nébuleuse punk de NYC (on se rappellera du classique millésimé <em>Blank Generation</em>)</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1200" height="928" src="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-1200x928.jpg" alt="" class="wp-image-7545" srcset="https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-1200x928.jpg 1200w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-300x232.jpg 300w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146-770x596.jpg 770w, https://laculturedelecran.com/wp-content/uploads/2023/02/792d743ad9739a2fbdf935d11ca10146.jpg 1280w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px" /><figcaption class="wp-element-caption">Richard Lloyd, Tom Verlaine, Fred Smith et Billy Ficca, Television en 1978</figcaption></figure>



<p>De la collaboration avec Hell n&rsquo;existe qu&rsquo;un seul témoignage. Une chanson totalement atypique enregistrée sur un simple quatre-pistes, flottante et parsemée d&rsquo;éclairs mélodiques ou bruitistes nommée <em>Little Johnny Jewel</em>, laquelle dépasse très nettement la durée calibrée d&rsquo;un 45 tours. Peu importe, le morceau courra sur les deux faces d&rsquo;un premier single autoproduit et édité par leur manager Terry Ork. On remarque très vite le jeu de guitare très particulier de Tom Verlaine, lyrique à souhait, romantique et agressif à la fois et qui sera sa signature. Sa voix aiguë, parfois étranglée ne ressemble non plus à aucune autre. Tiré à deux-mille exemplaires en 1975, il&nbsp;est épuisé en un temps record et sera une belle carte de visite pour Television, que les maisons de disques veulent alors absolument signer. Le groupe (qui vient d&rsquo;engager Fred Smith, ex-Blondie, à la basse) est une attraction régulière au légendaire club du Bowery le CBGB, aux côtés de Blondie, de Talking Heads et des Ramones, créant involontairement la vague «&nbsp;punk&nbsp;» new-yorkaise, en fait une cohérence sinon ressemblance stylistique et une simultanéité installant un sentiment de «&nbsp;scène&nbsp;», de communauté artistique qui sera sincèrement très solidaire. Le label anglais Island Records dépêche alors Brian Eno à New-York pour réaliser des démos en vue d&rsquo;un premier album. La greffe ne prend pas et Television préfère signer avec Elektra, label de Danny Fields, celui qui avait signé rien moins que les Doors, les Stooges et Love et rentre en studio avec un producteur qui a travaillé avec des groupes de rock des années 60 et 70, le Britannique Andy Johns. Ils voulaient un bon ingénieur du son à l&rsquo;ancienne capable de capturer leur son à la fois simple et puissant. Johns eut l&rsquo;impression de mettre en boîte le Velvet Underground, car Verlaine ne voulait pas d&rsquo;effets de production, juste deux guitares, une basse et une batterie avec une prise de son impeccable. Et «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» est une réussite totale. Si le son est extraordinaire de puissance et de clarté, les performances instrumentales sont géniales. Les savants entrelacs de guitare de Verlaine et Lloyd imposent le respect et traceront le chemin aux Strokes trente ans plus tard. La rythmique est précise avec une batterie très volubile mais jamais surpuissante, ni à-côté. Les solos experts (soit une incongruité totale en cette époque du punk triomphant), alternativement joués par Verlaine et Lloyd sont tous fantastiques, peuvent se permettre la durée et la volubilité sans n&rsquo;être jamais démonstratifs ni hors de propos. L&rsquo;étrangeté de la voix de Tom Verlaine est parfaitement à sa place le long des huit formidables chansons qui composent «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;», formant un ensemble très varié tout en étant parfaitement cohérent. Des brûlots à l&rsquo;énergie et l&rsquo;économie punk mais osant des harmonies pour le moins inattendues font un effet énorme, comme <em>See No Evil </em>qui ouvre l&rsquo;album ou le bien nommé <em>Friction</em>. De merveilleuses chansons pop comme <em>Venus</em> (où Tom Verlaine se voit tomber dans les bras de la Vénus de Milo&#8230;) ou <em>Elevation</em> sont épiques. Television fait preuve d&rsquo;humour avec la rythmique tango du très accrocheur <em>Prove It</em>. <em>Guiding Light</em> et <em>Torn Curtain</em> sont de sublimes ballades. Mais rien ne laissait imaginer le morceau titre, une chevauchée musicale de dix minutes (onze sur la version CD) commençant par un riff de guitare aussi inédit que mémorable (les Strokes, encore eux, sauront s&rsquo;en inspirer&#8230;) affichant tout au long un lyrisme et une flamboyance, un romantisme débridé à l&rsquo;opposé dirons-nous de <em>Bohemian Rhapsody</em>&nbsp;! On ne ressort pas indemne d&rsquo;une telle écoute et bien vite «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» est devenu l&rsquo;un de mes disques de chevet, disque que j&rsquo;écoute encore régulièrement. Les critiques ont adoré (le célèbre critique anglais Nick Kent a qualifié «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» d&rsquo;oeuvre de génie&#8230;) et le public, en tous les cas en Angleterre et en Europe a bien suivi sans que ce soit le carton intégral, mais quoi de plus normal pour une proposition aussi artistique qu&rsquo;intemporelle&#8230; «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;», quarante-cinq plus tard mérite toujours autant sa place dans toute discothèque idéale comme dans mon panthéon personnel.&nbsp;</p>



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<p>«&nbsp;Adventure&nbsp;», sorti l&rsquo;année suivante n&rsquo;a pas réédité l&rsquo;exploit, même si l&rsquo;on y trouve d&rsquo;excellentes chansons comme <em>Days</em>, <em>Foxhole</em>, <em>Ain&rsquo;t That Nothin&rsquo;</em> ou l&rsquo;étrange et envoûtant <em>The Dream&rsquo;s Dream</em> qui clôt l&rsquo;album. Ce second effort, moins surprenant (et bien moins aventureux), moins bien accueilli que le précédent précipite la fin de Television qui se sépare fin 1978. Tom Verlaine se lance directement dans une carrière solo qui sera aussi discrète que brillante. En 1979, il sort un premier album à son nom très prometteur, lors duquel il se permet des expériences et laisse entrevoir un joli sens de l&rsquo;humour. La même année, David Bowie qui travaille à New York sur le futur «&nbsp;Scary Monsters&nbsp;» s&rsquo;entiche de Tom Verlaine et veut absolument travailler avec lui. Les séances ne donneront rien, mais Bowie, convaincu du potentiel de la chanson, reprendra de façon très convaincante <em>Kingdom Come</em>, l&rsquo;une des compositions de l&rsquo;album de Verlaine. En 2002, Bowie invitera Television reformé à jouer lors du festival londonien Meltdown dont il a assuré la programmation. Suivirent «&nbsp;Dreamtime&nbsp;» en 1981, puis les remarquables «&nbsp;World From The Front&nbsp;» l&rsquo;année suivante et «&nbsp;Cover&nbsp;» en 1984, sans doute les sommets de sa carrière solo. «&nbsp;Flash Light&nbsp;» en 1987 et «&nbsp;The Wonder&nbsp;» en 1990 fermeront la série des albums chantés de Tom Verlaine, au succès hélas de plus en plus erratique (le dernier album n&rsquo;est même pas sorti aux Etats-Unis), mais Tom Verlaine n&rsquo;a jamais été homme de compromis. A la surprise générale, Television se reforme en 1992 et sort un album très réussi au nom du groupe avec des titres impeccables comme <em>Calling Mr. Lee</em> ou <em>No Glamour For Willi </em>qui ne cherchent pas à reproduire «&nbsp;Marquee Moon&nbsp;» mais osent aller de l&rsquo;avant. Le groupe se séparera de nouveau après une série de concerts qu&rsquo;on raconte mémorables.&nbsp;</p>



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<p>La suite est plus discrète. Un album instrumental «&nbsp;Warm and Cool&nbsp;» sort la même année, puis Verlaine est appelé pour produire le second album de son grand fan Jeff Buckley, «&nbsp;My Sweetheart, the Drunk&nbsp;» qui sortira de façon posthume après la noyade de la jeune idole de folk rock romantique, en version forcément inachevée. Enfin, on l&rsquo;entend poser un très joli solo, immédiatement reconnaissable sur la chanson de Patti Smith <em>April Fool</em> (dans son album «&nbsp;Banga&nbsp;» en 2012). Tom Verlaine a décidé assez vite de refuser de subir les contraintes inhérentes à la vie de musicien rock, d&rsquo;enregistrement, de promotion, de tournées et a préféré se mettre en retrait de la vie publique, apparaissant de temps en temps en concert, quand il le voulait. La fille de Patti, Jesse Paris Smith qu&rsquo;il considérait comme sa propre fille a annoncé samedi le décès de cet artiste au talent unique, de ce guitariste exceptionnel et influent, de ce vrai poète du rock. Je vais aller fouiller dans mes vinyles pour me repaître de son œuvre, qu&rsquo;on peut légitimement considérer comme magistrale. </p>



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		<title>Quand Jeff Beck annexa le jazz rock</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Feb 2023 09:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Sale époque pour les guitaristes cruciaux&#8230; Au début du mois, c&rsquo;est<strong> Jeff Beck</strong> que la grande faucheuse a emporté&#8230; Je ne l&rsquo;avais pas écouté depuis la fin de mon adolescence, mais quand j&rsquo;ai posé le bras de ma platine sur la face A de « <strong>Blow By Blow</strong> », sa réinvention en jazz-rock instrumental de 1975 que j&rsquo;avais dû acquérir lors de mes années de lycée (J&rsquo;étais assez client et étais même allé l&rsquo;applaudir en 1979 aux arènes de Fréjus pour un concert avec le bassiste émérite Stanley Clarke et me souviens avoir adoré). Je me suis rendu compte à l&rsquo;écoute que j&rsquo;en connaissais la moindre note par coeur et que j&rsquo;avais bien des raisons d&rsquo;avoir apprécié cette œuvre pourtant située aux antipodes de ce que j &lsquo;écoute aujourd&rsquo;hui, tant chaque note jouée est gorgée d&rsquo;un feeling impressionnant et tant la rythmique est vraiment funky. Jeff Beck à cette époque avait la dégaine de l&#8217;emploi, celle de l&rsquo;impeccable et intemporel guitariste de rock anglais avec Gibson Les Paul au poing et profil de couteau, au point qu&rsquo;il aurait pu faire partie des Stones pour succéder à Mick Taylor mais il a décliné l&rsquo;offre. Pour faire du jazz-rock, mais à sa sauce, il n&rsquo;a sans doute pas eu tort ! Alors n&rsquo;hésitez pas à jeter une oreille sur ces morceaux si groovy qu&rsquo;on ne saurait céder aux seuls et trop sérieux fans de jazz. <em>You Know What I Mean, Constipated Duck</em>, <em>Cause We&rsquo;ve Ended As Lovers</em> ou <em>Thelonius </em>(toutes deux signées Stevie Wonder) ont tout pour figurer dans une playlist idéale. Un géant de la guitare a disparu, sachons le redécouvrir.</p>
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		<title>SOTW #243 : She still leads me on, Suede</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Sep 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
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<p>Qui aurait cru que le shot de rock n&rsquo;roll du moment nous soit administré par un groupe de cinquantenaires bien installés dans le paysage musical britannique depuis trente ans? Le nouveau single de <strong>Suede</strong>, qui annonçait « Autofiction » neuvième album sorti la semaine dernière est pourtant l&rsquo;une des choses les plus revigorantes à écouter dans le style rock flamboyant, mélodique, nourri de glam et de pop et faisant immanquablement danser ou taper du pied. Et si <em><strong>She Still Leads Me On</strong></em> n&rsquo;invente rien, cette irrésistible chanson nous rappelle pourquoi nous avons tellement aimé le rock.</p>



<p>Suede est un groupe qui a connu plusieurs vies. La première, indiscutablement la meilleure, vit le groupe du sud de Londres devenir le « hot ticket » de la presse britannique en 1992, quand ils devinrent la promesse d&rsquo;un retour du rock à guitares à panache outre-Manche, à un moment où tout le monde là-bas semblait avoir revendu ses six-cordes et amplis pour acheter des synthés et des ordinateurs. Trait d&rsquo;union entre le grunge américain et la future britpop, Suede se positionnait comme une alternative séduisante, nourrie par les Smiths et par Bowie et proposait un duo de leaders et d&rsquo;auteurs-compositeurs impeccables en les personnes du fabuleux guitariste et arrangeur Bernard Butler et du chanteur androgyne à l&rsquo;impressionnante tessiture Brett Anderson. Le premier album fit un carton (<em>Animal Nitrate</em>, un de ses hymnes, est la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-64-animal-nitrate-suede/">SOTW #64</a>). Le second « Dog Man Star » est un chef d’œuvre absolu, follement ambitieux et démesuré dont l&rsquo;accouchement se fit dans la douleur et conduisit à la brouille fatale entre les deux leaders, Bernard Butler débranchant sa guitare en 1994.</p>



<p>En recrutant le jeune guitariste Richard Oakes (seize ans à l&rsquo;époque) et le claviers Neil Codling, Anderson flanqué de sa section rythmique composée de Mat Osman (basse) et Simon Gilbert (batterie) mit en place Suede 2.0 et en fit un groupe d&rsquo;une rare efficacité pop comme le démontre l&rsquo;album « Coming Up » en 1996. Comprenant une collection de tubes imparables comme Trash, Filmstar ou la merveilleuse ballade Saturday Night, il souffre d&rsquo;une production métallique sonnant un peu datée, mais l&rsquo;album reste toutefois hautement recommandable aujourd&rsquo;hui. S&rsquo;ensuivirent des excès hédonistes et des périodes de contrition qui donnèrent des disques plus inégaux (« Head Music ») voire complètement anodins (« A New Morning », très blême) qui conduisirent au split du groupe en 2003. Brett Anderson se lança dans une carrière solo très confidentielle, tâtant d&rsquo;une folk acoustique très pastorale aux antipodes de ses extravagances avec Suede. Une reformation pour un concert en 2010, un nouvel album très réussi « Bloodsports » en 2013 célébrant les retrouvailles du groupe avec le producteur historique Ed Buller replacèrent Suede au centre de la chose pop rock. Avec en plus cette touche de nostalgie qu&rsquo;éprouvent tous ceux qui se voient replongés dans leurs jeunes années de fan, la mélancolie diffuse émanant des mélodies et de la voix de Brett Anderson n&rsquo;y étant pas pour rien.</p>



<p>Après deux albums plus sophistiqués avec thèmes sombres et arrangement orchestraux (<em>What I&rsquo;m Trying To Tell You</em> est la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-88-what-im-trying-to-tell-you-suede/">SOTW#88</a>), le fringant quintette de quinquas a tourné le hit album « Coming Up » sur les scènes du monde entier, de quoi redonner à Anderson de saines envies d&rsquo;électricité et d&rsquo;émotions directes, qui se concrétisent tout au long du tout récent « Autofiction ». <em>Banger</em> qui ouvre l&rsquo;album, <em>She Still Leads Me On</em> évoque paradoxalement la mère de Brett Anderson, décédée alors qu&rsquo;il était très jeune. Sans aucun pathos mais avec une émotion très crue, il raconte combien le souvenir de sa mère l&rsquo;inspire et l&rsquo;aide à certains moments de sa vie, lui insuffle une énergie créatrice. Un riff de guitare en arpège, un contrepoint en saccades punk, une basse mélodique et une batterie volubile donnent le ton d&rsquo;une chanson très traditionnellement bâtie: couplet, pont, refrain, couplet, pont, refrain, chorus, refrain shunté. Le tout à bride abattue, avec une mélodie vocale infectieuse surtout pendant le pont si énergique et des giclées de larsen mal peignées pour dynamiser le tout. Dire que ça fonctionne est un piètre euphémisme, tant la chanson et ses arrangements restent vissés dans votre cervelle. Si l&rsquo;autofiction est un genre littéraire en soi, elle trouve avec Suede une incarnation musicale. En revisitant le style pop glam scintillant qu&rsquo;ils personnifiaient à l&rsquo;époque de « Coming Up » mais en l&rsquo;observant avec leurs yeux de musiciens de cinquante ans, Suede met en musique une mise en abyme jamais ringarde ni hors de propos. Ainsi,<em>That Boy On The Stage</em>, <em>Personality Disorder</em> et <em>15 Again</em>, irrésistibles <em>bangers </em>ressuscitent le Brett Anderson de 1992 sans jamais sombrer dans la parodie. Avec <em>What Am I Without You ?</em>, les musiciens de Suede prouvent une fois encore qu&rsquo;ils sont orfèvres en ballades émotionnelles et nerveuses. Le reste de l&rsquo;album est au niveau. Les amateurs de pop rock flamboyant seront bien inspirés de ne pas passer leur chemin&#8230;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Live Bruxelles 2022 :  </h4>



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		<title>John Cale en virée avec Bowie dans le New York des Seventies</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2022 06:31:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[SHOTS]]></category>
		<category><![CDATA[DAVID BOWIE]]></category>
		<category><![CDATA[JOHN CALE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On se penche nécessairement sur son passé quand on atteint les quatre-vingts ans, même quand on est un inlassable artiste en perpétuelle expérimentation comme John Cale. Son nouveau single (!) édité par le label branché Domino le voit se pencher sur son amitié avec David Bowie dans les années soixante-dix. Ce dernier confessait que, davantage que Lou Reed, c&#8217;était le musicien gallois passé par l&#8217;avant-garde qui l&#8217;avait séduit dans le Velvet Underground et John Cale n&#8217;a jamais caché l&#8217;admiration qu&#8217;il [&#8230;]</p>
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<p>On se penche nécessairement sur son passé quand on atteint les quatre-vingts ans, même quand on est un inlassable artiste en perpétuelle expérimentation comme <strong>John Cale</strong>. Son nouveau single (!) édité par le label branché Domino le voit se pencher sur son amitié avec David Bowie dans les années soixante-dix. Ce dernier confessait que, davantage que Lou Reed, c&rsquo;était le musicien gallois passé par l&rsquo;avant-garde qui l&rsquo;avait séduit dans le Velvet Underground et John Cale n&rsquo;a jamais caché l&rsquo;admiration qu&rsquo;il portait à Bowie. Maintes fois, les deux Britanniques ont manifesté le souhait de créer de la musique ensemble. Ils ont pourtant préféré traîner leurs guêtres ensemble dans le New York interlope et noctambule des années 1974-1975 et n&rsquo;auront jamais mené leur projet à bien&#8230; Pour la petite histoire, John Cale fera monter Bowie sur scène à New York en 1979, pour jouer quelques notes d&rsquo;alto (!!!), leurs aventures communes s&rsquo;arrêtant là. Le clip animé répétitif crée une ambiance à la « <em>The Deuce</em> » et rend justice à <strong><em>Night Crawling</em></strong> , entêtante chanson à la rythmique presque trip hop et à la mélodie très accrocheuse chantée d&rsquo;une voix presqu&rsquo;intacte, prouvant s&rsquo;il le fallait qu&rsquo;on peut être octogénaire et rester fringant. </p>
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		<title>SOTW #242 : There&#8217;s better be a Mirrorball, Arctic Monkeys</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Sep 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Don’t get emotional, that ain’t like you “ (Ne tombe pas dans la sensiblerie, ça ne te ressemble pas). Les premiers mots de la nouvelle chanson d’Arctic Monkeys, envoyée en éclaireuse d’un septième album intensément attendu («&#160;The Car&#160;», à paraître le 21 octobre) indiquent qu’Alex Turner, après de kubrickiennes aventures lunaires est revenu sur terre et s’installe fermement dans la sphère de l’intime… Cette sortie sans tambours ni trompettes (et qui donc, en ces temps d’hyper-information a fait l’effet d’une [&#8230;]</p>
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<p>«&nbsp;<em>Don’t get emotional, that ain’t like you</em> “ (Ne tombe pas dans la sensiblerie, ça ne te ressemble pas). Les premiers mots de la nouvelle chanson d’<strong>Arctic Monkeys</strong>, envoyée en éclaireuse d’un septième album intensément attendu («&nbsp;The Car&nbsp;», à paraître le 21 octobre) indiquent qu’Alex Turner, après de kubrickiennes aventures lunaires est revenu sur terre et s’installe fermement dans la sphère de l’intime… Cette sortie sans tambours ni trompettes (et qui donc, en ces temps d’hyper-information a fait l’effet d’une bombe) est été une vraie surprise, en particulier à l’aune de la lecture des setlists des concerts de la tournée des festivals d’été que le groupe boucle actuellement.</p>



<p>Je n’ai pas eu le loisir d’aller à l’un de ces concerts, mais ceux-ci semblent assez calqués sur ceux donnés en 2018 (j’avais assisté à celui des Nuits de Fourvière, la chronique est ici), mêlant adroitement brûlots électriques à la folle énergie rock souvent issus du début de la carrière du quatuor de Sheffield, les tubes pop millimétrés de leur carton de 2013 «&nbsp;AM&nbsp;», quelques beaux exemples de la lounge pop théâtrale et sophistiquée expérimentée dans le révolutionnaire «&nbsp;Tranquility Base Hotel + Casino&nbsp;» et une pincée de chansons obscures destinées à faire frémir les fans les plus hardcore (cette fois-ci, au tour de <em>Potion Approaching</em>, de «&nbsp;Humbug&nbsp;» et de <em>That’s Where You’re Wrong</em>, la merveille qui clôt «&nbsp;Suck It And See&nbsp;» de se voir ainsi dépoussiérées). Ah oui, les concerts auront souvent commencé par <em>Do I Wanna Know&nbsp;?</em> (reconnaissons-le, l’une des meilleures chansons pour lancer un show) et le dernier morceau du rappel aura invariablement été le rageur et fédérateur <em>R U Mine&nbsp;?</em> Quid des nouveautés se demandera le fan un peu exigeant&nbsp;? Arctic Monkeys auront attendu quelques dates pour dégainer un premier extrait de «&nbsp;The Car&nbsp;», <em>I Ain’t Quite Where I Think I Am</em>. Selon les petits films Instagram ou YouTube consécutivement postés, cette chanson solidement funky avec guitare wah-wah de rigueur évoque irrésistiblement la période plastic soul de Bowie, ce qui est loin de me déplaire&nbsp;! Mais comme les voies choisies par Alex Turner sont impénétrables, ce n’est pas cette chanson qui sera envoyée comme estafette du futur album. <strong><em>There’d Better Be A Mirrorball</em></strong>, encore inédite sur scène, est un titre en parfaite contradiction avec le matériel joué en concert. Arctic Monkeys poussent encore plus loin la lounge pop sophistiquée abordée dans l’album précédent (voir <em>Four Out Of Five</em>, <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-150-four-out-of-five-arctic-monkeys/">SOTW #150</a>) et, brûlons les idoles, osent sortir un single où ne figure la moindre note de guitare.</p>



<p>Par contre, les claviers analogiques et les cordes symphoniques abondent. Comme dans cette longue introduction en cinémascope où un piano et des cordes jouent de concert un thème mélodramatique, qui laisse place à d’inquiétantes ponctuations de cordes (deux fois trois coups) créant un suspense haletant. La chanson proprement dite peut alors commencer. Sur un tempo souple et chaloupé, presque jazzy sur lequel on imagine Turner onduler à loisir se greffe une ligne d’orgue qui tourne comme un carrousel. La voix d’Alex Turner se pose alors, et c’est miraculeux. Loin des rodomontades (aussi spectaculaires qu’amusantes) dont il pouvait abuser au sein des Last Shadow Puppets, loin de tout effet de cape, il s’est transformé en un parfait crooner, les petits problèmes de justesse (allez, cette note bleue dont il usait volontiers) rencontrés parfois auparavant semblant définitivement derrière lui. L’interprétation sobre et retenue, mettant en avant son timbre le consacre comme le grand crooner pop du moment, un Scott Walker pour les années 2020. Notons que l’originalité de sa diction, de sa prosodie ajoutée à sa science du rythme rendent cette mélodie unique. Essayez de la suivre en chantant, vous comprendrez… Tout juste lance-t-il un falsetto fragile en parfaite harmonie avec la mélancolie ambiante à la fin de la chanson. Alex Turner y raconte une discussion vers de la voiture entre deux amants qui vont se séparer pour toujours. Les mots sont doux-amers, la boule à facettes du titre (et élément du décor de scène de la tournée actuelle) représentant l’espérance en un futur plus souriant. On est très loin de <em>R U Mine&nbsp;?</em> . Turner a d’ailleurs annoncé dans la seule interview donnée jusqu’ici (pour <em>The Big Issue</em>, journal de rue britannique) qu’il n’est plus question de refaire ce genre de rock, en tous les cas pas en studio, mais l’orientation choisie est intrigante. Le fait qu’Arctic Monkeys n’aient pas cédé aux sirènes de l’électronique pour accomplir leur mutation stylistique est à cet égard rassurant, les climats psychédéliques et groovy qu’encouragent l’utilisation d’instruments vintage et analogiques leur vont très bien.</p>



<p>Si l’on peut légitimement craindre que les camarades d’Alex Turner (Jamie Cook guitariste cantonné aux claviers comme on peut le voir dans la vidéo, le bassiste Nick O’Malley et le batteur Matt Helders, privés de chœurs comme de tout effet démonstratif) soient relégués au rang de simples accompagnateurs, on peut aussi les voir comme les Bad Seeds, soit de formidables musiciens sachant mettre tout leur talent au service de la chanson, laissant de côté tout égo. On saura à l’écoute de «&nbsp;The Car&nbsp;» si tel est le cas. En attendant, on ondulera sans modération sur cette magnifique chanson crépusculaire. Chapeau bas&nbsp;!</p>
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		<title>SOTW #241: Always Together With You, Spiritualized</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Apr 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Des beeps venus de l’espace et une voix désincarnée d’hôtesse de tour de contrôle lancent un drone de synthétiseurs et de phasing sur lequel trouvent place des chœurs aériens, des notes de glockenspiel et des accords de guitare… Une mélodie répétitive s’installe, comme une comptine, égrenée par la voix filtrée de J Spaceman, alias Jason Pierce, le démiurge derrière la folle entreprise Spiritualized. Ce motif mélodique apparemment modeste, ce pur ostinato prend une ampleur majestueuse à mesure que les strates [&#8230;]</p>
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<p>Des beeps venus de l’espace et une voix désincarnée d’hôtesse de tour de contrôle lancent un drone de synthétiseurs et de phasing sur lequel trouvent place des chœurs aériens, des notes de glockenspiel et des accords de guitare… Une mélodie répétitive s’installe, comme une comptine, égrenée par la voix filtrée de J Spaceman, alias Jason Pierce, le démiurge derrière la folle entreprise <strong>Spiritualized</strong>. Ce motif mélodique apparemment modeste, ce pur ostinato prend une ampleur majestueuse à mesure que les strates d’effets et d’instruments s’emparent de cette simple ritournelle, tempête de guitares (combien y en a-t-il&nbsp;?) et menaces de larsen avant que n’explose le refrain <strong><em>Always Together With You</em></strong>, simple phrase accompagnée de choeurs féminins séraphiques. Puis rentrent les violons, que dis-je l’orchestre, les timbales, les cymbales, formant un mur du son spectorien où le petits détails pointillistes créent d’admirables bas-reliefs. Un break orageux relance la chanson pour un finale ébouriffant et capiteux avec échos saisissants, tornades de bruit blanc et un solo de sax qu’on jurerait venir du fond des âges du rock n’roll. A plein volume, l’effet est maximaliste et incroyablement puissant sur l’auditeur et la chanson s’incruste irrémédiablement dans votre cerveau. Et ce qui est miraculeux avec Spiritualized, c’est que cette overdose d’arrangements et de production sublime la beauté humble de cette chanson.</p>



<p>Spiritualized est né des cendres de Spacemen 3, groupe de space rock psychédélique formé à Rugby près de Birmingham au début des années quatre-vingt. Précurseurs du mouvement shoegaze qui fit florès à la fin de cette décennie avec des groupes comme My Bloody Valentine, Ride ou the Verve au début, les membres de Spacemen 3 confessaient «&nbsp;<em>Take drugs to make music to take drugs to</em>&nbsp;» (prendre des drogues pour faire de la musique pour prendre des drogues, formule aussi mémorable que publicitairement marquante, que certains artistes de cette époque ont un peu trop suivi à la lettre). Des conflits entre les deux leaders Jason Pierce (le guitariste et chanteur) et le claviers Pete Kember (alias Sonic Boom) conduisirent en 1990 le premier à embarquer le reste du groupe pour mener un nouveau projet, le second devenant un producteur recherché (on le verra aux manettes derrière Panda Bear ou MGMT). Dès lors, Spiritualized allait devenir une structure instable autour du seul Jason Pierce, multipliant les changements de personnel sans que cela n’altère aucunement le style du «&nbsp;groupe&nbsp;». Leur rock construit à base de pédales d’effets et d’architectures psychédéliques, en cela proche de ce que faisaient Spacemen 3 allait prendre un tournant radical en 1997 avec l’album multi-récompensé «&nbsp;<em>Ladies And Gentlemen, We Are Floating In Space</em>&nbsp;» (Mesdames et messieurs, nous flottons dans l’espace), première phrase de l’album énoncé comme une annonce par une blanche voix féminine, est d’abord surprenant par son design, l’album étant présenté comme une boîte de médicaments avec sa notice «&nbsp;<em>Spiritualized is used to treat the heart and soul&nbsp;</em>» (Spiritualized est utilisé pour soigner le cœur et l’âme). Jason Pierce et ses comparses (dont sa compagne et pianiste Kate Radley, qui allait le quitter peu après pour Richard Ashcroft, leader de the Verve…) allaient prouver que le remède était d&rsquo;une imparable efficacité. Dans cet album majeur de la fin des années quatre-vingt-dix, Pierce met au point la formule dont il ne déviera plus, en agrémentant son drone rock d’influences blues et gospel et en créant pour cela un fabuleux mur du son redevable aux productions de Phil Spector et de Brian Wilson, avec débauche d’arrangements et d’instruments, multiples guitares, cordes, cuivres, claviers, chœurs, harmonica&#8230; C’est manifeste est d’une grande éloquence dans <em>Come Together</em>, <em>I Think I’m In Love</em> et <em>Electricity</em>, pépites incontournables de cet excellent album.</p>



<p>Les albums qui suivirent sont presque tous aussi bons, certains présentant des arrangements encore plus foisonnants («&nbsp;<em>Let It All Come Down</em>&nbsp;», en 2001, a nécessité la bagatelle de cent-vingt musiciens pour se faire. Quand on entend le single <em>Do It All Over Again</em>, on se dit que ça le méritait… D’autres sont plus fragiles, comme «&nbsp;<em>Songs in A&amp;E</em>&nbsp;» (2008), jeu de mots qui peut à la fois signifier «chansons en La et en Mi&nbsp;» et «&nbsp;chansons aux Urgences&nbsp;» car Jason Pierce a souffert de très graves problèmes respiratoires et passé beaucoup de temps à l’hôpital pendant sa conception, cet album convalescent où l’élément blues prend le dessus est souvent bouleversant, comme dans la superbe complainte <em>Soul On Fire</em>. «&nbsp;<em>Sweet Heart, Sweet Light</em>&nbsp;» en 2012 renoue avec la pop et aligne d&rsquo;excellentes chansons comme la très rock <em>Hey Jane</em> ou la merveille soul <em>Little Girl</em> (louons les qualités cinématographique et scénaristique des deux vidéos les illustrant).</p>



<p>Le nouvel et neuvième album de Spiritualized « <em>Everything Was Beautiful</em> » sortira le 22 avril. Ne comportant que sept titres, il a été précédé par trois singles, <em>Always Together With You</em> étant le premier. Suivent l’émouvante ballade aux accents country où pleure une pedal steel <em>Crazy</em> et la duelle <em>The Mainline Song/The Lockdown Song</em>. Confinement que le misanthrope paranoïaque qu’est devenu Jason Pierce a vécu comme une bénédiction… Le design représente une nouvelle fois une boite de médicaments, cette fois-co dépliée et qui masque en partie un paysage flou qu’on imagine magnifique. Si sur la foi des similitudes des pochettes cet album était de la teneur de « <em>Ladies And Gentlemen, We Are Floating In Space</em> », on peut s’attendre à quelque chose d’absolument grandiose… </p>
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		<title>SOTW #240 : Chaise Longue, Wet Leg</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Apr 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
		<category><![CDATA[BRITISH]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Il est rare qu’un nouveau groupe sorte deux chansons et qu’elles soient super toutes les deux&#160;» s’enthousiasmait le magazine Variety en septembre 2021 à propos de Wet Leg en évoquant Chaise Longue et Wet Dream, les deux premières du jeune duo britannique. Il devient très rare aussi qu’on ait un coup de cœur en 2022 pour des chansons purement indie rock. Ces deux-là sont aussi bien fichues qu’irrésistibles et devraient réconcilier le grand public et le rock, ce qui n’est [&#8230;]</p>
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<p><em>«&nbsp;Il est rare qu’un nouveau groupe sorte deux chansons et qu’elles soient super toutes les deux</em>&nbsp;» s’enthousiasmait le magazine <em>Variety </em>en septembre 2021 à propos de <strong>Wet Leg</strong> en évoquant <em><strong>Chaise Longue</strong></em> et <em>Wet Dre</em>am, les deux premières du jeune duo<strong> </strong>britannique. Il devient très rare aussi qu’on ait un coup de cœur en 2022 pour des chansons purement indie rock. Ces deux-là sont aussi bien fichues qu’irrésistibles et devraient réconcilier le grand public et le rock, ce qui n’est pas aujourd’hui la moindre des gageures.</p>



<p>Wet Leg est un duo formé par deux amies de lycée sur l’île de Wight, autrement dit à Champignac-en-Cambrousse. Rhian Teasdale et Hester Chambers font de la musique avant tout pour s’amuser («&nbsp;<em>Good times all the times</em>&nbsp;» est leur devise) et ne s’embarrassent pas d’alibis culturels pour se justifier, posture ô combien rafraîchissante. Deux filles différentes, complémentaires et parfaitement complices, Hester la timide blonde à la voix douce au physique de folkeuse et l’extravertie et plus physique aux cheveux châtain Rhian forment une solide entité qui leur a permis de passer impérialement à travers le formidable buzz qu’ont généré leurs deux premières chansons. Elles en ont depuis dévoilé trois autres qui figureront dans un premier album au nom du groupe à paraître le 8 avril et l’avenir se présente radieux pour les deux amies. Avant de se réunir, elles avaient chacune de leur côté tenté l’aventure musicale, Chambers avec son petit ami et Teasdale en tant que Rhian, auteure-compositrice aux inspirations folk, sans grand succès et pas mal de déceptions puisque la première était retournée travailler dans la bijouterie familiale tandis que la seconde devenait styliste à Londres. Un été passé entre copines à s’éclater dans les festivals leur donna l’envie de faire de la musique ensemble, pour le fun, sans tirer des plans sur la comète ni ambition particulière. Et ironiquement, c’est au moment où elles décidèrent de s’en foutre qu’elles trouvèrent la formule qui allait les propulser sur le devant de la scène. Sur la foi d’une démo, elles sont tout de suite signées par le prestigieux label indépendant Domino (Arctic Monkeys, Cat Power, etc.), ont trouvé trois garçons chevelus impeccables pour les accompagner (guitare, basse, batterie) et sont rentrées en studio avec Dan Carey, producteur britannique que tout le monde s’arrache, de Franz Ferdinand à Fontaines D.C., cela même avant d&rsquo;avoir foulé la moindre scène. Situation induite par le confinement et c&rsquo;est sans aucun doute ce qu&rsquo;elles avaient de mieux à faire !</p>



<p>En juin 2021 sort <em>Chaise Longue</em>, premier single et joli moment de post-punk aussi surréaliste qu’apparemment simpliste. Avec sa batterie sèche, son riff de guitare reconnaissable entre mille et sa ligne de basse mélodique, on tape du pied immédiatement et le gimmick se visse dans la tête instantanément. Le <em>spoken word</em> pince-sans-rire de Rhian, faussement apathique et un poil insolent, dénotant un sens de l’humour acéré et le «&nbsp;<em>What&nbsp;</em>? » murmuré par Hester concourent à donner une vraie personnalité à la chanson. Les paroles ne sont pas en reste et personne ne butera sur le refrain en le reprenant en chœur <em>«&nbsp;On the chaise longue, on the chaise longue, all day long on the chaise longue</em>&nbsp;». Ce post-punk jovial donne avantageusement le change à toute la majorité sombre, voire dystopique du genre en vogue depuis quelques temps outre-Manche. Ajoutez à cela une vidéo où on les voit faire les imbéciles habillées comme s&rsquo;ils elles jouaient dans « <em>La petite maison dans la prairie</em> » dans la campagne de l&rsquo;île de Wight et vous aurez tous les ingrédients qui ont fait de Chaise Longue un hymne. Hymne féministe, car les filles prennent ici les commandes, tancent un petit ami peu entreprenant ou invitent un spectateur à les suivre dans leur loge, où chaise longue et packs de bière tiède sont à disposition. C’est extrêmement addictif, on pense aux Breeders et aux Yeah Yeah Yeahs, Iggy Pop serait fan, les amateurs d’artistes maudits repasseront, les autres sauteront de joie. Quelques concerts en Angleterre et aux Etats-Unis (et un aux Transmusicales annulé&#8230;), quelques télévisions bien choisies ont suffi à leur donner une bonne réputation scénique, les deux amies et leurs musiciens semblant prendre un vrai plaisir à jouer et se marrent souvent. En janvier, elles ouvraient pour IDLES à Londres, devant le groupe qui avait fait germer en elles l’idée de former le leur… On attend donc beaucoup de l’album à paraître. Le second single <em>Wet Dream</em> tourne beaucoup sur les radios françaises et reconduit la formule joyeusement pop et terriblement accrocheuse, par contre le troisième <em>Angelica</em>, chanson sur une vieille amie de Rhian laisse entrevoir tout autre chose. Tout en gardant un tempo enlevé, elle sonne plus sombre et psychédélique avec synthés très présents et propose un refrain plus grave, s’apparentant davantage à une indie pop façon Siouxsie &amp; the Banshees.</p>



<p><em>« Wet Leg »</em>, l&rsquo;album, est donc attendu comme le messie par le public rock et indie pop qui n&rsquo;avait rien d&rsquo;aussi populairement prometteur à se mettre sous la dent. Depuis le temps que les groupes à guitares reviennent en grâce, c&rsquo;est le moment d&rsquo;en avoir un qui fédère plus large. Qu&rsquo;il soit la réalisation du projet de deux filles nature et marrantes n&rsquo;en est que plus excitant. </p>



<p><strong><em>Live on Later With Jools Holland (BBC)</em></strong></p>



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</div></figure>



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		<title>SOTW #239 : SAOKO, ROSALÍA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Roland Dérudet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Mar 2022 08:24:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MUSIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SONG OF THE WEEK]]></category>
		<category><![CDATA[ESPAGNE]]></category>
		<category><![CDATA[LATINO]]></category>
		<category><![CDATA[POP]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il est fascinant d’assister en direct au couronnement d’une pop star globale, de celles qui bougent tellement les lignes qu’elles en sont essentielles, faisant preuve d’une audace musicale et esthétique totale, tout en s’inscrivant dans un Zeitgeist leur permettant d’être accessibles par tous. La nouvelle Madonna, car c’est dans cette division qu’elle évolue, a grandi dans la banlieue industrielle de Barcelone, à Sant Esteve Sesrovires très exactement, son père est Asturien, sa mère Catalane. Elle s’exprime en catalan et en [&#8230;]</p>
<p>Lisez plus d'articles de <a href="https://laculturedelecran.com/author/rolandderudet/">Roland Dérudet</a> sur <a href="https://laculturedelecran.com">la Culture de l&#039;Ecran</a></p>
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<p>Il est fascinant d’assister en direct au couronnement d’une pop star globale, de celles qui bougent tellement les lignes qu’elles en sont essentielles, faisant preuve d’une audace musicale et esthétique totale, tout en s’inscrivant dans un Zeitgeist leur permettant d’être accessibles par tous. La nouvelle Madonna, car c’est dans cette division qu’elle évolue, a grandi dans la banlieue industrielle de Barcelone, à Sant Esteve Sesrovires très exactement, son père est Asturien, sa mère Catalane. Elle s’exprime en catalan et en espagnol et est responsable du tube mondial <em>Malamente</em>, trait d’union inédit entre le flamenco le plus pur et la club music la plus <em>hype</em>. Rosalía Vila Tobella, la <strong>Rosalía</strong> comme on l’appelle en Catalogne vient de sortir un troisième album «&nbsp;<em>MOTOMAMI</em>&nbsp;» complètement ébouriffant, disruptif comme dirait l’autre, très versatile mais parfaitement cohérent, moderne et déconcertant. Et, j’insiste, pourtant étrangement <em>mainstream</em>.</p>



<p>Nous en étions restés à l’album sorti en 2018 «&nbsp;<em>El Mal Querer</em>&nbsp;» (<em>Pienso En Tu Mir</em>á est la <a href="https://laculturedelecran.com/sotw-170-pienso-en-tu-mira-rosalia/">SOTW #170</a>), où figurait le tube <em>Malamente</em>. Premier succès majeur de celle qui adolescente découvrit le flamenco sur les autoradios de ses amis (elle connut une épiphanie en entendant sur un parking Camarón de la Isla) et s’inscrivit dans une école de musique barcelonaise (le progressiste Taller de Músics) pour en maîtriser la technique et acquérir le <em>duende</em>, ce don qui transfigure les interprétations des <em>cantaores</em>. Avec «&nbsp;<em>El Mal Querer</em>&nbsp;», Rosalía se place, et c’est une première, comme l’artiste espagnole la plus connue dans le monde latino, malgré le côté très conceptuel de l’album et certaines chansons franchement expérimentales (et tout autant remarquables…). Elle s’est ingéniée pendant les trois années qui ont suivi «&nbsp;<em>El Mal</em> <em>Querer</em>&nbsp;» à semer des chansons, collaborations et singles qui ont réussi à l’installer dans la première division de la pop mondiale, et non plus seulement latino. Elle enchaîne donc <em>Con Altura</em>, duo avec la star colombienne du reguetón (ou reggaeton, mais je préfère utiliser l’orthographe espagnole) J. Balvin et <em>Barefoot In The Park</em> avec James Blake. Revient au flamenco pur avec le déchirant <em>Juro Que</em>, tâte de la pop à guitare avec <em>Dolerme</em>, revisite la rumba catalana en chantant dans sa langue maternelle<em> Milionària</em>, se permet le luxe de faire chanter Billie Eilish en anglais pour la B.O. de la série «&nbsp;<em>Euphoria</em>&nbsp;» (<em>Lo Vas a Olvidar</em>), impressionne lors de la remise des Goyas (équivalent des Césars en Espagne) en interprétant de façon bouleversante le standard de flamenco pop <em>Me Quedo Contigo</em>&nbsp;avec un chœur lyrique. Enfin elle réalise le fantasme de toute femme espagnole, apparaître à l’écran (et en chantant) dans le «&nbsp;<em>Douleur et Gloire</em>&nbsp;» d’Almodóvar… Le chemin est donc pavé pour la sortie en fanfare de «&nbsp;<em>MOTOMAMI</em>&nbsp;», troisième album qui la placera, c’est certain, au firmament de la chose pop, la première star totale de la décennie. Et la dernière pièce à l’édifice aura été sa participation au prestigieux show TV américain «&nbsp;Saturday Night Live&nbsp;», où elle chante <em>CHICKEN TERIYAKI</em> et <em>LA FAMA</em>, deux titres du futur album sortis en single et imposera son style ébouriffant. Car évidemment, le style de Rosalía est essentiel… Passée en six ans de la robe flamenca à une variation luxueuse du look «&nbsp;choni&nbsp;» (look de cagole espagnole, avec créoles énormes et streetwear de designer) pour aujourd’hui porter de la couture aventureuse, classe et sexy dans laquelle elle resplendit de fraicheur. Féministe convaincue, représentante de la femme forte, posant nue et casquée sur la pochette telle une Vénus de Botticelli du futur, Rosalía sait qu’une image forte vaut mieux qu’un long discours et le prouve à longueur de clips, toujours remarquables. La Motomami, c’est elle et elle a du chien à revendre.</p>



<p>Ce troisième album n’est pas un disque de flamenco, en tous cas pas littéralement. Rosalía prouve avec ces seize morceaux l’étendue du spectre musical qui l’intéresse, faisant de passionnants aller-retour entre futurisme et tradition. Le vrai flamenco n’apparaît que dans l’imposant <em>BULERÍAS</em>, mystère intégralement percussif avec chœurs masculins où elle décline sa philosophie créatrice et rend hommage à celles qui l’inspirent, citant Lil’ Kim ou M.I.A, et dans une moindre mesure dans le solennel morceau final, comme en live et quasiment a cappella <em>SAKURA</em>, où l’on prend en pleine face l’incroyable émotion procurée par sa voix. Les morceaux dansants (les «&nbsp;bangers&nbsp;»), série initiée par <em>Malamente</em> puis par son chapelet de singles collaboratifs trafiquent avec malice le reguetón, comme ces <em>CHICKEN TERIYAKI</em> ou <em>BIZCOCHITO</em>, qui devraient inspirer bien des chorés sur TikTok, et bien sûr ce <em><strong>SAOKO</strong></em> qui nous intéresse ici. On se doutera que ce que fait Rosalía du reguetón n’a rien à voir avec <em>Despacito</em>, mais qui d’autre aurait imaginé commencer une chanson de ce genre avec un shuffle de batterie free jazz, sur lequel on entend ce «&nbsp;<em>Chica, que dices</em>&nbsp;» (meuf, qu’est-ce que tu racontes&nbsp;?) liminaire qui annonce la couleur&nbsp;: vous allez être sacrément surpris. Par le son, par le style, par la langue. Et si elle cite un succès reguetón de 2004 (<em>Saoco</em>, de et par les rappeurs cubains Wisin et Daddy Yankee, le gimmick «&nbsp;<em>Saoko, papi, Saoko</em>&nbsp;» trafiqué à l’autotune revenant comme mur porteur de la chanson), elle s’en approprie le style bagarreur pour en faire quelque chose d’intrinsèquement personnel, mieux, une déclaration d’intentions.&nbsp;Elle rappe avec véhémence «&nbsp;<em>Eh soy muy mia, yo me transformo, Una mariposa, yo me transformo, Make-up de drag queen, yo me transformo, Lluvia de estrella’, yo me transformo, Pasa’ de vuelta’, yo me transformo, Como Sex Siren, yo me transformo, Me contradigo, yo me transformo, Soy todas las cosas, yo me transformo</em>&nbsp;» (eh, je suis vraiment moi-même, moi je me transforme, un papillon, moi je me transforme, make-up de drag queen, moi je me transforme, pluie d’étoiles, moi je me transforme, je vais et je viens, moi je me transforme, comme Sex Siren, moi je me transforme, je me contredis, moi je me transforme, je suis toutes les choses, moi je me transforme). Surtout ne pas reprocher à la jeune femme d’être toujours en mouvement, de faire siens tous les styles qu’elle approche, les gardiens du temple flamenco, ceux qui lui reprochaient de ne pas être authentique car ni Gitane ni Andalouse, comme ceux des genres plus «&nbsp;latinos&nbsp;» en prendront pour leur grade, c’est elle, bien sûr, qui est dans le vrai. Que dire alors de ce break free jazz, fracas de piano et de batterie qui déséquilibre <em>SAOKO </em>pendant quelques mesures sans pour autant nuire à l’incroyable efficacité de la chanson, et qui ne videra pas la piste de danse. La scansion rythmique, purement reguetón, est associée à une basse techno vraiment fat qui ouvre d’autres horizons. Aussi minimaliste que diaboliquement accrocheur… Le clip pétaradant met en scènes des pétroleuses sexy à moto, s’inspirant du «&nbsp;<em>Boulevard de la Mort</em>&nbsp;» de Tarantino ou du <em>Bad Girls</em> de M.I.A. (encore elle…), en une ambiance girl power très souriante.</p>



<p>«&nbsp;<em>MOTOMAMI</em>&nbsp;» regorge de sons électroniques qu&rsquo;on pourrait rencontrer dans des disques de Björk, de M.I.A, de James Blake ou de Burial (samplé ici dans l’excellent mid-tempo <em>CANDY</em>). Les palmas du flamenco rejoignent la scansion denbow (version jamaïcaine musclée du reguetón) dans le tubesque <em>LA COMBI VERSACE</em>, qui accueille la rappeuse dominicaine Tokischa, Rosalía adapte la bachata de Saint-Domingue dans le single <em>LA FAMA</em>, duo popissime sur les effets pervers provoqués par le succès avec The Weeknd, lequel s’exécute (pas mal d&rsquo;ailleurs) en espagnol. Donne dans le pur R n’B avec la brève chanson titre. Elle s’empare aussi de la salsa cubaine avec sa reprise (très personnelle et formidable) de <em>DELIRIO DE GRANDEZA</em>, standard sixties de Justo Betancourt. Des ballades à fleur de peau au piano comme <em>HENTAI</em> où elle chante avec délicatesse et audace le plaisir féminin ou aux doux paysages électroniques telles <em>GENIS</em>, codé<em> G3N15</em>, où elle s’adresse à son neveu qu’elle n’a pas vu depuis deux ans, conséquence d’une vie qui s’est à la fois délocalisée et confinée, ponctuée par un message en catalan de sa grand-mère… chanson suintant le mal du pays et c’est extrêmement émouvant et <em>COMO UN G</em> créent un équilibre digne des très grands albums.</p>



<p>Alors certains seront peut-être excédés par les touches d’AutoTune, par les scansions reguetón tellement moins solennelles que celles du flamenco, mais vous l’aurez compris, Rosalía ne saurait se contenter de ce qu’elle a déjà accompli et souhaite aborder d’autres rivages en adéquation avec sa vie et ses coups de cœur, faisant fructifier comme personne un bagage érudit avec tant de vérité et d’audace que ce disque est pour moi la première vraie baffe esthétique de cette année 2022. Il n’est pas près de quitter ma platine (enfin, virtuellement, le vinyle ne sera disponible qu’en juillet), ni mes écouteurs. Madre mia quel voyage&nbsp;!</p>
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